Le Vertige: tournée du Sovremennik au Théâtre de Paris | Une Russe à Paris
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mercredi 12 septembre 2007

Le Vertige: tournée du Sovremennik au Théâtre de Paris

Enfin, le Sovremennik est à Paris! Première tournée pour ce théâtre qui existe depuis déjà 50 ans… La troupe vient avec deux spectacles : Le Vertige (Крутой маршрут) et la Cerisaie.

Reportage NTV consacré à la tournée du Sovremennik à Paris (en russe):



J’ai été à la première du Vertige au Théâtre de Paris.

Le spectacle qui est toujours à l’affiche du Sovremennik à Moscou depuis 18 ans (il faut dire que ça paraît incroyable en France, mais en Russie c’est assez courant, ce sont des théâtres de répertoire où les pièces restent à l’affiche pendant des années…) - il avait été créé durant les premières années de la glasnost; hier il a enfin été présenté au public parisien. Enfin, parisien… Aux abords du Théâtre de Paris, on n’entendait que du russe ! A l’intérieur, aux dire de certains, la différence avec les premières « parisiennes » crevait les yeux : la quantité de 1) très jolies filles (et mêmes pas toutes blondes, ne renforçons pas les stéréotypes !) et de 2) gens très bien habillés (sans exagérer, il n’y avait que des français qui étaient en jean). Bref, à part ce genre de considérations mondaines, je vais quand même vous parler du spectacle.

Créé à partir du livre autobiographique de Evgenia Ginzburg (Guinzbourg, si on veut l’écrire à la française), ce spectacle raconte l’histoire de Ginzbourg elle-même, victime des répressions staliniennes. Le livre retrace dix-huit ans qui suivirent l’arrestation de Evgenia Ginzburg, en 1937. Accusée d’avoir été à l’origine d’un groupe terroriste trotskiste contre-révolutionnaire, sur la base de fausses déclarations obtenues sous des tortures à ses proches et amis, elle a fait son chemin sans signer une seule dénonciation, sans trahir un seul ami…
Le premier acte met en scène les interrogatoires, les dénonciations, les tortures, la première année en prison, les rencontres avec d’autres femmes, arrêtées « par erreur » (comme elles croient) elles aussi. Beaucoup d’entre elles l’ont été pour ne pas avoir dénoncé un fait dont elles ignoraient l’existence (pas étonnant, car la plupart de ces « faits » n’ont jamais eu lieu) – par exemple, une critique de Staline qui aurait été dite lors d’un anniversaire d’un copain… Ou par exemple, une femme (7 ans de prison) qui avait raconté deux histoires drôles (dont je ne puis m’empêcher de reproduire une, excellente – malheureusement en russe, car la chute n’est pas drôle lorsqu’elle est traduite).

Собрание в колхозе: нужно решить, что делать с оставшейся фанерой. Кто-то предлагает построить свинарник, кто-то курятник, кто-то тащит себе на крышу... Тут руку поднимает колхозный сторож :
- Товарищи, у меня замечательная идея: а давайте мы из ентой фанеры выстроим аероплан и улетим на нем к едреней матери!

Le deuxième acte relate le procès, la condamnation, et le « voyage » de prison en prison avant d’arriver à la destination finale : le goulag. « Le bagne, quelle bénédiction ! », s’écrie Evgenia, quand elle apprend que ses 10 ans de prison en cellule isolée ont été remplacées par 10 ans de lager.

Les actrices, toutes excellentes dans cette œuvre chorale – mais surtout Marina Neelova dans le rôle de Ginzburg – créent des personnages haut en couleurs, sincères, torturés (dans les deux sens), parfois réussissant à garder le sens de l’humour, plus rarement la dignité, refusant à devenir un « numéro ».

Faut-il aller le voir ? Dans les heures qui restent avant la deuxième et dernière représentation, décidez-vous ! Ou bien, allez voir le deuxième spectacle (vendredi et samedi soir), la Cerisaie – avec Neelova, Gaft, et plein d’autres bons acteurs.
Le Sovremennik, même s’il ne fait plus partie de l’avant-garde théâtrale russe, reste un très bon théâtre. Cela donnera un bon aperçu de l’art théâtral russe à ceux qui ne le connaissent pas ! Et puis ça permettra aux russes parisiens de ne pas oublier leur langue et leur histoire !