Biographie sans Antoinette au Théâtre de la Madeleine | Une Russe à Paris
Une Russe à Paris

mardi 27 novembre 2007

Biographie sans Antoinette au Théâtre de la Madeleine

J’y vais, j’y vais pas ? En voyant tant de publicité pour « Biographie sans Antoinette » dans le métro parisien, je me demandais si j’en étais bien le destinataire. Et si cette pièce était une sorte de Nabucco au Stade de France où la qualité de la représentation est affirmée par le nombre de danseurs sur scène ? Ou comme un livre dont la qualité est cautionnée par une énorme affiche vantant le nombre d’exemplaires vendus ? Une sorte de nourriture spirituelle du pauvre, à qui l’on ressort Thierry Lhermitte qui n’a pas mis le pied sur les planches depuis 20 ans et dont la réputation doit plus au burlesque des Bronzés qu’à la finesse de son interprétation ? Mais d’un autre côté, Sylvie Testud et le Théâtre de la Madeleine sont des cautions plutôt solides… La critique de Fabienne Pascaud (Télérama) a fait pencher la balance. J’y suis allée.

« Biographie sans Antoinette » (1968) est une tragi-comédie étrange, un brin absurde, de Max Frisch (1911-1991), auteur suisse de langue allemande. Le professeur de comportementalisme Kürmann, universitaire de renom, est marié à Antoinette. Au soir de sa vie, Kürmann considère l’avoir ratée : il est malade, sa femme le trompe… Peut-il y changer quelque chose ? C’est là qu’intervient un personnage mystérieux, un metteur en scène incarné par un Eric Prat diabolique, qui permet à Kürmann de revenir sur certains de ses choix. Un vrai labyrinthe : on pense prendre un chemin différent, mais on retourne toujours au même endroit. Quelles sont les possibilités offertes à un individu, à un moment clé de sa vie ? Si Max Frisch ne répond pas à la question, il a le mérite de la poser. En effet, combien de fois on radote, on rumine, on se dit « Si je n’avais pas fait ça, maintenant je serais… » ? Combien d’entre nous ont déjà rêvé d’une machine à remonter le temps ?

La pièce prend des allures d’un film en cours de tournage, avec un metteur en scène, des acteurs, des assistants… Les scènes se succèdent comme des plans de cinéma dans un décor très « design Berlin » années 70. Contre toute attente, Thierry Lhermitte ne verse pas dans le comique, mais joue avec finesse (ça c’est inattendu, je vous l’accorde) et attention. Quand à Sylvie Testud, je l’ai trouvé incroyable ! Je ne peux pas dire que je suis une grande fan de Testud à l’écran… mais je lui trouve une présence et une allure troublantes sur scène. La grâce de ses gestes anguleux, cassés, l’élégance de ses maladresses, le timbre de sa voix, sa façon d’être sur scène – tout fait d’elle une parfaite Antoinette, cette femme qui nous attire et dont le souvenir nous poursuit. De là, naît une alchimie entre les deux acteurs et le manipulateur de leurs destins.

Le seul reproche que je puisse formuler, c’est qu’il y a 10-15 minutes de trop. On tourne en rond : on tourne en rond dès le début, mais à un moment, l'impression de l’absurde délicieux se transforme en un ennui impatient. Mais si moi, je pouvais revenir sur mon choix de voir cette pièce, et bien, je ne le changerais pas.

Verdict : à voir absolument ! Reportage de France 2 à voir ici.

Biographie sans Antoinette

Théâtre de la Madeleine

Jusqu’au 5 janvier 2008

Mise en scène Hans Peter Cloos, décors Jean Haas, lumières Jean Kalman, musique Peter Ludwig, vidéo Pierre Nouvel. Avec Thierry Lhermitte, Sylvie Testud, Eric Prat, Ariane Moret, Sava Lolov.