dimanche 30 décembre 2007

Baisers de cinéma d'Eric Fottorino

En deux mots: "Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma". Eric Fottorino, le nouveau directeur du journal Le Monde, publie un roman ensorcelant sur les mystères du passé, de l'amour, des souvenirs et de l'oubli dans un Paris de cinéma.

Gilles Hector, brillant avocat, est fils d'un chef lumière de génie qui, toujours, "s'arrangeait pour traverser l'existence sans témoin, comme si sa vi avait été un crime parfait". Depuis la mort de son père, il mène une enquête policière et à la fois personnelle, intime: résoudre ce crime parfait et retrouver l'inconnue - sa mère dont son père ne parla jamais. Alors, Gilles essaye de "vivre les événements à rebours de ce qu'ils sont dans la vie, comme les roues des voitures, au cinéma, qui donnent l'impression de tourner à l'envers".

Il souffre d'une incapacité de retenir les femmes - sa mère, d'abord, puis Solange, sa femme qui l'a quitté pour "un Africain fertile et large d'épaules", puis Mayliss, un amour troublant, impossible, presque violent dans les tourments qu'il cause, hypnotisant... Elle était "un sortilège, une femme une amante, une soeur, une mère aussi, une dévoreuse de temps qui avançait dans la lumière posthume" inventée par son père. Un amour né aux "3 Luxembourgs", petite salle de cinéma du 5e où Gilles tâche de retrouver sa mère parmi les vieilles héroïnes du noir et blanc (il écarte alors, avec regret, Françoise Dorléac, Anouk Aimée, ou encore Audrey Hepburn...).
Il ignore tout de la vie de femme mariée de Mayliss, mais connaît par coeur, tel un aveugle, chaque courbe, chaque pli de son corps lorsqu'elle venait le retrouver île Saint-Louis.

Une belle histoire, une écriture ensorcelante, et une quête acharnée dans ce Paris d'autrefois: entre les vieux cinémas du 5e et un café île Saint-Louis, des heures de promenades, de marche, d'attente sous la pluie, de retards, d'excuses, de voyages impromptus - à Rome, à Nice... Dans ce petit carré, on redécouvre toute une vie - des vies, en déroulant peu à peu le fil d'Ariane dont le bout semble disparaître dans le néant. Le roman semble avoir quelques échos avec "Dans le café de la jeunesse perdue" de Patrick Modiano, dont il est cependant très différent.

Faut-il le lire? Baisers de cinéma est probablement le meilleur livre que j'ai lu depuis la rentrée. Il décrit Paris comme je l'aime, une ville où l'on marche pour réfléchir, où l'on vit en marchant, en promenant les yeux sur les vestiges d'un passé glorieux. C'est aussi une des histoires d'amour les plus sensibles, les plus folles, les plus captivantes, les plus inattendues et et le mieux écrites de la littérature contemporaine.

Baisers de cinéma
Eric Fottorino
Gallimard, Collection blanche
189 pages, 14,50 euros.

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jeudi 27 décembre 2007

Une Russe à New York: Stéréotypes. Part 2

Il y a deux jours, je commençai à parler des mes impressions new-yorkaises (voir le post précédent ici). La suite!

La passion pour l'argent. Vrai. Déjà dans l'avion (vous avez vu, tout commence toujours dans l'avion!), je suis tombée sur quelques pubs assez représentatives dans la revue Skymall (c'est le M6 boutique de la presse écrite, vous y trouverez toujours un milliard de choses géniales qui vous facilitent la vie et dont vous n'aviez absolument pas besoin un instant auparavant). Parmi les différents produits, vous aviez notamment un jouet: une machine pour compter les coupures (faux dollars fournis). Le paysage urbain n'est pas en reste: ici vous tombez sur un "High school for Leadership", là sur une pub pour un College avec un slogan éloquent "Here you will learn how to earn" ("Ici vous apprendrez à gagner de l'argent"). D'ailleurs, vous n'avez qu'à regarder sur Google: la phrase "how to earn money" se rencontre sur 418 000 pages.
Mais... Ce n'est pas tout à fait une passion, c'est surtout un mode de vie: l'argent ici fait partie du paysage comme, disons, les droits sociaux en France. Ici, on a droit de gagner et de dépenser de l'argent. Et j'ai bien l'impression que nulle part ailleurs les gens ne dépensent de l'argent autant, et aussi facilement. C'est probablement ce qui fait que le pays n'a pas encore fait faillite! Enfin, c'est aussi une passion pour le "bargain" (le bon deal): l'Amérique est le pays du "buy 2 get 1 free". Et quand vous allez dans un magasin discount (comme le Century 21, génialissime), sur votre reçu vous aurez toujours deux montants: ce que vous avez payé, et ce que vous avez gagné en payant moins cher!

Le talent d'entreprendre. Vrai. Une économie libérale, certes, ne protège pas les faibles (boo!), mais permet à beaucoup de réaliser des idées des plus folles et... des plus rentables. Ce phénomène a plusieurs facettes. Tout d'abord, la "convenience": en gros, tout ce qui rend votre vie facile mais n'est pas vraiment nécessaire (ex. en France: le fromage râpé. Tout le monde sait qu'on peut prendre un morceau de fromage et une râpe, mais c'est si pratique!). D'un spray à l'huile pour huiler les formes pour les gâteaux à une baguette spéciale qui permet de fermer un bracelet rien qu'avec sa main gauche, ou un appareil qui fait six mini-doughnuts par minute, tout est possible ici. Vous ne saviez même pas que votre vie était si dûre sans ces objets. D'autre part, ce sent les objets au design recherché que vous possédez déjà, mais le design en moins (ex. européen: Bang&Olufsen. Vous avez déjà un téléphone fixe, mais le leur est teeeeeeelllement beau!). Aux USA, il y a un Bang&Olufsen pour tout. Tout ce qui existe a nécessairement une meilleure version, soit plus belle, soit plus performante. D'où la tendance lourde nommée "keep up with the Jones" (les "Jones" ce sont vos voisins, et il s'agit de faire toujours mieux ou au moins aussi bien qu'eux). Il y a aussi la capacité qu'ils ont à transformer n'importe quelle petite idée qui marche en une chaîne nationale.

Mais... Malgré ce petit paragraphe ironique, je trouve tout ça génial. Les gens n'arrêtent pas d'inventer, dans n'importe quel domaine. Est-ce dû au fait que les américains ne soient pas affublés d'une histoire aussi ancienne que celle des européens, et qu'ils aient moins peur d'innover? En Europe, il est dur de se dire, "je peux faire mieux que Rembrandt dans la peinture, mieux que Bernini dans l'architecture, mieux que Dickens dans la littérature", ça vous bloque... Maisi ici, j'ai l'impression que le slogan "Just do it", ce n'est pas juste Nike.

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mardi 25 décembre 2007

Une Russe à New York: Stéréotypes. Part 1

Voià, comme je disais déjà, c'est ma première fois à New York (et aux Etats-Unis, tant qu'on y est), alors les impressions sont légion! Comme tout le monde, probablement, j'essayais de trouver des preuves confirmant l'exactitude des stéréotypes existants. Mais oui, on fait ça dans tous les pays où on va, les chinois crachent par terre, les italiens parlent fort et boivent des ristretto, les russes se soulent à la vodka et se promènent bras dessus bras dessous avec les loups et les ours qui pullulent dans les rues...

L'heure est aux aveux: mes stéréotypes sur les Etats-Unis étaient le patriotisme sans bornes, la bouffe grasse et sucrée en grosses quantités et l'obésité qui en découle, la passion (ou plutôt l'absence de complexes) pour l'argent et le talent d'entreprendre, et, bien sûr, le fameux "tout est moins cher aux Etats-Unis"! Et quelques stéréotypes spécifiquement new-yorkais: il y a des gratte-ciel partout, il y a des Sarah Jessica Parker partout, la ville ne s'arrête jamais, on peut trouver un hot-dog cacher à n'importe quel coin de la rue et à n'importe quelle heure, les gens boivent des cafés en marchant, New York est LA capitale de cheesecakes, et enfin, le stéréotype le plus "hénaurme", "New York, tu vas adorer", me disaient tous mes amis. Et bien, qu'en est-il en vrai?

Patriotisme: Vrai... A l'aéroport, on est accueilli par les "Customs officers": chaque guichet de contrôle est décoré d'un petit poster disant "On est les meilleurs de la nation, on représente les Etats-Unis, oh la la, qu'est-ce qu'on en est fiers, et on va être loyal, traiter tout le monde avec dignité, et tout ça parce qu'on est le meilleur". Au cinéma, parmi les bandes-annonces, on aperçoit un clip où une star rock appelle les jeunes à devenir ces "meilleurs de la nation" en s'inscrivant à l'armée (c'est la pénurie en ce moment). Le film, Charlie Wilson's war (critique à venir), vante la politique étrangère américaine et le secours qu'elle porte aux opprimés (ponctués par des clins d'oeil très "guerre froide" du style "Let's kill some Russians!"). Le drapeau américain est partout (wagons de métro, bus, dans la rue, à côté des logos de marques, au MOMA en forme d'oeuvre d'art...) Mais... Les américains (et surtout les New-Yorkais) savent rire d'eux-mêmes... Chez les marchands de Union Square, on trouve toutes sortes d'inscriptions sur les t-shirts de touriste: "I hated Bush before it was cool" ("Je détestais Bush avant que ça ne devienne à la mode), ou encore "I never thought I'd miss Nixon" ("Je n'aurais jamais pensé que Nixon me manquerait")... Il est vrai que ce dénigrement est surtout de l'anti-bushisme presque exclusivement réservé à New York, mais ça constitue une dissonance agréable dans le paysage composé de stars and stripes.

La nourriture et l'obésité: Vrai... Déjà le voyage en avion (Continental) donne un preview intéressant: j'ai commandé le menu "low calories" (histoire de ne pas bouffer de conneries vu ce que j'allais déjà manger à coup sûr pendant le séjour, et surtout d'être servie la première). Pour le goûter (ou deuxième déjeuner dû au décalage horaire) j'ai eu droit à un sandwich au jambon de poulet, des chips, et du chocolat (la différence avec ceux qui n'avaient pas le menu light était l'absence de fromage dans mon sandwich. Merci les gars!) De façon générale, le problème principal est que tout est trop bon (parce que gras et sucré et/ou comporte du pain) - les bagels avec du cream-cheese, les steak houses, les pretzels, les poissons fumés et autres delicatessen... Et les portions sont énormes, surtout pour les boissons. Mais, contrairement à la France, il est très bien vu de prendre un doggy-bag au restaurant (donc pas besoin de vous empiffrer comme un malade parce que c'est trop bon et que vous ne pouvez pas l'emporter), tandis que les fruits (pelés et coupés en morceaux, présentés dans des petites coupes à emporter) sont vendus partout, il y en a autant que de cochonneries. Il y a partout des juice bars, ou des organic soup bars, ou de vegetarian salad bars où il est très facile de bien manger (ce qui n'est pas le cas à Paris où, dans le meilleur des cas, on vous vendra, dans une boulangerie, une banane à 1 euros, et vous serez le seul con à l'acheter!) Après, tout est question de volonté! Mais c'est vrai que pour ceux qui l'ont faible, ce n'est pas évident :-)

A suivre...

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lundi 24 décembre 2007

Une Russe a New York!


Je suis a New York pour une dizaine de jours et viens de surmonter le decalage horaire! Je vous promets des nouvelles et des impressions d'Amerique demain!

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jeudi 20 décembre 2007

Vissotsky ou le vol arrêté aux Bouffes du Nord

Vladimir Vissotsky (Владимир Высоцкий) est une grande figure de la culture populaire russe (il n'y a là rien de péjoratif) - si vous voulez une comparaison, quelque chose entre Serge Gainsbourg et John Lennon, avec des chansons à la Brel. Poète, chanteur, acteur, il a vécu une vie aussi courte que remplie... Tout l'URSS connaissait ses chansons parfois insolentes vis-à-vis du régime et donc interdites. Le 25 janvier 2008, il aurait eu 70 ans.

Pour le rappeler à vie, Marina Vlady - actrice et écrivain qui fut la dernière femme de Vissotsky - adapte son livre "Vladimir ou le vol arrêté" au théâtre. Sur scène, entourée de musiciens, elle raconte, chante en français et en russe, danse... Le regard de Volodya la poursuit. Marina Vlady, elle, a 70 ans, et je dois dire que je n'ai qu'une envie - pouvoir être aussi belle quand j'aurai son âge... Sincèrement, elle est incroyable, toujours aussi belle, élégante, bonne conteuse au sens de l'humour ravissant.



Marina Vlady chante pour la première fois ces chansons écrites par Vissotsky, elle les travaille, tente de trouver sa propre intonation, ne se contente pas d'imiter... J'ai vraiment beaucoup aimé! Pour ceux qui ne connaissent pas du tout Vissotsky, le spectacle est quand même intéressant, c'est non seulement une bonne introduction à l'oeuvre de Vissotsky, mais aussi une belle (et tragique) histoire d'amour: je ne sais pas pourquoi, ça provoque en moi le même sentiment que celui que j'ai eu en regardant "La vie des autres" - une histoire d'amour entre deux artistes dans un état totalitaire sans merci.

Et voilà la même chanson que vous avez entendu tout à l'heure par Vissotsky lui-même:



Faut-il y aller? Si vous vous intéressez à la culture russe, vous devez connaître Vissotsky, car il ne fut pas une seule maison où l'on n'écoutât pas ses chansons en cachette. Et aussi, allez-y si vous n'êtes jamais allé au théâtre des Bouffes du Nord, c'est assez particulier et très joli, c'est un peu la Venise des théâtres parisiens, avec ses balcons volontairement délabrés et les murs qui se souviennent de tout.

A lire également: "Vladimir ou le vol arrêté", le livre de Marina Vlady, très bien écrit et très émouvant (la traduction russe est disponible gratuitement ici).
A écouter: des chansons de Vissotsky en français ici.

En pratique:
Théâtre des Bouffes du Nord
jusqu'au 10 janvier 2008
Durée: 1h
Tarif: de 12 à 24 euros (n'hésitez pas à prendre les places à 12 euros, ça ne change rien)

Mini-site consacré à la pièce: www.vlady-vissotsky.com

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mercredi 19 décembre 2007

La meilleure tarte aux pommes de Paris!

Point de culture aujourd'hui (bien que je revienne de "Visotsky ou le vol arrêté" dont je vous parlerai demain), mais une bonne tarte aux pommes! Et oui, j'ai découvert MA meilleure tarte aux pommes de Paris (les tartes normandes étant hors concurrence, évidemment). Et, puisqu'il fait inhabituellement beau ces temps-ci, je vous propose une balade en quête de la parfaite tarte aux pommes - de quoi vous amuser ce week-end!

C'est en me promenant au marché des bouquinistes du parc Georges Brassens que j'ai découvert cette merveille: juste en face du parc, il y a une boulangerie Poilâne! C'est dans cette boulangerie à la déco ancienne que Pierre Poilâne a lancé ses pains si incomparables cuits au feu de bois. Mais là, dans la vitrine, la tarte aux pommes me tendait les bras, et mon copain, perfide, me décrivait son goût "divin" (oui, je crois bien qu'il ait dit divin, mais maintenant il va tout nier, je suis sure!). Bien évidemment, je m'empressai de l'acheter pour l'emporter chez moi tel un trophée! Parce que, bien évidemment, Poilâne n'a pas de salon de thé (tant pis pour eux).

Trois solutions: 1) vous habitez dans le coin, alors vous allez tranquillement en profiter chez vous. 2) il fait beau, alors vous la mangez assis sur un banc dans le parc Georges Brassens. 3) Vous allez prendre un café au café en face avec votre tarte sous le bras! Ou bien vous trouvez une boulangerie Poilâne à côté de chez vous!

Et la tarte alors? C'est probablement la plus aérienne des tartes aux pommes qui soient, elle n'est ni trop sucrée, ni trop fade, et sa pâte feuilletée effleure vos joues en laissant tomber quelques miettes sur vos genoux de gourmand impatient. Délicieux!

En pratique:

Boulangerie Poilâne: 87 rue Brancion 75015 (en face de l'entrée principale du parc Georges Brassens)

- du lundi au samedi de 7H30 à 20H
- dimanche de 8H à 19H (appréciable!)

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lundi 17 décembre 2007

Exposition Helene Schjerfbeck au Musée d'Art Moderne

Depuis que j’ai vu les affiches de l’expo Helene Schjerfbeck, cet autoportrait poignant (je trouve), j’ai eu envie de la voir. Au point d’aller la voir, hier, en me disant qu’il ne faut surtout pas remettre ça à l’année prochaine ! Il y avait quelque chose dans cet autoportrait, une lumière, une émotion, une pensée qui ne me laissaient pas indifférente. Ça ressortait tellement dans le paysage parisien…

Helene Schjerfbeck est une institution en Finlande, et probablement la peintre la plus connue là-bas (personnellement, je n’ai pas tellement de références dans la peinture finlandaise, alors j’aime bien la comparer à Sibelius dans la musique. Vous me direz, y en a que ça aide pas !) Née en 1862, elle a traversé les deux guerres mondiales et n’a jamais arrêté de peindre, malgré l’isolement, la solitude ou son état de santé. Malgré des voyages en France, en Angleterre ou encore en Italie, les influences d’El Greco ou de Rembrandt, le gros de son œuvre sur concentre sur quelques personnes (sa mère, les ouvrières…) et, le plus souvent, elle-même. C’est ce qui m’intéressa surtout, cette « manie » d’autoportrait : comme si le monde se résumait à elle-même, comme si, au-delà de quelques visages familiers, des natures mortes et des paysages qu’elle voyait par sa fenêtre, le monde n’existait pas. Ses autoportraits, et surtout ceux de la vieillesse (mine de rien, son dernier autoportrait date de 1945, elle avait - attention, calcul mental ! - … … (je calcule) … 83 ans !), sont vraiment remarquables, du point de vue de la recherche sur la forme et la matière d’un visage qui disparaît. Pour vous donner une idée, ils me rappellent les autoportraits tardifs d’Edward Munch (le peintre du « Horla »).











Quid de l’exposition donc ? Le Musée d’Art Moderne se positionne comme le découvreur (pour le public français) d’Helene Schjerfbeck – déjà il y a quelques années, il organisait l’exposition « Visions du Nord » où certaines œuvres de la peintre étaient présentées. Cette fois-ci, c’est une vraie rétrospective (première en France) qui retrace toute la vie de l’artiste, des premiers tableaux naturalistes (et un peu mièvres, il faut le dire) à son œuvre ultime, « Trois poires sur une assiette » (quand on voit à quoi peut se résumer parfois la vie humaine…). Avec l’âge, sa manière devient de plus en plus épurée, allant à l’essentiel, essayant de saisir en un geste, une touche de couleur, l’essence de la chose représentée. On peut formuler à l’œuvre de Schjerfbeck le même reproche que l’on formule souvent aux pays nordiques : le manque de lumière (venant de Saint-Pétersbourg, j’en sais quelque chose). A part le noir et peut-être le rouge, toutes les autres couleurs semblent être mélangées à un gris beigeâtre qui les ternit. Les cadres sur fond d’une toile brute (vous voyez la couleur) et un éclairage un peu fade n’arrangent rien… c’est déprimant. Non non, vraiment. C’est comme si on vous avait mis sur le nez des lunettes qui vous empêchent de distinguer les couleurs joyeuses, vives qui existent dans la nature.

Cent vingt-six tableaux en tout : armez-vous d’un guide, de connaissances, ou d’un ami, car sinon c’est vite parcouru (en s’arrêtant devant chaque tableau, à l’aller et au retour, et en lisant toutes les explications, 32 minutes chrono) – à la fin, j’ai eu besoin de descendre à la librairie pour feuilleter le catalogue… Et là, quelle surprise ! Les reproductions dans le catalogue son bien lumineuses, éclatantes presque… Elle m’impressionnent bien plus que l’exposition ! Est-ce moi ? Avez-vous eu la même sensation ?

Au final, quelques tableaux qui marquent (j’ai remarqué qu’ils sont différents pour chaque personne – on entend toujours les commentaires des visiteurs !) Pour moi, ce sont surtout ses œuvres du début, celles qui se contentent de refléter des choses toutes simples, ordinaires presque : Les Oignons (ma préférée, allez savoir pourquoi. Je trouve ça touchant jusqu’aux larmes, sa façon de dessiner ces trois pauvres oignons) ; La porte (l’entrée d’une église), quelques paysages aux bouleaux, La Boulangerie… et le portrait de son neveu, Mans Schjerfbeck (L’Automobiliste).

Faut-il aller la voir ? Ce n’est pas une expo « must-see » de la saison, clairement. Mais si l’affiche ou l’histoire de cette jeune femme isolée du monde entier vous touche, allez-y !

Une table ronde sera organisée à l’Institut finlandais (60, rue des Écoles, 75005 Paris), le 10 janvier 2008, à 19h.

Commissariat à Paris : Gérard Audinet

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
11 avenue du Président Wilson
75116 Paris (métro Iéna)

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h
Site Internet : www.mam.paris.fr

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My blueberry nights de Wong Kar Wai

Le dernier Wong Kar Wai a eu un accueil quelque peu condescendant de la critique ("Wong Kar Wai fait toujours du Wong Kar Wai", disaient-ils...), mais j'ai bravé l'indifférence et suis allée le voir (merci Sophie!)

L'histoire: Le copain d'Elisabeth (Norah Jones), vient de la plaquer pour une autre: Elisabeth atterrit alors au Ключ (Klutch, "clé" en russe) - le café de Jeremy (Jude Law). S'en suivent quelques soirées où Elisabeth sauve une tarte aux myrtilles et joue à la belle au bois dormant, puis disparaît pour un long road movie où elle rencontre tout une série de personnages avant de trouver -enfin - la clé...

Une histoire de clés, vous l'aurez compris, est forcément sinueuse et pleine de rebondissements. Certains avouent avoir été plus passionnés par les personnages secondaires (Rachel Weisz et Natalie Portman, incroyables toutes les deux - on a les yeux rivés sur elles)... Pour ma part, c'est surtout l'histoire de Norah Jones et de Jude Law qui m'a attirée. Il faut dire que, d'habitude, je déteste Jude Law et les rôles qu'il choisit (ceux d'un beau gosse qui fait souffrir les filles et se la joue à fond)... et que My Blueberry nights est le premier film où je l'ai trouvé vraiment bien! C'était donc bien parti pour cette histoire de barman/psy un peu essoufflé qui, chaque soir, prête une oreille attentive à Elisabeth (vraiment, c'est de la Shéhérazade à l'envers!), lui raconte des histoires de tartes de myrtilles (tous les soirs, il reste une tarte entière de myrtilles dont personne n'a voulu - "but you can't blame the pie! People just make other choices..."), des histoires de clés (Jeremy a un bol rempli de clés laissées par des clients pour quelqu'un qui ne vient jamais), des histoires tout court... Ce fil d'Ariane continue à travers des cartes postales qui traversent tout le pays, pour enfin revenir dans ce même bar, devant une tarte aux myrtilles, quelques mois plus tard.

Wong Kar Wai fait du Wong Kar Wai, certes (il faut donc avoir aimé au moins un de ses films précédents pour apprécier celui-là) - mais quel délice pour ceux qui aiment se fondre dans ce style tout en ellipses! L'action se déroule maintenant aux Etats-Unis, et Wong Kar Wai parvient à capter à merveille quelques facettes de la vie américaine... tout en faisant ce qu'il fait le mieux: filmer les néons, la fumée des cigarettes, et le grain de peau d'un visage féminin. Je crois fermement que ces trois choses ont été inventées dans le seul but d'être un jour filmées par Wong Kar Wai. Si on se laisse hypnotiser, on n'aurait presque plus besoin de l'histoire...

Faut-il aller le voir? S'il ne s'agit pas là d'une oeuvre magistrale, c'est un Wong Kar Wai vraiment très intéressant, pour ceux qui aiment les road movies, les histoires d'amour et de non-dits, et les fidèles du réalisateur qui - comme moi - n'ont pas envie d'attendre encore 2 ans (jusqu'à la sortie de The Lady from Shanghai) pour se mettre un Wong Kar Wai sous la dent!

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samedi 15 décembre 2007

Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano

En deux mots: un beau roman pour les nostalgiques d'une époque où les hommes étaient libres et les femmes, mystérieuses.

Un roman tissé par quatre voix qui s'unissent toutes au Condé, à côté de l'Odéon: Louki, une femme mystérieuse sans passé et sans avenir; un étudiant des Mines; Roland, l'amant de Louki, et Caisley, un détective privé menant une enquête qui ne finira pas comme prévu. Tous gravitent dans ce quartier qui "n'existe plus aujourd'hui que pour ceux qui y tiennent des boutiques de luxe et les riches étrangers qui y achètent des appartements... A l'époque, j'y trouvais encore des vestiges de mon enfance: les hôtels délabrés de la rue Dauphine, le hangar du catéchisme, le café du carrefour de l'Odéon où trafiquaient quelques déserteurs des bases américaines, l'escalier obscur du Vert-Galant, et cette inscription sur le mur crasseux de la rue Mazarine, que je lisais chaque fois que j'allais à l'école: NE TRAVAILLEZ JAMAIS."

C'est dans ce Paris hagard des années 60 que les personnages de Modiano se croisent, se perdent, cherchent, tous en quête d'une inconnue qui manque à leur existence sans but. Cela paraît impossible de nos jours: de jeunes gens qui ne ressentent pas la pression de devoir faire une carrière ou fonder une famille et qui vivent dans cette apesanteur étrange, dans cet entre-deux qui aujourd'hui n'est plus. Cette incertitude crée presque un malaise...

Pour ceux qui, comme moi, n'ont pas connu le Paris des années 60, une référence s'impose: Belle de jour (1967) de Louis Buñuel, qui, pour moi, évoque exactement la même période et dont certains personnages se ressemblent tellement. Louki, dont le vrai nom est Jacqueline, me rappelle tellement Séverine Serizy dans sa façon d'être mystérieuse, incomprise par les hommes qui gravitent autour d'elle, d'avancer dans sa vie au grès des rencontres fortuites, ne sachant où elles vont la mener. A voir avant ou après avoir lu le dernier Modiano!

Au final, un beau roman pour les nostalgiques d'une époque où les hommes étaient libres et les femmes, mystérieuses.

A lire sur ce sujet: une critique de Nathalie Crom dans Télérama; une critique de Douglas Kennedy.

Ed. Gallimard, 150 p., 14,50 €.

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jeudi 13 décembre 2007

Design contre Design au Grand Palais

Je me suis fait la réflexion il y a peu : ça y est, le design est rentré dans la culture populaire ! Enfin, la culture populaire parisienne, du moins… Une consécration au Grand Palais (qui fait tout de même ce qu’il y a de plus abordable et pédagogique en terme d’expos grand public), ce n’est pas rien ! Le choix des œuvres est plutôt intéressant, pas mal d’œuvres très récentes, une certaine mise en perspective avec des objets plus anciens (sur des thèmes transversaux tels la ligne droite, la courbe, etc.) - j'adore j'adore j'adore! Parmi mes préférés, Table fleur avec tapis - Ombre chinée de table marguerites (2001 - Hubert Le Gall), Pools & Pouf! de Robert Stadler (2004); la table Cinderella de Jeroen Verhoeven (2005), ou encore la Commode Chest of Drawers de Remy Tejo (1991), pour n'en nommer que quelques uns (faites défiler les photos!).








Cette dimension populaire a néanmoins un prix : on vise ici le spectaculaire, on cherche la facilité… et la concision. Design contre design fait dont partie des « expos parisiennes de moins d’une heure ». Ceux qui en veulent plus n’ont qu’à acheter le catalogue, là, vous en avez pour une semaine, c’est dire s’il y a peu d’explications dans l’exposition elle-même. Je ne puis m’empêcher de parler ici d’un autre fléau des « grandes expositions » : les audioguides. De plus en plus de gens succombant à cette invention (très utile, du reste, surtout lorsque vous ignorez tout du sujet), et les musées en profitent… Il y a de moins en moins d’explications sur les murs, et les audioguides coûtent de plus en plus cher ! Au Grand Palais, ils ont même osé nous dire qu’il faut prendre l’audioguide car il n’y avait « pas grand-chose comme explications »…

Du coup, je préfère de loin le Musée des Arts Décoratifs, bien plus fourni, mieux organisé, plus inventif dans la mise en scène, et qui propose des audioguides gratuits ! Encore une fois, ce n’est pas seulement une question d’argent (même si 10 euros d’entrée + 5 euros d’audioguide pour trois salles et demie d’expo, c’est presque insolent), mais surtout d’attitude vis-à-vis de nous, pauvres visiteurs avides de design et de connaissances !

Faut-il aller la voir ? Oui, si vous cherchez une expo pas prise de tête à voir avec des copains et que vous jugez les œuvres d’après le critère « ira/ira pas bien dans mon salon » (attention, ce n’est pas péjoratif, je fais ça très souvent moi-même !) Oui, si vous êtes seul(e), aimez les audioguides et vous en foutez d’être pris pour une vache à lait par le Grand Palais. Et non, si vous avez un peu plus de temps (de temps tout court et de temps de cerveau disponible) et que vous n’avez encore jamais visité le Musée des Arts Décoratifs – commencez plutôt par celui-là ! Vous en apprendrez bien plus sur le design et son évolution…Et oui, si vous êtes bien calé en histoire du design mais n'avez pas le temps d'aller voir les dernières pièces dans des galeries! Ouf, je fais trop de consignes! :-)

A voir/ à lire sur le sujet: la designer Inga Sempé visite Design contre Design (video); la critique de Connaissance des Arts; un autre point de vue intéressant.

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mardi 11 décembre 2007

Joyeuse grève!

Je pars à Rome jusqu'à jeudi, alors je vous laisse avec la grève et cette petite chanson parisienne désormais culte en cadeau! Bon allez, ne boudez pas, il paraît que ce n'est pas très grave cette fois-ci.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore, La chanson du dimanche est un duo complètement loufoque qui, tous les dimanches, publie une chanson sur un sujet d'actualité (à voir également, Nicolas et Rachida ou encore Miss France).

Petit cheminot (La Chanson du Dimanche / saison 2-5)

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My Major Company: devenez producteur de musique!

Excellente nouvelle pour les artistes en herbe: un projet se prépare et sera lancé très bientôt (pour l'instant en beta testing): MyMajorCompany. Qu'est-ce que c'est? MyMajor Company vous permet de devenir vous-même producteur de chanteurs et autres groupes musicaux.

Vous vous connectez, écoutez les artistes qui sont à la recherche de financements, en choisissez un qui vous paraît mais génia-a-l, et lui proposez de produire (en partie, bien sûr) son disque: vous achetez des parts de son album en cours de réalisation et intervenez ensuite directement sur ses choix artistiques et stratégiques. Une fois un total de 7.000 euros investi, l’artiste se voit offert un contrat avec MyMajorCompany qui prend en charge l’enregistrement et la distribution de l’album. Les investisseurs (c'est-à-dire vous et moi!) se partagent ensuite un pourcentage des ventes.





Serait-ce là une esquisse d'un nouveau modèle économique? Serait-ce une solution pour le fameux problème de diversité culturelle? Si l'on l'imagine à l'échelle internationale, 7000 euros, c'est vite trouvé pour un artiste, pour peu qu'il fasse un peu de concerts... Qu'en pensez-vous? Seriez-vous prêts à investir? Pour ma part, je serais bien partante pour financer "Some like it odd", le groupe de jazz nu dont je parlais il y a quelque temps ici (à bon entendeur...)

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lundi 10 décembre 2007

Exposition Chaïm Soutine à la Pinacothèque

Chaïm Soutine fait partie des quelques 500 peintres juifs venus d'Europe de l'Est au début du XXe siècle et qui ont constitué en large partie ce que l'on appelle communément "L'École de Paris". Parmi eux, Chagall, Zadkine, Lipshitz, Kikoine... C'est l'âge d'or de "La Ruche", l'atelier de la rue Dantzig qui abrite des artistes venus du monde entier. C'est l'âge d'or de la solidarité entre les peintres, tous fauchés - Modigliani, ami de Soutine, lui donnait 1 franc par jour pour subsister... C'est aussi l'époque où Hemingway sans un sou passe ses heures dans les cafés parisiens, dans ce Paris qui est une fête malgré la misère. C'est là que naissent les oeuvres si sauvages, si expressives, si intenses de Soutine.

Soutine est relativement peu connu comparé à ses contemporains Chagall ou Modigliani, et pourtant, ses oeuvres s'estiment en millions d'euros - plus de 7 millions d'euros pour Le Pâtissier de Cagnes chez Christie's il y a quelques années; ce pâtissier même qui le rendait célèbre en 1922: "un pâtissier inouï, fascinant, réel, truculent, affligé d'une oreille immense et superbe, inattendue et juste, un chef-d'œuvre", le décrivait Zborowski, le marchand d'art qui a révélé Soutine au marché de l'art .

Une exposition consacrée à Soutine est une rareté, et non seulement à Paris. C'est avec d'autant plus de plaisir que je suis allée voir l'exposition organisée par La Pinacothèque. Certes, l'espace n'est guère adapté (un sous-sol assez glauque avec des murs d'un bleu indigo un peu oppressant), les lumières guère satisfaisantes, les explications parfois incongrues. Mais le choix des oeuvres reste tout à fait défendable, surtout pour la première période de la vie de Soutine. Affamé, méconnu, maladivement timide, il peignait à n'en plus tenir debout, en détruisant et en repeignant ses oeuvres encore et encore... Des paysages du Sud, des natures mortes aux couleurs et aux formes si violentes qu'elles en paraissent vivantes, des morceaux de boeuf ensanglantés, les premiers portraits "défigurés"...

A une personne ne connaissant pas la vie de Soutine, tout cela peut paraître une folie pure. Et pourtant, la seconde partie de l'exposition rassure: le style est plus posé, les sujets, plus bucoliques... Mais toujours ces couleurs endiablées, des rouges hypnotisants, des bleus, des verts, des oranges, des explosions! Dans cet hiver parisien, c'est bien ce qu'il nous faut, une explosion!

Les peintures de Soutine vous transpercent autant que l'histoire de sa vie, ensuite, à chacun de trouver son approche pour apprécier son oeuvre. Soutine remonte sur la surface de ses tableaux quelque chose de si profond, quelque chose de la bête humaine qui nous dérange et fascine à la fois. Tout comme ce personnage passionné, tourmenté, reconnu mais si seul, qui meurt si tôt, ne pouvant être soigné pendant l'occupation. Derrière son cercueil ne marchait qu'une seule personne. C'était Picasso.

Faut-il aller la voir? Courez-y! Que vous connaissiez ou non Soutine, les occasions - et les oeuvres présentées, venant presque toutes des collections privées- sont si rares!

La Pinacothèque
28, place de la Madeleine
75 008 Paris
Tlj 10h30-18h

Jusqu'au 2 mars 2007
Tarif: 9 euros, 7 euros (réduit)
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mercredi 5 décembre 2007

Le système Poutine: documentaire

Le Système Poutine. Film documentaire de Jean-Michel Carré et Jill Emery, 98 min. Diffusé sur France 2 le 29 novembre 2007.

En cette période d'élections, les documentaires et les reportages sur la Russie, ce n'est pas ce qui manque. Alors, qu'en est-il de celui-ci?

Je dois dire que j'ai été agréablement surprise: les trois paris essentiels ont été relevés!

Le premier pari relevé: le documentaire n'est pas chiant! Malgré la pauvreté des documents disponibles (souvent, les auteurs recourent à des photos ou des montages d'un goût parfois discutable), il y a une dynamique, une ligne ascendante très forte (la montée de Poutine au pouvoir racontée comme un film sur les espions!) illustrée par une musique à suspense.

Le deuxième pari - l'objectivité (dit comme ça, c'est mission impossible, mais c'est surtout un esprit). Jean-Michel Carré et Jill Emery ont consacré 3 ans aux recherches pour ce documentaire et ont rassemblé une quarantaine de témoignages tous très respectables (et certains apportant une touche assez amusante, comme cette prof d'allemand de Poutine qui le gronde pour sa façon de marcher ou pour avoir dit "buter jusque dans les chiottes"). On y voit notamment Yavlinsky, Skuratov, Berezovsky, Samodourov (président de la fondation Sakharov), Kasparov, des journalistes politiques reconnus... Le film a le mérite de ne verser ni dans la dénonciation pure ni dans l'éloge sans limites (vers lequel certains des commentateurs russes tendent fortement).

Le troisième pari - la précision. Comme toujours dans les documentaires ou les films qui concernent un pays étranger, la précision n'est pas toujours au rendez-vous. Malentendus involontaires ou omissions de sens volontaires, ça arrive très souvent. Ici, quel plaisir d'entendre la traduction correspondre aux discours prononcés en russe! Personnellement, je n'ai pas trouvé de détails "alarmants"... et c'est tant mieux. S'agissant d'une reconstruction d'une histoire très récente, c'est d'autant plus appréciable que la tâche est ardue.

Ce documentaire aurait pu, pour moi, s'appeler "Poutine", car on y parle beaucoup plus de l'homme que du système proprement parlé. En effet, le pouvoir est un des thèmes de prédilection de Jean-Michel Carré, et ce documentaire s'en ressent (sans que cela puisse lui être reproché).

A voir si la Russie contemporaine vous intéresse. Le documentaire sortira en DVD en février 2008 aux éditions Montparnasse.

En savoir plus: quelques bandes-annonces et passages inédits sur le site de France 2; une critique du documentaire dans le Journal du Dimanche; une interview de Jean-Michel Carré.


La caricature ci-dessus: DR Espresso - Télérama

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lundi 3 décembre 2007

La nuit nous appartient de James Gray

Critiques enthousiastes, plébiscite du public... et moi, je suis un peu déçue par le dernier James Gray (dont j'avais adoré The Yards)! Le film est certes "brillant", mais il a comme un petit arrière-goût de déjà-vu... Voyons de plus près.

L'histoire: un père flic, deux fils: un bon, un mauvais (non non, je n'accuse pas James Gray du plagiat de la Bible !). Le bon, du côté des flics, le "mauvais" vit sa vie et peu à peu se tourne vers les "méchants" dealers de drogue.

Mais, si l’on regarde d’encore plus près (je sais qu’il y a beaucoup de spectateurs qui ne le font pas, tant pis, je vais passer pour une obsédée de l’analyse de scénarios) et qu’on retourne la situation dans tous les sens… Prenons ne serait-ce que deux films pour comparaison : Les Promesses de l’ombre (voir ma critique ici) et Les Infiltrés.

  • Un père, deux fils différents comme le jour et la nuit ; les tourments du père (Les PO).
  • La mafia russe tentaculaire sous des apparences d’une famille heureuse (trafic de drogue sous la couverture d’une boîte hype et d’un grand-père heureux ici, réseaux de prostitution sous la couverture d’un joyeux restaurant russe et d’un (grand)-père paternaliste dans Les PO).
  • Deux personnages, un dans la police, l’autre au cœur de la mafia, jouant le double jeu (Les Infiltrés), où chacun risque de mettre en danger l’autre.
  • Une copine extra-sexy qui fait LA gaffe extra-conne (là franchement, les films se comptent par dizaines).
  • Et enfin, le duo Marc Wahlberg (déjà vu dans The Yards) – Joaquin Phoenix n’est pas sans rappeler le duo Marc Wahlberg – Di Caprio dans Les Infiltrés, ou encore le duo Mark Ruffalo – Jake Gyllenhaal dans Zodiac (surtout Mark Ruffalo dans le rôle du bon flic qui suit la règle à la lettre et s’arrête toujours là où les autres vont plus loin, avec sensiblement le même jeu d’acteur).

Autant j’ai trouvé Les Infiltrés et Les Promesses de l’Ombre excellents, autant We own the night sent le réchauffé… Ou bien est-ce moi qui commence à friser l’overdose de films sur la mafia ou des clones cinéma de NYPD ? En tout cas, l'excellence des acteurs et de la mise en scène ne saurait cacher ce scénario rapiecé..

Faut-il aller le voir? : oui, si vous n’avez vu ni Les Infiltrés, ni Les Promesses de l’Ombre. Sinon, ça fera un bon film de dimanche soir!

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dimanche 2 décembre 2007

Un type dans le genre de Napoléon au Théâtre Edouard VII

Mise en scène de Bernard Murat, avec Martin Lamotte, Florence Pernel, Chloé Lambert.
Durée: 1h05

Encore un Guitry, toujours au Théâtre Edouard VII... Que faire, c'est l'année Guitry! Ayant déjà vu le très réussi Mon père avait raison (voir ma critique ici), j'ai décidé de succomber à Un type dans le genre de Napoléon...

Le Théâtre Edouard VII fait des économies sans que cela ne se voit (trop): Bernard Murat a signé la mise en scène des deux spectacles (avec sensiblement les mêmes décors), et certains acteurs (comme Chloé Lambert, par exemple) ne chôment pas non plus en jouant, à 19h, Un type dans le genre de Napoléon, et, à 21h, Mon père avait raison.

Un type dans le genre de Napoléon regroupe 4 pièces courtes avec Une lettre bien tapée, Une paire de gifles, L'Ecole du mensonge. Qutre sketches aux dialogues ciselés, à la repartie rapide et sans merci, aux retournements prévisibles mais délicieux du théâtre de boulevard de qualité. On rigole, tant grâce au texte qu'aux acteurs - Martin Lamotte est excellent avec des faux airs de Louis Funès irrité, et Chloé Lambert campe une dactylo croquante avec beaucoup de grâce; la mise en scène, comme dans Mon père avait raison, est un classique sans fautes. On en redemande!

Le problème est là: le spectacle ne dure qu'une heure... C'est un peu mesquin de le dire, mais c'est cher payé pour quatre sketches certes marrants mais pas transcendants pour autant! Un conseil: n'hésitez pas à prendre les places tout en haut (l'horaire et les tarifs aidant, la salle n'est pleine qu'à moitié)! En revanche, si vous devez choisir, n'hésitez pas: Mon père avait raison vaut bien plus la peine d'être vu!


Théâtre Edouard VII

10, place Edouard VII - 75009 Paris
Tarifs: de 20€ à 47,60€
Jusqu'au 5 janvier 2008.

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