Exposition Helene Schjerfbeck au Musée d'Art Moderne | Une Russe à Paris
Une Russe à Paris

lundi 17 décembre 2007

Exposition Helene Schjerfbeck au Musée d'Art Moderne

Depuis que j’ai vu les affiches de l’expo Helene Schjerfbeck, cet autoportrait poignant (je trouve), j’ai eu envie de la voir. Au point d’aller la voir, hier, en me disant qu’il ne faut surtout pas remettre ça à l’année prochaine ! Il y avait quelque chose dans cet autoportrait, une lumière, une émotion, une pensée qui ne me laissaient pas indifférente. Ça ressortait tellement dans le paysage parisien…

Helene Schjerfbeck est une institution en Finlande, et probablement la peintre la plus connue là-bas (personnellement, je n’ai pas tellement de références dans la peinture finlandaise, alors j’aime bien la comparer à Sibelius dans la musique. Vous me direz, y en a que ça aide pas !) Née en 1862, elle a traversé les deux guerres mondiales et n’a jamais arrêté de peindre, malgré l’isolement, la solitude ou son état de santé. Malgré des voyages en France, en Angleterre ou encore en Italie, les influences d’El Greco ou de Rembrandt, le gros de son œuvre sur concentre sur quelques personnes (sa mère, les ouvrières…) et, le plus souvent, elle-même. C’est ce qui m’intéressa surtout, cette « manie » d’autoportrait : comme si le monde se résumait à elle-même, comme si, au-delà de quelques visages familiers, des natures mortes et des paysages qu’elle voyait par sa fenêtre, le monde n’existait pas. Ses autoportraits, et surtout ceux de la vieillesse (mine de rien, son dernier autoportrait date de 1945, elle avait - attention, calcul mental ! - … … (je calcule) … 83 ans !), sont vraiment remarquables, du point de vue de la recherche sur la forme et la matière d’un visage qui disparaît. Pour vous donner une idée, ils me rappellent les autoportraits tardifs d’Edward Munch (le peintre du « Horla »).











Quid de l’exposition donc ? Le Musée d’Art Moderne se positionne comme le découvreur (pour le public français) d’Helene Schjerfbeck – déjà il y a quelques années, il organisait l’exposition « Visions du Nord » où certaines œuvres de la peintre étaient présentées. Cette fois-ci, c’est une vraie rétrospective (première en France) qui retrace toute la vie de l’artiste, des premiers tableaux naturalistes (et un peu mièvres, il faut le dire) à son œuvre ultime, « Trois poires sur une assiette » (quand on voit à quoi peut se résumer parfois la vie humaine…). Avec l’âge, sa manière devient de plus en plus épurée, allant à l’essentiel, essayant de saisir en un geste, une touche de couleur, l’essence de la chose représentée. On peut formuler à l’œuvre de Schjerfbeck le même reproche que l’on formule souvent aux pays nordiques : le manque de lumière (venant de Saint-Pétersbourg, j’en sais quelque chose). A part le noir et peut-être le rouge, toutes les autres couleurs semblent être mélangées à un gris beigeâtre qui les ternit. Les cadres sur fond d’une toile brute (vous voyez la couleur) et un éclairage un peu fade n’arrangent rien… c’est déprimant. Non non, vraiment. C’est comme si on vous avait mis sur le nez des lunettes qui vous empêchent de distinguer les couleurs joyeuses, vives qui existent dans la nature.

Cent vingt-six tableaux en tout : armez-vous d’un guide, de connaissances, ou d’un ami, car sinon c’est vite parcouru (en s’arrêtant devant chaque tableau, à l’aller et au retour, et en lisant toutes les explications, 32 minutes chrono) – à la fin, j’ai eu besoin de descendre à la librairie pour feuilleter le catalogue… Et là, quelle surprise ! Les reproductions dans le catalogue son bien lumineuses, éclatantes presque… Elle m’impressionnent bien plus que l’exposition ! Est-ce moi ? Avez-vous eu la même sensation ?

Au final, quelques tableaux qui marquent (j’ai remarqué qu’ils sont différents pour chaque personne – on entend toujours les commentaires des visiteurs !) Pour moi, ce sont surtout ses œuvres du début, celles qui se contentent de refléter des choses toutes simples, ordinaires presque : Les Oignons (ma préférée, allez savoir pourquoi. Je trouve ça touchant jusqu’aux larmes, sa façon de dessiner ces trois pauvres oignons) ; La porte (l’entrée d’une église), quelques paysages aux bouleaux, La Boulangerie… et le portrait de son neveu, Mans Schjerfbeck (L’Automobiliste).

Faut-il aller la voir ? Ce n’est pas une expo « must-see » de la saison, clairement. Mais si l’affiche ou l’histoire de cette jeune femme isolée du monde entier vous touche, allez-y !

Une table ronde sera organisée à l’Institut finlandais (60, rue des Écoles, 75005 Paris), le 10 janvier 2008, à 19h.

Commissariat à Paris : Gérard Audinet

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
11 avenue du Président Wilson
75116 Paris (métro Iéna)

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h
Site Internet : www.mam.paris.fr