Comment Arte trompe ses spectateurs... | Une Russe à Paris
Une Russe à Paris

mercredi 10 octobre 2007

Comment Arte trompe ses spectateurs...

Il y a quelques jours, je parlais d’un documentaire de Arte, « Au nom de Dieu, du tsar et de la patrie » qui a ouvert une série de documentaires sur l’état de la démocratie dans le monde. Le film a été diffusé hier soir. Résultat ? « Nice try » - comme disent nos amis les amerloques, mais il ne faut pas nous prendre pour des cons ! Explication :

Le documentaire s’articule autour de deux histoires parallèles – celle de Dourakovo (mais pourquoi ils le traduisent comme le « village des fous » ? Dourak en russe veut dire bête, con, stupide… ), et celle du vice-président de la Douma et du mouvement d’extrême-droite. Dourakovo est présenté comme un village dirigé par le businessman Morosov, qui n’aime pas la démocratie et se fait construire sa bania par les habitants du village.

Quelque chose clochait. J’ai vérifié – et, effectivement, mon intuition ne m’avait pas trompée : ce village - « le centre », comme disent ses habitants en russe, ce que les sous-titres ne montraient pas – est en fait un centre de réhabilitation pour les alcooliques et les drogués. Ah, c’est plus clair, là ! C’est un centre effectivement créé par Morozov (millionnaire et ex-alcoolique) il y a 10 ans. Dit comme ça, Morosov n’a plus l’air d’un tyran, d’un chef de secte, d’un dictateur… Pourquoi, dans le film, les gens disent « il m’a aidé », « il aide tous ceux qui en ont besoin », etc. ? Mais parce qu’il les sort du cauchemar de la drogue !!! D’où la nécessité d’autorité, de main ferme, d’où les références au « chaos » engendré par la démocratie (en fait, pas tout à fait par la démocratie mais par la période de transition). D’où l’importance de la religion ! Voilà pourquoi le petit garçon dit que « sans la religion, on serait déjà tous morts » !

Je suis outrée qu’Arte puisse autoriser des omissions aussi importantes à une réalisatrice qui savait très bien ce qu’elle faisait (des mots comme « centre », « soigner », etc sont soigneusement évités dans les sous-titres)! Ce centre est en effet assez connu en Russie, et de nombreux journaux lui ont consacré des articles. Oui, on peut discuter sur la personnalité de Morosov, sur la sincérité de la foi qu’il impose au habitants du village, etc. Mais faire d’un mensonge conscient son point de départ, c’est trop !

Quant à l’autre histoire – elle me semble plus véridique et plus intéressante, bien qu’elle n’apporte pas vraiment de nouveau éclairage sur la situation en Russie (enfin, pour ceux qui suivent un peu l’évolution des événements). L’utilisation de la religion et de l’armée, ainsi que l’approbation des mouvements d’extrême-droite sont des méthodes en utilisation depuis le début du « rêgne » de Poutine. Tant mieux si maintenant plus de gens seront au courant… Mais je n’y ai découvert rien de nouveau, à part la fête de Saint-Elie, célébrée conjointement par l’armée et l’église. Cocasse.

Au final, quelle déception d’avoir été trompé par une chaîne à qui l’on faisait pourtant confiance ! Dieu merci, le film était suffisamment court pour que je n’éteigne pas la télé avant la fin. Bouh !