jeudi 31 janvier 2008

Les indispensables


Je prends un petit moment pour réfléchir sur la question aussi vieille que l'homme ou, du moins, la société de consommation: "De quoi a-t-on vraiment besoin?"

Qu'est-ce qui me prend tout à coup? Ce week-end, je feuilletais le Figaro Magazine, et je suis tombée sur la page "Art de vivre - Les indispensables". Tiens, tiens! Eh bien, selon les auteurs de cette rubrique (Marie-Ange Horlaville pour ne pas la nommer), j'aurais donc besoin (ah non, pardon, cette section était destinée aux hommes) de ce magnifique "plateau carré en lapin" (photo) pour protéger "montres et pierres précieuses des chocs qui se produisent lorsqu'on les pose directement sur le marbre ou le rebord du lavabo". 240 euros.

Youpi! Enfin, quelqu'un a inventé cette chose en effet indispensable! La prochaine fois que je dépose mes pierres précieuses sur du marbre, je penserai absolument à l'acheter. Vraiment, je ne sais pas comment je n'y avais pas pensé avant! Franchement, quand je vois mes pierres précieuses tout abîmées parce qu'elles ont subies tant de chocs avec mon lavabo en marbre, ça me fait mal au coeur!

Non, ce n'est pas le prix qui m'indigne (ni d'autres objets présentés sur la même page, du genre un trois-quarts en chinchilla pour une somme à 5 chiffres, etc. etc.). Je suis sure qu'un certain pourcentage du 1% de la population qui peut se les permettre sera certainement intéressé par cette page. Non, mon indignation est purement linguistique! J'ai l'impression qu'il y a, en ce moment, une vraie dérive de l'utilisation du mot "indispensable" par les journalistes. Avant, j'avais l'impression que seules les publications comme ELLE en étaient touchées. Mais maintenant, je remarque que Le Figaro s'y est mis aussi... Bon, je sais qu'ils sont estampillés de droite, mais quand même ce n'est pas une raison, et puis j'aimais bien ce journal depuis Sciences Po et n'avais pas l'intention d'en changer, surtout pour une histoire de plateau en lapin...

Le changement de sens ressemble un peu à celui qui s'est opéré pour le mot "terrible" qui aujourd'hui veut dire son contraire. Ce genre d'objets (que j'appelle "les dispensables" et dont Bernard Shaw avait si bien dit: "Je peux vivre sans avoir le nécessaire. Mais je ne peux pas me passer du superflu") me faisait hurler de rire à une époque, puis j'ai commencé à me questionner... Maintenant je me mets en colère! Que l'on vive dans une société de consommation, soit, mais qu'elle s'immisce jusque dans la langue que l'on utilise, déforme nos mots, nos concepts, et qu'on ne le remarque plus, ça sent le Matrix à plein nez.

Et vous, avez vous des "indispensables"?

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lundi 28 janvier 2008

Smiley Face de Gregg Araki

Non, vraiment, il faut que j'arrête de me fier aux critiques de Télérama pour les comédies! Autant on tombe souvent d'accord sur les drames, polars et autres films historiques, autant on n'est jamais d'accord sur les comédies! "Une heure et demie de trip potache brillamment branché sur les perceptions distordues de son héroïne" selon Cécile Mury, Smiley Face est plutôt une comédie qui oscille entre le modérément amusant et le carrément ennuyeux, malgré une idée de départ plutôt prometteuse.

L'histoire: Jane F., une jeune fille constamment dans les vappes, bouffe une douzaine de gâteaux à la marijuana préparés par son coloc pour une space party, puis entame sa journée de loose tendance hallucinogène. Je m'attendais au moins à une mise en scène un peu originale avec des visions tordues et des gags de situation; au final, il n'y en a pas tellement. Il s'agit plutôt d'un sketch dont on a fait un film de 90 minutes - au bout d'une demi-heure on a fait le tour du scénario qui a beaucoup de faiblesses. Je reprendrai ici le résumé brillant qu'en a fait Jean-Philippe Tessé de Chronic'art.com: le film n'a pas d'autre message que celui-ci: "Quand on mange des space-cakes, après, on est tout bizarre". C'est dommage, car l'idée de départ était plutôt pas mal, et aurait pu donner naissance - au moins! - à un Mister Bean au féminin!

Pour être juste, certains journaux qui tendent à trop réfléchir (comme le New York Times, par exemple) ont réussi à y trouver des profondeurs inouïes: ce serait là une satyre du rêve américain à travers les personnages secondaires que Jane rencontre sur son chemin. Soit. Mais ladite satyre se noit quand même dans des vappes même pas hallucinogènes... et on ne voit pas en quoi son trip à elle est meilleur! Il faut probablement voir ce film après avoir fumé un bon joint, ça doit être carrément hilarant. Il faut aussi (de préférence) avoir moins de 16 ans!

J'étais intéressée de voir ce que vaut Anna Faris: grâce à ma super culture cinématographique, je savais qu'elle avait joué dans Friends (10e saison, la mère porteuse de l'enfant de Monica et Chandler - je suis forte!) et dans Lost in Translation (où je l'avais trouvé excellente en blonde très conne et très américaine). Pour vous donner une idée, imaginez Britney Spears en train de donner une interview (avant qu'elle ne soit chauve). Voilà, vous avez Anna Faris. Il faudrait qu'on m'explique pourquoi tout le monde s'extasie devant son don comique, car dans Smiley Face, son jeu se limite surtout à pouvoir tenir la bouche ouverte pendant le plus longtemps possible de façon à avoir l'air complètement étourdie. Mais je suis sure que cette jeune fille fera mieux la prochaine fois, à suivre!

Faut-il aller voir ce film? Humm. Il m'est difficile de vous le recommander! Mais si vous l'avez vu et aimé, j'aimerais bien avoir votre avis dans les commentaires, j'ai l'impression d'être trop négative!

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dimanche 27 janvier 2008

Le Dieu du Carnage de Yasmina Reza au Théâtre Antoine

Une soirée exceptionnelle et un vrai coup de coeur avec la nouvelle pièce de Yasmina Reza, Le Dieu du Carnage (au théâtre Antoine depuis vendredi dernier). Un huis clos réussi, des dialogues tranchants, des acteurs parfaits chacun dans son rôle, et une mise en scène vivante - que faut-il dire de plus pour vous encourager à aller voir ce spectacle?

L'histoire: Très simple. Véronique et Michel Houillé (Isabelle Huppert et André Marcon) ont invité chez eux Annette et Alain Reille (Valérie Bonneton et Eric Elmosnino) pour rédiger un constat pour leur assurance familiale: le fils des Reille a frappé au visage le fils des Houillé avec un bâton au square de l'Aspirant-Dunant. Il fallait bien le talent de Yasmina Reza pour pouvoir transformer ce fait divers en une pièce brillante sur la nature humaine... En y repensant, rien ne se passe, ou presque: on ne voit pas les deux fils, le constat n'est jamais signé, tout ne tient que par la force des dialogues et le brio avec lequel les comédiens les servent, entre un café et un verre de rhum!

Au fond, derrière les faits de la vie quotidienne (le père qui se débarrasse du hamster de sa fille, le travail qui fait irruption dans la vie privée, notre attachement parfois stupide à des choses qui n'en valent pas la peine), Yasmina Reza nous révèle l'oeuvre du dieu du carnage: celui qui maîtrise nos instincts les plus viles. La violence qui sommeille en nous est toujours prête à faire irruption, et il n'en faut pas beaucoup pour la réveiller! Ainsi, chacun perd peu à peu le contrôle, le sens des limites sociales, s'excite, s'énerve - on a l'impression de voir enfin son vrai visage, mais - changement de plan - on se retrouve projeté encore plus loin, dans une autre direction... Ce ping pong dramatique que Yasmina Reza maîtrise comme personne est jubilatoire. On retrouve dans Le Dieu du Carnage le même humour acerbe qui a fait le succès de Art (spectacle qui m'a fait aimer le théâtre, voilà plus de dix ans...), et la même capacité d'exploiter une situation à fond, jusqu'à ce qu'elle ne soit
totalement déconstruite pour nous révéler ce qu'il peut y avoir réellement derrière un tableau blanc ou un constat d'assurance.

Les acteurs sont tous dignes d'éloges, j'ai peut-être moins aimé Valérie Bonneton (qui a une voix à peine désagréable) et Yves Marcon (il tend un peu trop vers le théâtre de boulevard, ce qui n'est pas mauvais en soi, mais ce qui surprend dans une pièce de Reza). En revanche, j'ai trouvé Isabelle Huppert excellente, elle a une vraie présence sur scène (j'ai l'impression, beaucoup plus qu'au cinéma), et elle a l'art de cet humour pince-sans-rire que j'adore chez Reza. J'ai été également séduite par le jeu d'Eric Elmosnino: sans jamais forcer le trait, il atteint parfois de tels degrés d'absurde avec des mots tellement banals et quotidiens qu'on est plié en quatre.

Faut-il voir cette pièce?: mille fois oui! Je ne puis penser à une raison qui puisse vous empêcher d'aller voir cette pièce (même pas financière, parce que franchement, même d'une place à 17 euros, on voit très bien!) Et surtout, si vous aimez les pièces de Yasmina Reza, ou l'humour d'Isabelle Huppert, courez-y!

Le Dieu du Carnage
Théâtre Antoine
Durée: 1h30
Prix: 17€ - 49€

A lire également: la critique de Fabienne Pascaud dans Télérama

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samedi 26 janvier 2008

De l'opéra en province pour les parisiens

Je suis allée, hier, à la première de Don Quichotte de Massenet à l’Opéra de Limoges (je dois en faire une critique pour une revue d’opéra). La représentation fut vraiment excellente, et je ne puis m’empêcher – non de reprendre ma critique, mais de me livrer à quelques réflexions concernant l’art lyrique en France et de vous donner quelques conseils pour vos week-ends en province !

Cela m’a fait mal de voir des fauteuils vides lors de cette représentation (le première d’une série de deux – vous le savez peut-être, mais plus on donne de spectacles, plus on perd d’argent dans le monde de l’opéra…) – je trouve ça déplorable et me pose des questions ! Primo, ça veut dire que le public limousin ne peut pas, seul, remplir cette salle pourtant pas grande et malgré des prix assez peu élevés. Secundo, le public régional n’a pas de quoi se payer un hôtel un vendredi soir (c’est pour ça d’ailleurs que dans la plupart des opéras de province il y a toujours des représentations le dimanche après-midi). Tercio, le public parisien est tellement gâté et saturé par l’offre culturelle de la capitale qu’une production d’un théâtre de province de très bonne qualité ne peut l’attirer. Et pourtant, ceux qui ont déjà essayé d’acheter des places pour une production d’opéra à Paris savent pourtant que, malgré l’offre foisonnante, si l’on veut voir un opéra populaire (j’entends par là les Barbier de Séville, Traviata et autres Aida) ou une nouvelle production d’un opéra rare, il faut vous y prendre des mois à l’avance. A titre de rappel, les meilleures places à l’Opéra Garnier coûtent 160 euros, et toutes celles en dessous de 40 ne sont franchement pas géniales (pour ce prix, vous aurez en général une très bonne vue sur la calvitie du spectateur assis devant vous, une vue partielle sur des morceaux de scène visibles à gauche et à droite de ladite calvitie, ou une vue partielle – torticolis en sus – des sous-titres).

Pourquoi je vous raconte tout ça ? C’est que je me suis dit la chose suivante : si on compare le prix des places équivalentes à l’Opéra de Paris (ou Théâtre des Champs-Elysées, ou le Châtelet) au prix des places dans un opéra de province (augmenté du prix de billets de train et – éventuellement – d’une nuit d’hôtel), on arrive à peu près au même montant. Alors, pourquoi ne pas choisir d’aller passer un week-end à Nancy (dont l’opéra est vraiment un des meilleurs en France), à Strasbourg ou, si vous voulez aller au soleil, à Bordeaux ou à Nice ? Dans la rubrique « 1h de train de Paris », vous avez également Lille ou Reims (ou j’ai vu récemment une très bonne production de Falstaff de Verdi).

Mis à part les histoires de prix et de disponibilité de places, il y a aussi autre chose : c’est que les opéras parisiens prennent souvent très peu de risques. On se retrouve alors avec des chanteurs que l’on connaît depuis des lustres (je généralise, Gérard Mortier, le directeur de l’Opéra de Paris, est au contraire très décrié pour ses prises de risques très nombreuses, que ce soit dans le choix des œuvres ou des artistes!). Les opéras de province, quant à eux, ont des budgets plus serrés, mais aussi une marge de manœuvre plus élevée : ils peuvent souvent se permettre de miser sur un metteur en scène ou un chanteur inconnu, car le public est plus indulgent. Les artistes confirmés aiment bien y faire des prises de rôles (effectivement, si on se plante à Marseille, c’est moins retentissant et on peut rattraper le coup ; et si on ne se plante pas, le public a droit à quelques heures exquises !). Pour résumer, oui, des fois, ça peut être mauvais. Rarement, très mauvais. Mais on a toujours le plaisir de découvrir un artiste, ou une œuvre (car les opéras de province montent souvent des œuvres peu connues ou peu populaires qui ne pourraient pas être montées dans les grandes salles parisiennes faute d’un nombre suffisant de spectateurs) ! Et puis, si vous y passez le week-end, un opéra raté ne le gâchera pas, et un opéra réussi ne fera que l’améliorer encore plus !

Je vous ai donc concocté une petite sélection d’opéras à voir en province – des idées pour vos week-ends !

Avignon : L’Elisir d’Amore (Donizetti) le 9(m) et 11 mars : pour Amel Brahim-Jelloul, une chanteuse à suivre qui commence à être très connue !

Norma (Bellini) le 15(m) et 17 juin – avec Hasmik Papian et Sophie Koch, toutes deux remarquables.

Bordeaux : Scènes et madrigaux (Monteverdi) – un spectacle présenté l’année dernière au festival d’Aix-en-Provence

La Chauve-Souris (J.Strauss fils) 22(m), 24, 25, 27, 29(m) juin - je pense que Cécile Perrin y sera très intéressante !

Caen : Giulio Cesare in Egitto (Haendl) : 6, 8 mars. D’excellents chanteurs français (Ingrid Perruche, Delphine Galou, Elodie Méchain, Philippe Jaroussky…) pour cette co-production avec l’Opéra de Nancy (qui a toujours le vent en poupe, je vous avait dit)

Lille : Thésée de Lully 11, 13, 15, 17 mars, pour le duo Emmanuelle Haïm (direction musicale) et Jean-Louis Martinoty (mise en scène). Paul Agnew, Sophie Karthaüser et Jean-Philippe Lafont font partie de la distribution. Cela ne peut tout juste pas être mauvais ! Sauf si vous n’aimez pas Lully, auquel cas vous pouvez vous orienter vers

Rigoletto (Verdi) du 7 au 25 mai, pour Stefano Antonucci (Rigoletto). Dimitri Pittas (Le Duc de Mantoue) sera probablement très bon aussi.

Lyon : La Dame de Pique (Tchaïkovsky), jusqu’au 5 février, avec une distribution russe vraiment excellente !

A Midsummer Night’s dream (Britten) du 3 au 13 avril dans une très belle mise en scène de Robert Carsen.

Porgy and Bess (Gershwin) – une nouvelle production pour cet opéra ultra-populaire, signée José Montalvo et Dominique Hervieu (mise en scène, costumes, vidéo et chorégraphie).

Marseille : L’enfant et les Sortilèges (Debussy), dans la mise en scène déjà très connue de Moshe Leiser et Patrice Caurier (j’adore ce qu’ils font).

Nancy : sans hésitation, ma maison préférée en France ! Ici, on remarquera

Le Barbier de Séville (Rossini) – je l’ai vu en 2005, la production est vraiment charmante, et Nigel Smith (Figaro) est un chanteur à ne pas rater !

The Midsummer Night’s Dream (Britten) du 20 au 28 juin dans la mise en scène d’Omar Porras (j’ai vu sa Flûte enchantée, tout bonnement géniale !)

Nice : Le Nozze di Figaro (Mozart) du 22 au 28 février : Anne-Catherine Gillet et Helena Juntunen s’y alternent dans le rôle de la Comtesse et, pour avoir entendu les deux, je vous assure que le choix est difficile entre ces deux très bonnes chanteuses !

Reims : Cendrillon (Laruette) – le 3 avril. Un ouvrage du 18e ressuscité – je vous en dirai un peu plus dans une semaine, je vais le voir à Dijon début février !

Toulon : Jenufa (Janacek) 22, 24(m) et 26 février, dans la mise en scène de Jean-Louis Martinelli à qui je tendrais à faire confiance après avoir vu sa récente mise en scène de Détails !

Toulouse : Il Turco in Italia (Rossini) – un de mes opéras préférés, juste pour le plaisir de le réentendre ! C’est une nouvelle production. Lawrence Brownlee vaut le détour.

Les Contes d’Hoffmann (Offenbach) – un grand classique qui permet de franchir le pas de l’opérette vers l’opéra ! Avec Désirée Rancatore, Inva Mula et Karine Deshayes, ça s’annonce plutôt bien !

Ouf, je crois que j’en ai mis trop… mais je n’ai même pas cité tout le monde, et encore moins tous les spectacles intéressants ! Le plus simple pour recherche une date de représentation, c’est le site www.operabase.com – c’est une base de données très fournie et toujours à jour.

J’espère que je vous ai convaincus, et sinon, on discute dans les commentaires !


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jeudi 24 janvier 2008

Tasmin Little: la musique classique gratuite!

Après Radiohead, les musiciens classiques se mettent également à l'heure du gratuit: il y a quelques jours, la violoniste anglaise Tasman Little a annoncé qu'elle mettra son nouvel album en ligne gratuitement. L'approche est davantage pédagogique qu'économique: Tasman Little veut briser l'image élitiste de la musique classique et toucher un auditoire plus large.

L'album est disponible ici et peut être téléchargé en trois formats différents.

  • JS Bach Partita No.3 in E major for Solo violin BWV1006
  • Paul Patterson Luslawice Variations op.50 for violin
  • Eugène Ysaÿe Sonata No.3 in D minor "Ballade"

Je trouve que la démarche est louable, et j'aime bien le côté pédagogique: Tasmin Little a enregistré quelques introductions et conseils pour écouter les oeuvres (elle joue un petit peu à la maîtresse, et on peut ne pas aimer que l'on compare le son des différents violons à des différentes façons de cuisiner le poulet). Par exemple, elle présente deux de ses violons: un Stradivarius et un Giovanni Battista Guadagnini (nommé le Stradivarius des pauvres, même si un instrument peut atteindre le prix d'un million de dollars), et ça, je trouve ça vraiment intéressant!

L'interprétation: Tasmin Little, si elle n'est pas une star, est quand même une pianiste tout à fait recommendable, même si je préfère de loin d'autres interprètes (vous pouvez comparer son interprétation de la Partita à celle de Julia Fischer (qui joue un Guadagnini aussi) ou encore celle d'Iehudi Menuhin). J'ai l'impression toutefois que la prise de son est loin d'être géniale, je n'aime vraiment pas (voire ça me casse les oreilles, j'ai eu du mal à écouter jusqu'à la fin!). En ce qui concerne sa manière de jouer, je n'aime pas sa façon de conduire la ligne (je la trouve dénuée de sens, on dirait qu'elle joue des gammes!).

Au final, cette intention fera surtout parler d'elle - d'ailleurs, presque aucun des articles qui traitent du CD en question ne commente la qualité ni de son enregistrement ni de son jeu, c'est à penser qu'ils ne l'ont pas écouté mais qu'ils se réjouissent simplement du fait qu'un enregistrement soit disponible gratuitement! Je ne suis pas sure que Tasmin Little fera de nouveaux fans de musique classique: la tâche est quand même ardue avec des oeuvres pour violon solo, moi j'y serais plutôt allée avec Requiem de Mozart, par exemple, ou bien, dans une version plus ludique, Pierre et le Loup de Prokofiev... J'espère en tout cas que d'autres musiciens suivront! Restera toujours le problème d'une bonne prise de son et d'un bon studio qui accepterait ce genre de démarche...

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mardi 22 janvier 2008

Spartacus: tournée du Bolchoï au Palais Garnier

Je vous avais déjà parlé de la tournée du Bolchoï et de la représentation du Corsaire (voir mon post ici), je suis donc revenue au Palais Garnier dimanche dernier pour voir Spartacus, le fleuron de la chorégraphie soviétique! Malgré des airs d'Astérix et Obélix et quelques vieilleries, le ballet tient toujours la route et réserve quelques bonnes surprises...

Il s'agit d'un ballet-signature du Bolchoï, un péplum créé en 1968 par le chorégraphe attitré du Bolchoï, Youri Grigorovitch (il n'a quitté son poste qu'en 1995! Si ce n'est pas de la gestion soviétique, ça...), sur la musique d'Aram Khatchaturian. Si vous vous souvenez de l'histoire de Spartacus, c'est bien le récit de la révolte des esclaves (réunis autour du gladiateur Spartacus) en 73 av. J-C; révolte qui tourne mal (6000 esclaves ont été crucifiés...) Le sujet est en effet très communiste, mais aujourd'hui, dans le contexte d'un communisme qui se meurt partout dans le monde, ce sont surtout des relents d'Astérix et Obélix mélangé au Gladiator que l'on ressent en premier! La musique de Khatchaturian est efficace mais sans finesse (et l'orchestre Colonne n'arrange rien)... Khatchaturian utilise la moitié du temps le même rythme, et au bout de 40 minutes, on en a un peu fait le tour! Ce qui n'empêche pas les fans de ballet d'adorer ce ballet.

Quid de la danse, donc? Je pense qu'en 1968 il s'agissait effectivement d'une révolution pour le Bolchoï! Cependant, de mon point de vue, la base reste assez classique: des esclaves sur pointes et Spartacus qui fait des fouettés, j'ai du mal... même si je reconnais que certains passages sont vraiment très beaux, et notamment ceux de Phrygia (dansée par Lunkina dimanche après-midi). J'aurais bien aimé assister à la représentation avec Carlos Acosta, le danseur cubain presque mythique - mais où avais-je la tête, à ne pas regarder la distribution avant d'acheter? Je perds l'habitude, décidément... En tout cas, pour vous donner une idée, voici un extrait avec Carlos Acosta dans le rôle de Spartacus:



Ceci dit, le spectacle a été capté, donc on pourra voir le DVD bientôt! Je sais que le spectacle vivant ne passe pas particulièrement bien sur le petit écran, mais c'est mieux que rien!

Et sinon, ça m'a surtout donné envie de voir un autre chorégraphe aborder cette musique, sans pointes, vraiment de la danse contemporaine énergique (je pense notamment à la troupe de Alvin Alley), quelque chose qui serait plus proche du Sacre du Printemps (au niveau de la chorégraphie) que des "faux pirates" du Corsaire!

Astuces pour la prochaine tournée du Bolchoï: lors du prochain passage du Bolchoï à Paris, mettez en oeuvre la tactique suivante. Prenez-vous y très à l'avance (NB un mois avant peut être trop tard), mais essayez de jeter un coup d'oeil sur la distribution avant! Comme je disais, la distribution lors des tournées du Bolchoï n'est jamais officielle, mais vous pourrez la trouver sur des forums comme Dansomanie ou Critical Dance; vous y trouverez également des conseils quant aux interprètes à suivre. Certains achètent des billets pour toutes les représentations, et puis ne gardent que les bons (c'est très très facile à revendre - sur les mêmes forums, sur ebay ou juste avant le spectacle, les tournées du Bolchoï sont très prisées). Essayez d'acheter de bonnes places (disons, si c'est Garnier, à partir de 30 euros): ça a l'air vraiment con, mais, si un opéra ne perd pas grand chose avec la "visibilité réduite", le ballet en souffre énormément! Personnellement, je préfère être plus près de la scène, même si c'est de côté (l'impact de l'effort physique des danseurs s'y ressent vraiment); il y a aussi des adeptes des places au centre (comme ça vous apprécierez la géométrie des ensembles) - à vous de voir!


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dimanche 20 janvier 2008

Détails de Lars Noren au Théâtre des Amandiers

Détails de Lars Noren, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, avec Avec Marianne Basler, Éric Caruso, Stéphane Freiss, Sophie Rodrigues. Au Théâtre Nanterre-Amandiers.

J'avais envie d'aller au théâtre des Amandiers depuis Actrices dont l'action s'y passe, et depuis La surprise de l'Amour, encensée par la critique et que j'ai râté. J'ai donc profité d'une invitation pour "Détails" pour découvrir à la fois le théâtre des Amandiers et la dramaturgie suédoise. Résultat mitigé, mais qui donne envie de revenir...

L'histoire: Emma, une jeune femme qui aspire à devenir écrivain, rencontre Erik, un éditeur, à qui elle a envoyé son premier roman. Ce rendez-vous est le point de départ d'une histoire d'amour, malgré la récente relation d'Emma avec Stefan, un jeune dramaturge talentueux.
Dans le même temps, Stefan se retrouve aux urgences suite à de graves insomnies liées au surmenage. Il est soigné par Ann, la femme d'Erik.

Et durant les 10 années que la pièce traverse, ces quatre personnages vont se croiser, seuls ou en couple, à Florence, New York, Stockholm, dans des salons littéraires, au café, au théâtre, en salle de sport. Leurs vies vont s'entrelacer et se transformer à jamais.


Ce que ça donne: la mise en scène de Jean-Louis Martinelli est tout simplement géniale. Les personnages évoluent dans un espace tri-dimensionnel. L'avant-scène est occupé par une librairie symbolisée par une rangée de livres qui parcourt tout l'espace que l'on pénètre par des portes coulissantes situées à gauche et à droite de la scène. Cet espace devient tour à tour bureau, salle de sport, café, les Offices de Florence, salle d'accueil de l'hôpital... Au milieu, sur une estrade, un appartement ouvert, spacieux, sans les détails superflus, est séparé de l'avant-scène par une paroi presque transparente. Au fond, les fenêtres de l'appartement donnent sur la rue - on aperçoit l'immeuble d'en face, éclairé par des rayons de soleil. L'utilisation de la vidéo et la mobilité du décor me rappellent un peu celui de Good Canary, sauf qu'ici la vidéo n'est pas utilisée pour peindre des décors, mais pour camper des personnages (des passants dans la rue, par exemple) - ou encore un tableau regardé par ceux-ci. Très bonne également, l'idée de projeter la date (on a besoin de repères, comme l'action se passe sur une période de 10 ans) sur le rayon de livres - ces livres blancs ressemblent alors à la "skyline" new-yorkaise ou se passe une partie de l'action.

Les acteurs: les quatre acteurs sont parfaits, étonnants, crédibles, ils tirent le maximum du texte minimaliste de Lars Noren. J'ai particulièrement apprécié le jeu de Stéphane Freiss (que l'on retrouvera notamment dans "La Belle du Seigneur"au MAHJ), il est tellement précis, tellement "dans" son personnage... La scène de la drague ratée dans le café, ou encore les scènes avec sa femme (lorsqu'il raconte sa journée, par exemple) sont extraordinaires. Marianne Basler est parfaite en femme délaissée et lasse, avec un jeu de pieds sensuel (des pieds très expressifs, vraiment) et une élégance que je n'ai jamais vu chez un médecin hospitalier, mais bon, on est au théâtre.

La pièce: en fait, c'est bien là qu'est le problème, la pièce. C'est là qu'on se rend compte qu'il ne suffit pas de réunir des acteurs dans une mise en scène brillante, si on manque de matière. Il faudrait peut-être que je lise un peu plus de Lars Noren pour pouvoir être juge en la matière, mais pour l'instant, la matière en question, je ne la sens pas vraiment. La première heure (allez, les premières 80 minutes), le temps de camper les personnages, leurs contraditions, et esquisser le conflit qui va les unire, c'était intéressant, bien joué, enlevé, bien vu, on avait envie d'en voir plus. Le problème, c'est que plus on en voit, moins on a envie d'en voir plus: au bout d'un moment, la pièce tourne en rond, et très vite on comprend que rien de bon ne peut en sortir pour aucun des personnages (c'est un peu le symptome Good Canary, encore une fois). C'est là que l'on se sent tellement frustré (ou déprimé? ou les deux?)... En tout cas, à 22h15, j'ai eu l'impression que j'ai touché le fond de la misère humaine et le degré de frustration acceptable pour un samedi soir à Nanterre (après y avoir passé toute la semaine)! C'est petit, peut-être, mais j'ai renoncé! Si quelqu'un veut bien me raconter le deuxième acte...

Au final: je vais absolument voir la prochaine pièce que Jean-Louis Martinelli va mettre en scène, ainsi qu'une pièce avec n'importe lequel de ces quatre acteurs. En revanche, il en faudra beaucoup pour que je m'aventure encore une fois voir une pièce de Lars Noren. Ces derniers mois, j'ai juste dépassé le quota des pièces et films où un personnage dit "quand il a commencé à me violer, j'avais XX ans (XX= entre 5 et 12, selon la pièce). Enough is enough!

PS vous pouvez voir des extraits des répétitions ici.

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vendredi 18 janvier 2008

Mon palmarès des films 2007

Janvier, temps de faire des bilans... Je réitère donc avec mon palmarès des films 2007 (tout à fait personnel et subjectif!).

Chaque année , j'essaye de me remémorer les films que j'ai vus, les films que j'aurais voulu voir mais pour lesquels je n'ai pas trouvé le temps, les films que j'ai vus mais que j'aurais voulu ne pas avoir vu... Tous les ans, on dit qu'il y a trop de films qui sortent en France. Et tous les ans, je mesure la vérité de cette constatation en faisant mon palmarès: cette année, j'ai vu une quarantaine de films, et il y a bien une trentaine de films que j'aurais aimé voir mais qui étaient "en trop"!!! Si seulement l'industrie du cinéma pouvait ralentir un peu...

Pour les curieux, la liste complète des films que j'ai vus et des films que j'aurais voulu voir se trouve ici.

Pour le reste, voici le Top 10 des films que j'ai préférés cette année:

  1. The Bubble
  2. Les Méduses
  3. La Vie des autres
  4. After the Wedding
  5. My Blueberry Nights
  6. Les Chansons d'amour
  7. Persepolis
  8. La Fille coupée en deux
  9. Les Promesses de l'ombre
  10. Faut que ça danse!

Le Top 5 des pires films que j'ai vus:
  1. Deux en un de Kira Mouratova (festival, pas sorti en France - vous ne courez aucun risque!)
  2. Tehilim
  3. La Môme
  4. Nue Propriété
  5. Dreamgirls
Le Top 5 des films que j'aurais vraiment voulu voir en 2007, mais n'ai pas vu (et qui est donc une bonne indication pour ceux qui veulent m'inviter au ciné ou m'offrir un DVD ;-):
  1. Un baiser, s'il vous plaît !
  2. Les Témoins
  3. Le Mariage de Tuya
  4. Les Amours d'Astrée et de Céladon
  5. Chacun son cinéma
Et vous, quels sont les films qui vous ont marqué cette année? Quels films vous n'avez pas eu le temps de voir? Y a-t-il des films que j'ai laissé passer dans ma liste des "envies"?

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mercredi 16 janvier 2008

XXI - une nouvelle revue est née!

Excellente nouvelle que j'ai apprise par le blog de Pierre Assouline que j'afectionne et remercie à cette occasion: une nouvelle revue est née, elle s'appelle XXI vingtetun - comme le siècle! Le format est assez inhabituel - horizontal, à l'italienne, avec la une toute en images:



Sans avoir eu l'occasion de feuilleter le premier numéro pour l'instant, je suis déjà très très enthousiaste! Au menu (parmi les 198 pages du premier numéro): du grand journalisme, des enquêtes, un dossier consacré à la Russie, un article d'Emmanuel Carrère (que j'adore) sur Edouard Limonov, une enquête sur Michel Onfray...

A suivre!

Le premier numéro sort demain le 17 janvier, il sera disponible dans toutes les librairies, Fnac, et les Relay des gares et des aéroports et, à partir du 20 janvier, sur le blog de XXI; le prix: 14,25 euros. Déjà disponible sur Amazon et sur le site de la Fnac; livraison gratuite.



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mardi 15 janvier 2008

La Guerre selon Charlie Wilson de Mike Nichols

En deux mots. Un film insipide malgré des dialogues plutôt drôles et le jeu percutant de Philip Seymour Hoffman.

Voilà le résultat direct du manque de salles de cinéma à New York: je suis allée voir La guerre selon Charlie Wilson. Mais quelle mouche m'a piquée! L'idée principale du film est d'allier la "topicality" au "entertainment", deux concepts difficiles à traduire en français (on dirait, du contenu et du divertissement, mais c'est approximatif: en gros, le message des créateurs du film c'est: "On vous a fait réfléchir, mais vous vous êtes aussi amusés").


L'histoire se passe au début des années 80. Trois personnages - Charlie Wilson (Tom Hanks), le délégué du Deuxième District du Texas, Joanne Herring (Julia Roberts), une richissime mondaine qui ne rêve que de la chute du communisme, et Gust Avrakotos (Philip Seymour Hofman), un agent de la CIA sous-estimé - vont permettre à l'Afghanistan de combattre les Soviétiques en nouant une alliance improbable entre l'Egypte, l'Israël et le Pakistan pour leur fournir les armes (qui, d'ailleurs, ont probablement atterri dans les mains d'Al-Qaïda quelques années plus tard), grâce à des fonds alloués par le ministère de la Défense. Inspiré d'une histoire vraie.


Je tiens à préciser que ce n'est pas parce que je suis russe que je n'ai pas aimé ce film (même si je trouve d'un assez mauvais goût les phrases du genre "Let's kill some Russians!!!" prononcées sur un ton joyeux). Simplement, c'est un film qui fait croire au grand public qu'il parie sur leur intelligence, alors qu'il n'en est rien et qu'on est encore pris pour des ânes (qu'on ne peut faire "réfléchir" grâce à la "carotte" - les blagues - dans la direction voulue).

Ce que dit le film, au fond, c'est qu'il y a des lacunes dans le processus de prise de décision américain si énormes, qu'un type comme Charlie Wilson peut en profiter pour obtenir des disaines de millions de dollars pour envoyer des armes en Afghanistan. D'ailleurs, on le note aussi dans la success story de Charlie Wilson lui-même, qui confesse être tombé amoureux de l'Amérique lorsqu'il a réussi à manipuler des électeurs (NB noirs). Tout le film tient debout grâce à cette hyper-simplification de l'histoire, ou tout est bien qui finit bien et où tous les moyens sont bons pour atteindre le but désiré. Imaginez ce qui sort de ce genre de "decision making" lorsque c'est appliqué à des causes peu nobles.

Les acteurs: le seul à être vraiment digne d'admiration ici, c'est Philip Seymour Hofman, terrifiant et drôlissime; ces répliques très peu politiquement correctes font mouche, et sauvent le film du désastre. Il se transforme néanmoins en une parade du star-system. Il signe, entre autres, le retour de Julia Roberts sur les écrans (après une interruption de 3 ans) qui, malheureusement, ne m'a pas paru convaincant... Elle est affublée d'une coiffure idiotes et des costumes qui vont avec, et a l'air si vieille qu'on la prendrait pour Barbara Cartland. Pour ce qui est du jeu, eh bien, vous l'aurez deviné, c'est du Julia Roberts classique. Tom Hanks a toujours l'humour aussi charmeur, même si son visage paraît parfois momifié. Si l'on ne laissait de ce film que les blagues et les acteurs, cela pourrait passer pour du bon divertissement. Mais ajoutez-y un scénario naïf et des dialogues bancals, et le tout tombe à l'eau!


Faut-il voir ce film? Eh bien, après tout le bien que j'en ai dit, j'aurais du mal à faire l'avocat du diable. Pour moi, La Guerre selon Charlie Wilson est un anachronisme, un film de l'époque de la guerre froide où l'on a oublié de rajouter des nuances entre le blanc et le noir. Vous ne vous ennuierez certes pas (un critère qui compte pour beaucoup d'entre nous), et peut-être, si vous aimez les ouvrages "Pour les nuls", cet opus de "Géopolitique pour les nuls" vous ravira, qui sait! Avis cependant aux fans de Philip Seymour Hofman, ne le manquez pas dans ce rôle! (peut-être en DVD...)



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lundi 14 janvier 2008

Actrices de Valeria Bruni Tedeschi

J'adore tous les acteurs de ce film (Valeria Bruni-Tedeschi, Louis Garrel, Valeria Golino, Mathieu Amalric, NoémieLvovsky pour ne citer qu'eux); ça raconte l'histoire de la création d'un spectacle d'après "Un mois à la campagne" de Tourguéniev (comment ne pas aller voir ça?), au théâtre des Amandiers (la meilleure chose qui soit jamais arrivée à Nanterre). Et pourtant, malgré ses qualités, le film tourne en rond et nous (me) laisse un peu sur notre faim... tout en donnant envie d'en voir plus!

La bande-annonce, dynamique, drôle, légère, originale, donne vraiment envie de voir ce film, et donne presque envie de l'adorer! Mais, une fois dans la salle de cinéma, on se trouve en attente de quelque chose qui ne vient pas (ou pas directement - ça ne vient qu'après, en y réfléchissant) - tout comme Marcelline (Valéria Bruni-Tedeschi) dans le film: actrice accomplie, elle rêve d'être épouse et mère, mais ne cueille que des succès théâtraux...

Chaque scène est un bijou, grâce au jeu des comédiens, tous excellents (mention particulière à Marisa Borini, la vraie mère de Valéria Bruni-Tedeschi et de Carla Bruni - maintenant je sais de quoi va avoir l'air Carla Bruni dans 30 ans!), mais aussi à la réalisation pleine d'humour, de fantaisie et de réflexion de Valéria Bruni-Tedeschi.

La bande originale a caressé mes oreilles classiques dans le sens du poil (ha! j'arrive à sortir de ces phrases, moi...): on est bercé par les thèmes des Noces de Figaro de Mozart ou encore des grands classiques jazz comme "In the mood". D'ailleurs, pour ceux que ça amuse, le film regorge de symboles de tous genres - je ne vous en parlerai que d'un seul. Marceline, drôle de prénom, non? Mais lorsqu'on voit Marcelline pour la première fois, c'est l'air "L'ho perduta" de Barberine qui retentit. Quel rapport? Je vous rappelle l'histoire des Noces de Figaro: Figaro et Suzanne veulent se marier; Marcelline, la gourvenante d'un âge déjà avancé cherche à obliger Figaro à l'épouser, avant de découvrir que c'est son fils. Quant à Barberine, c'est une toute jeune fille qui pleure la perte d'une aiguille ("de son innocence", vous diront les "mozartologues"). Si on le rapporte au film, est-ce que Marcelline ne serait pas en train de se rêver jeune fille (ou de rêver d'en être encore une? Sa mère lui dit bien, "Tu es une enfant! Une vieille petite fille!"), en contradiction (sociale, en tout cas) avec son âge?

C'est ainsi que se tissent les parallèles entre Les Noces de Figaro (Marcelline amoureuse de son fils), Un mois à la campagne (Natalia Pétrovna amoureuse du précepteur de sa fille), et de l'histoire de Marcelline elle-même, amoureuse de l'acteur qui joue le précepeteur de sa fille dans la pièce.

Ça part un peu dans tous les sens, sans qu'aucun fil n'arrive à une fin bien définie (comme dans la vie, en fait, mais le cinéma nous a tant habitués à des destins artificiels!), et on se perd avec délice dans ces va-et-vient entre la vie et le théâtre. Malgré ce caractère inabouti, le film donne envie (plein d'envies, en fait!) - envie d'aller au Théâtre des Amandiers, envie de relire "Un mois à la campagne", de réécouter Les Noces de Figaro, et, surtout, d'attendre avec impatience le prochain film de Valéria Bruni-Tedeschi!

Faut-il aller le voir? Si vous aimez Valéria Bruni-Tedeschi (comme actrice ou comme réalisatrice), les films d'auteur, les films-autoportraits, les films un brin étranges dont on ne sait que penser, allez-y (ou attendez qu'il sorte en DVD!) Sinon, attendez que Valéria Bruni-Tedeschi nous ponde un vrai chef-d'oeuvre.

Actrices, de Valéria Bruni-Tedeschi. Sortie le 26 décembre 2007.

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dimanche 13 janvier 2008

La fin de ma Russie de Catherine Sayn-Wittgenstein

La Fin de ma Russie (journal 1914-1919) de Catherine Sayn-Wittgenstein, Phébus, octobre 2007. 394 pages.

Journal d'une princesse russe de 23 ans, "La fin de ma Russie" relate les événements des années 1914-1919. Ce journal a ainsi traversé la 1ère Guerre Mondiale, la Révolution de 1917, la guerre civile, puis a suivi le destin de la famille Sayn-Wittgenstein en Roumanie, puis en Silézie autrichienne. Retrouvé par la princesse lors de l'appel qu'Alexandre Soljenitsyne lança en 1975 aux émigrés russes de la première génération pour qu'ils lui transmettent leurs souvenirs, ce document est un témoignage précieux et passionnant sur les événements qui ont changé à jamais le visage de la Russie.

Qui sont les Sayn-Wittgenstein? Il s'agit d'une famille aristocratique d'origine allemande qui avaient vécu en Russie depuis 1762. Même si le nom ne vous dit rien (et moi non plus, avant d'avoir découvert ce livre), plusieurs Sayn-Wittgenstein ont marqué les pages de l'histoire: le prince Pierre de S-W (l'arrière grand-père de l'auteur), par exemple, était un maréchal victorieux pendant les guerres napoléoniennes.

Que faisaient-ils pendant la Révolution? Pendant la Première Guerre Mondiale, Katya et sa soeur Tatiana ont travaillé comme infirmières dans un hôpital à Moscou; puis la famille a déménagé à Bronitsa, leur propriété en Ukraine, jugée plus sûre pendant la Révolution d'octobre. Après que Bronitsa ait été détruite par les paysans, ils vécurent dans la petite ville de Moguilev, avant de traverser le Dniestr vers la Roumanie pour quitter la Russie en 1919.

Qu'y a-t-il d'intéressant dans ce livre? C'est une oeuvre assez particulière, car il ne s'agit pas de mémoires, mais bien d'un journal qui relate au jour le jour les événements que nous connaissons (ou ignorons) depuis les manuels scolaires. On les vit alors dans l'immédiat les événements à travers les yeux de Katya, on sent l'univers de cette famille s'écrouler... Les Sayn-Wittgenstein cultivent leur propre jardins, traient des vaches, ils travaillent dur pour pouvoir survivre pendant la guerre. L'expérience est toute autre que lorsque vous lisez un essai ou écoutez un professeur!

Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est aussi des choses auxquelles on ne pense jamais lorsqu'on étudie l'histoire. On ne se rend plus compte du manque d'information de l'époque!
"Aujourd'hui, on lit dans le journal que Kornilov est mort. Il me semble que cela ne peut pas être vrai. Maintenant la première réaction à tout ce qu'on lit est de ne pas y croire". C'est assez incroyable, j'ai vraiment été frappée par ce vacuum informationnel dans lequel tout le monde se trouvait, où les seules informations que l'on pouvait obtenir étaient des rumeurs! "Ici, on a lancé des rumeurs selon lesquelles le grand-duc Mikhaïl Alexandrovitch aurait abdiqué; de plus, la Pologne aurait déclaré la guerre à l'Ukraine (...). Quelle situation folle qu'il n'y ait ni journaux, ni courrier, ni télégrammes, ni relations ferroviaires! On ne peut quand même pas croire toutes les idioties qu'on entend à Moguilev!" Les guerres se font maintenant différemment... Penser que, jusqu'à la 2de Guerre Mondiale, lors d'une guerre, on ne savait pas pendant des jours qui avait gagné une bataille, c'est inconcevable aujourd'hui!

Katya Sayn-Wittgenstein n'est pas dénuée de sens de l'humour qui se révèle au fil des pages; mais elle réfléchit aussi de plus en plus, au sens de l'histoire, à la haine que leur voue le peuple, à cette punition terrible qu'ils (la classe des propriétaires terriens) ont probablement méritée... A 23 ans, elle n'a pas vraiment reçu une vraie éducation, elle rêve de faire des études, de devenir médecin... un destin qui ne se réalisera pas, même si elle vivra longtemps et survivra à tous les membres de sa famille. Elle-même et les gens qui apparaissent sur les pages de ce journal sont autant de reflets de destins brisés par un des plus grands krachs de l'histoire. "Je pense que nous nous efforçons de faire quelque chose, d'établir des plans pour l'avenir, mais en fait tout cela est inutile: un avenir est inimaginable."

Il y a aussi beaucoup d'histoires, d'anecdotes, d'événements cocasses et tristes à la fois, le danger semble passionnant. "Pour la deuxième fois,nous fûmes sauvés comme par miracle. Et nous avons dormi cette nuit-là: Nous ne savions pas qu'à trois heures du matin une horde de soldats pénétra par effraction dans la malheureuse administration communale et exigea immédiatement deux millions de roubles. A cinq heures, les bolcheviks firent sauter le pont et s'enfuirent. (...) Au même moment, le baron Bode et le capitain Tchernik entendaient les voitures qui passaient devant chez nous et s'attendaient toute la nuit à une attaque contre nous. "A chaque voiture nous avons pensé: ça y est, ils viennent arrêter le prince. Nous nous sommes préparés à les attaquer par-derrière", raconta le baron en buvant tranquillement une tasse de thé chez nous. Nous avons dormi cette nuit-là et ne nous sommes imaginé que très vaguement le danger dans lequel nous étions. Et pendant ce temps, il y avait de braves gens, que nous ne connaissions même pas encore personnellement, qui étaient prêts à nous sauver des bandits."

J'ai du mal à juger le texte (il s'agit d'une double traduction: du russe en allemand, et de l'allemand en français), je pense qu'il reste peu du style original, mais l'ensemble est bien écrit et se lit très facilement... Un livre à lire si vous aimez l'histoire! Sur le même sujet, un autre angle d'approche, ce sont - comme je l'ai déjà mentionné - les mémoires; pour moi, aucun auteur n'a pu égaler l'autobiographie de Nabokov, où il raconte "sa" Russie à lui, disparue elle aussi à jamais... (ce n'est pas le sujet de ce post, mais je ne puis m'empêcher de mentionner ce livre, probablement le plus touchant et le plus juste que j'aie jamais lu).


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vendredi 11 janvier 2008

La Biscotte 2 au Théâtre Le Temple

Même si j'ai peux avoir l'air intello dans mes sorties, je ne dédaigne point le théâtre de boulevard. Enfin, aussi pensais-je en acceptant deux invitations pour La Biscotte 2 au théâtre du Temple ("après le succès de "La Biscotte, La Biscotte 2!")... On a rarement la chance de voir un spectacle aussi plat et creux à la fois! Voici ce que je peux vous raconter des 35 premières minutes du spectacle (au-delà, ce n'est pas soutenable même pour les gens dotés d'un solide sens du second degré!).


L'histoire: en fait, il n'y a pas vraiment d'histoire. Bon, déjà, c'est la suite de "La Biscotte", et comme a dit le copain que j'ai eu le malheur d'entraîner à cette pièce, "J'ai l'impression qu'on passe à côté de beaucoup de choses si on n'a pas vu Biscotte 1". Moi je dis, ça se peut, c'est pour le mieux. En gros, un type et sa nouvelle fiancée rentrent de vacances et sont accueillis par un ami gay (bonjour les blagues plates sur les gays qu'on ne peut se permettre qu'à 12 ans dans la cour d'école). Dans son appart, il y a une inconnue - enfin, presque, car le type l'a sautée 11 mois auparavant, et maintenant elle revient lui demander de l'argent pour élever l'enfant qu'elle a eu après. Après avoir visionné la vidéo ci-dessous, je comprends qu'en plus de ça, par un tour de magie, les rôles sont invertis et c'est maintenant le type numéro 1 qui devient gay, et le type gay qui devient hétéro. Voilà voilà.


Je l'ai dit, mais je le répète tant cela me paraît surprenant: il est rare de voir une pièce aussi uniformément mauvaise: les acteurs sont archi nuls (ils ont des voix désagréables en plus!), la direction d'acteurs est horrible, et la pièce est extrêmement mal écrite! Au menu, les vieilles blagues de bofs sur les gays (tonton-tata, etc.), les corses, les belles-mères, les mères, les enfants... Quelques extraits que je n'ai pas pu m'empêcher de noter dans le noir sur le dos de mon chéquier, tellement c'était puissant:

- Je suis née en 1615 (ah oui, parce que j'ai oublié de vous dire, la fiancée est en fait éternelle! Une sorte de sorcière, j'imagine)
- Putain, t'es bien conservée!
(La salle: "Ha-ha-ha")
- T'es presque aussi vieille que ma mère!
(La salle: "Ha-ha-ha")

Mais des perles, il y en a beaucoup ("Ne pense pas, ça fait tomber les pellicules!"), et le public reconnaissant éclate de rire à chaque phrase. Et moi, à chaque phrase, j'ai honte - pour les acteurs, pour le public... On est sorti de la salle pliés en quatre tellement on rigolait - on n'aurait jamais cru qu'un tel spectacle puisse être donné à Paris et avoir du succès... On n'en finit pas de découvrir la ville! La bonne chose, c'est que c'est Paris, et qu'il y a toujours un café prêt à vous accueillir en cas de naufrage théâtral!

Et vous, quelles sont vos expériences avec le théâtre de boulevard? S'il y a des choses bien en ce moment, je suis preneuse!

La Biscotte 2 d'Antoine Beauville, avec Larra Mendy (ELLE), Christophe Canard (Xavier), Lauriane Escaffre (Nathalie), Antoine Beauville (François Coulon). Mise en scène de Tristan Petitgirard. Au théâtre Le Temple.
Si ça vous tente, réductions et avis de spectateurs ici. Il paraît qu'à la fin ça s'améliore. Téléphonez au théâtre, ils vous feront peut-être un prix pour la dernière demi-heure! :-)

PS pour ceux qui auraient adoré cette pièce, je vous prie de ne pas me couvrir d'injures mais d'argumenter votre point de vue, on en sortira tous grandis!


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mercredi 9 janvier 2008

Reviens-moi de Joe Wright

En deux mots: un des meilleurs films de l'année 2007 (et non seulement dans la catégorie des "historical drama"), un candidat certain pour les Oscars 2008 (si la cérémonie n'est pas annulée), deux très beaux rôles pour Keira Knightley et James McAvoy, et enfin la découverte de Saoirse Ronan, une jeune actrice à suivre!

L'histoire. Adapté d'une nouvelle (Atonement (Expiation), excellente et très connue aux USA) de Ian McEwan, le film raconte une histoire qui commence en 1935 dans un manoir anglais que Cecilia Tallis (Keira Knightley) et sa soeur Briony (Saoirse Ronan, puis Romola Garai) partagent avec, entre autres, Robbie Turner (James McAvoy), fils d'une servante. Après avoir assisté à un événement qu'elle ne comprend pas parfaitement, Briony fait quelques fausses accusations dont les répercussions nous amènent au-delà de la IIe Guerre Mondiale.

La réalisation. N'ayant pas vu Orgueil et Préjugés de Joe Wright, je ne ferai point de comparaison. J'ai trouvé la mise en scène brillante, très classique, mais pleine de trouvailles qui rendent le récit fluide et ponctuent l'histoire de moments-révélations (imaginez une série de mini-chocs à la manière de la fin du "Sixième élément"); des lettres tapées à la machine fusent tels des coups de fusils en formant des mots assassins... La fin est également astucieuse et très réussie: c'est si rare d'éviter le mélodrame dans ce genre de films! Je ne vous en dis pas plus.

Les acteurs. Voilà enfin un rôle à la mesure du talent de Keira Knightley (qui le cache souvent dans des films "corsetés"), dont la présence évanescente transcende chaque plan, même ceux où elle n'est qu'un objet hors-champ... Face à elle, James McAvoy j'avais déjà tant apprécié dans Le Dernier Roi d'Ecosse, est parfait un rôle qui l'entraîne, de l'innocence à l'amertume, dans une spirale descendante. Enfin, j'ai été frappée par le jeu de Saoirse Ronan (qui joue Briony, petite) - son visage, sans être beau (c'est d'ailleurs très reposant, des fois, d'apercevoir un visage différent à l'écran!) a à la fois quelque chose d'angélique à la Naomi Watts, quelque chose de terrifiant qui me fait penser à Sylvie Testud dans Blessures assassines, et un sérieux enfantin qui rappellent les débuts de Ludivine Sagnier dans 8 femmes.

Avant de voir le film, lisez!
Expiation est un grand roman de Ian McEwan, l'un des romanciers anglais les plus doués de sa génération (celle notamment de Graham Swift, Martin Amis, Julian Barnes)... "Placé sous les auspices conjugués de Jane Austen, Virginia Woolf et Cyril Connolly, Expiation est tout ensemble une fresque romanesque somptueuse, une réflexion sur l'imagination et un hommage à la littérature anglaise". Télérama Expiation, de Ian McEwan, éd. Folio, 24,50 €.

Faut-il le voir?
Absolument! Vous pouvez même y amener des hommes réfractaires aux films pour les filles (même celui qui aurait refusé de voir Orgueil et Préjugés!!) Un conseil: j'ai l'impression que le battage médiatique va être énorme pour ce film, essayez de le voir avant d'être submergé par la vague généralisée du "ah c'est génial génial - c'est un must-see - voyez-le!!" qui (en tout cas chez moi) a tendance de provoquer un dégoût profond pour chaque film qui bénéficie de ce genre de "couverture".

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mardi 8 janvier 2008

La tournée du ballet du Bolchoï à l'Opéra de Paris

Ca y est, le ballet du Bolchoï est à Paris! Leur tournée à l'Opéra Garnier (comme les russes appellent le palais Garnier, ignorant ostensiblement Bastille - d'ailleurs, le Bolchoï ne vient jamais à Bastille) est maintenant devenue traditionnelle: tous les deux-trois ans, la troupe du Bolchoï occupe la scène de Garnier pendant presque un mois en amenant trois spectacles. Cette année, la tournée française doit beaucoup au milliardaire russe Oleg Deripasska, PDG du holding Basic Element (aluminium).Cette fois-ci, le Bolchoï présente c'est Le Corsaire (un grand classique tout en tutus et pirates à la fausse barbe), une soirée composée de trois ballets courts (dont une création), et Spartacus (un grand classique de la chorégraphie soviétique).

Toute la presse française conseille d'aller voir la soirée de trois ballets, allez savoir pourquoi (probablement parce que c'est plus court?). Mais comme moi, je ne peux pas blairer la scène des Ombres de la Bayadère qui en fait partie (je sais, je suis très "politiquement correct"), la scène la plus naze de la danse classique (que pourtant j'adore), j'ai préféré aller voir Le Corsaire (hier) et Spartacus (le 20 janvier). Si un seul balletomane voit cet article, je vais me faire taper sur les doigts très fort pour avoir offensé la scène des Ombres, je répète donc que c'est totalement subjectif et n'engage que moi!

Selon la vieille habitude russe, on n'annonce jamais officiellement qui va danser quel soir, on est donc obligé d'avoir recours à des forums (car tout ce sait): vous pouvez vérifier la distribution ici.
Ceci dit, presque toutes les représentations sont complètes, et cela risque d'être difficile de choisir vos dates!
En général, on va voir Le Corsaire pour ce moment-là (interprété ici par Denis Matvienko, celui même qui dansait Conrad hier soir), c'est un extrait du pas de deux du 1er acte:



Personnellement, je n'ai pas été époustouflée, ni par Matvienko, ni par Lounkina (d'ailleurs, j'ai trouvé que le public a été un peu froid)... Mes préférés restent Svetlana Zakharova (qui est aussi de la tournée, elle dans le 15 janvier) et Igor Zelensky (ci-dessous).



J'ai été un peu déçue par la direction musicale de Pavel Klinichev (l'orchestre Colonne jouait ce soir-là, de manière assez relâchée, il faut dire... Clairement, ils doivent penser que, puisque c'est un ballet, les spectateurs ne vont pas entendre les fausses notes), il prenait des tempi tellement lents que le ballet en devenait lourd, chaque pas pesait...

De façon générale, je commence à remarquer qu'avec l'âge (et l'expérience?) je suis beaucoup plus sensible à la danse contemporaine, et n'apprécie la danse classique que quand elle est servie par des interprètes vraiment exceptionnels, sinon je trouve ça ennuyeux. Qui l'aurait cru? Mais c'est peut-être le cours normal des choses, enfant, on est fasciné par les costumes, les décors, la danse en général, et puis on en a tellement vu qu'on commence à chipoter? Une sorte de déformation professionnelle de balletomane?

Faut-il le voir? Je n'ai jamais vu Spartacus, donc j'y vais vraiment par curiosité (mais je crois que c'est un ballet dénué de morceaux de bravure, donc si c'est cela que vous recherchez, passez votre chemin). Pour Le Corsaire, si vous y allez, essayez de voir Zakharova, une des meilleures ballerines en ce moment.

La suite de la tournée (Spartacus) décrite ici!

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lundi 7 janvier 2008

La Visite de la Fanfare d'Eran Kolirin

La Visite de la Fanfare de Eran Kolirin, avec RonitElkabetz. Film franco-israélien. 1h26 min.

Très remarqué à Cannes, où ce film a eu le prix Coup de coeur de la sélection Un Certain Regard, La visite de la fanfare est enfin arrivée sur les écrans français après une tournée triomphale dans des festivals de cinéma du monde entier. Il s'agit d'un de ces films qui ne payent pas de mine et dont personne n'attend qu'ils vont avoir un succès... Et pourtant, le succès est bien là, tant auprès de la critique que des spectateurs (plus de 300 000 entrées à ce jour, incroyable pour un "petit film étranger"!).

L'histoire: Une fanfare de la police égyptienne (un tout petit orchestre qui joue de la musique classique arabe) vient en Israël pour jouer lors de l'inauguration d'un centre culturel arabe. Ne voyant personne venir les chercher à l'aéroport, ils essayent de se débrouiller tous seuls, et se retrouvent au milieu de nulle part, dans une petite ville perdue dans le désert israélien.

Eran Kolirin est réalisateur et scénariste israélien qui vient de la télé - et, si je ne me trompe pas (dites-le moi sinon), il s'agit de son premier long métrage. J'envie tout à coup les spectateurs israéliens: si leur télé est comme ça, ils doivent passer de sacrées bonnes soirées! De longs plans fixes en séquences burlesques au rythme subtil, de silences en éclats de rire (comme cette scène de séduction assistée entre le serveur de restaurant, aidé d'un musicien de la Fanfare, et une jeune fille en larmes), le film avance comme une fable, sans une once de clichés. Le grain de l'image me rappelle les films des années 70, un grain qui vous fascine et qui, justement, permet à ces interminables plans fixes d'exister et de respirer. Si l'on devait imaginer un anti-film d'action hollywoodien, ce serait celui-ci: il vous force à utiliser votre imagination, à remplir les silences des personnages créés par la barrière de langue plus que par l'absence de choses à dire, à recréer leurs vies, à vous imaginer vivre dans cette ville lointaine...

Mais c'est surtout grâce aux acteurs magnifiques que j'ai aimé ce film. J'ai découvert avec stupeur Ronit Elkabetz (j'ai râté Prendre femme, Alila, Mariage tardif... que je vais voir de ce pas maintenant!), qui a un pouvoir sur l'image tel que l'on ne voit qu'elle. Elle a à la foi une présence et une beauté peu communes. Imaginez une beauté de Monica Bellucci avec un tempérament de Maria Callas (sans vouloir prétendre que Ronit Elkabetz ressemble à une des deux, c'est pour vous donner un exemple de mélange que cela peut être).


Faut-il aller voir ce film? Je ne le classerai pas dans les indispensables, mais il y a, dans La Visite de la Fanfare, tant de légèreté, de malice et de solitude en sourdine, qu'à la fin, on est bien content d'avoir vu quelque chose de différent.

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dimanche 6 janvier 2008

Le point sur Robert / Fabrice Luchini

Extase à Gaîté Montparnasse hier: Fabrice Luchini joue Le point sur Robert.
"Il n'existe pas d'être capable d'aimer un autre être tel qu'il est. On demande des modifications..." Cette phrase de Paul Valéry serait à l'origine de ce spectacle au succès phénoménal qui a déjà été accueilli par 6 théâtres (et que vous pourrez voir au Théâtre de la Renaissance à partir du 25 janvier). Sur ça, et beaucoup d'autres choses, Luchini réfléchit à l'aide de ses auteurs préférés.

Fabrice Luchini est un vrai conteur...
Vous avez peut-être vu déjà son spectacle sur Lafontaine, ou bien un autre, sur Céline. Il nous fait part de ses lectures préférées - Paul Valéry, donc, mais aussi Roland Barthes, Chrétien de Troyes, Arthur Rimbaud, un peu de Lafontaine, un peu de Molière, un peu d'Hugo... Je vois déjà des visages se décomposer: "La barbe!" Mais non, justement, car ces textes (parfois difficiles, j'en conviens, mais très beaux lorsqu'on en pénètre le sens) sont entrecoupés d'apartés les plus drôles qui soient, la signature de ces spectacles-rencontres que Luchini affectionne tant. Ces apartés sont des dialogues vrais - avec Hollande, Chirac, Johnny... ou imaginés - Sarkozy ("Combien de choses faut-il ignorer pour pouvoir agir..."), Ségolène ("Assieds-toi sur ma bite et causons" - ne vous effrayez pas, c'est du Genet!)... Mais aussi des histoires, des souvenirs, des caricatures (de jeunes de banlieue au "Maître Corbeau" en verlan, de l'accent pieds-noirs à Johnny...), et aussi beaucoup d'humour, de dialogues avec le public, très présent ce soir-là, y compris Robert.

Justement, qui est-il, ce Robert? Sans vouloir tout vous dévoiler (mais vous savez tout de même que Robert est le vrai prénom de Fabrice Luchini)... Robert est ce spectateur mâle mariée à ce que Luchini appelle une "culturelle" ou, mieux, une "guerrière": une femme qui a fait quatre expos dans la semaine, est abonnée à Télérama (ou les Inrocks, c'est selon) et qui a traîné son mari qui travaille à Levallois-Perret jusqu'au théâtre. Celui-ci, ahuri de voir tant de monde écouter du Chrétien de Troyes, compte les minutes et espère une petite récompense pour son effort... "Il y en a beaucoup, des Roberts... Mais on les aime! Ceux qui connaissent Roland Barthes sont acceptés, ceux qui ne le connaissent pas sont acceptés de même, c'est un spectacle citoyen!" Aussi, si vous avez un Robert sous le bras, n'hésitez pas à l'amener, il sera accueilli bras ouverts.

Quant à Luchini, que dire? Que sa diction (qui lui demande, depuis quarante ans, cinq heures de travail par jour), son intonation, son goût de la langue française son exemplaires, contagieux, qu'ils vous laissent bouche bée? Oui. Bien sûr, il faut aimer le personnage et savoir le prendre au second degré. Mais passé ce cap, on atteint la jouissance d'un auditeur comblé par la lumière d'un talent hors norme. Le Point sur Robert est, sans aucun doute, le meilleur spectacle que j'ai vu en 2007!

La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague même de leur idée est pour eux la définition de la poésie. (Paul Valéry, encore et toujours...)

Le point sur Robert
Update 17/11/2008: le spectacle sera repris à l'Espace Cardin à Paris à partir du 20 décembre, ainsi qu'à Bordeaux, Vichy, Amiens et Lyon et Bruxelles (programme complet ici).

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vendredi 4 janvier 2008

Je réponds à vos questions!

Vous me direz, il n'y a pas beaucoup de questions sur ce blog... Je veux dire, on ne me demande jamais rien! En revanche, en regardant les stats des visites, je me suis aperçue que plein de gens débarquent sur mon site en tapant sur les moteurs de recherche des choses parfois curieuses auxquelles il n'y a pas de réponse ici! Je les considère comme des questions, et j'en reprends quelques unes ici. Je me dis que si des plusieurs personnes font la même recherche, c'est que ça peut vous intéresser! Une opération à renouveler?

1) Où trouver des pirojkis à Paris?

Je ne saurai que vous conseiller la boulangerie Finkelsztajn (27, rue des Rosiers) - là-bas, les pirojkis au boeuf sont peut-être les plus russes (jamais vu de pirojkis aux épinards en Russie! On bouffe pas les épinards, nous! na!) ; il y a également quelques traiteurs russes qui en font (mais honnêtement, je m'en méfie, souvent ce n'est pas frais! Mieux vaut passer une commande!). Vous pouvez aussi vérifier les épiceries russes (par exemple, rue Lecourbe, l'épicerie Prestige).

Sincèrement, je n'aurais jamais l'idée d'acheter des pirojkis (sauf peut-être chez Finkelsztajn), car c'est très facile à faire! Et 1,20€ pour un minuscule pirojok aux choux, c'est ridicule! En gros, vous prenez de la pâte feuilletée toute faite, découpez des ronds avec une tasse, puis y mettez des choux hachés et cuits, peut-être un peu d'oeuf cuit, si vous aimez. C'est tout! Vous aurez compris, ils se font une marge d'à peu près 95% sur chaque pirojok... :-D

Update 06.02.2008: encore une épicerie russe, le Gastronom (ils ont une dizaine de magasins à Paris) - j'ai eu récemment l'occasion d'assister à un dîner entièrement made in Gastronom, et c'était très très bon, surtout les champignons marinés!

2) Traduction Paris Yaël Naim

Cette chanson est vraiment adorable, mais Yael Naim (voir mon post sur elle) la chante en hébreu! On ne trouve les paroles nulle part... Après pas mal de recherches, le texte original de la chanson se trouve ici, et la traduction en français ici. C'est le mieux que j'ai pu trouver pour l'instant... Ecoutez la chanson ici.


3) Les adresses des businessmen russes à Paris

Je vous jure, c'est une vraie recherche! Là, malheureusement, je ne vous aiderai pas! :-) Mais c'est vrai qu'il y a de plus en plus de businessmen (mafieux ou non, c'est selon votre définition de la mafia!) russes qui s'installent ou, du moins, achètenet des apparts à Paris! On en aperçoit beaucoup dans le quartier de la Madeleine, par exemple!

4) Russe nue
Là, ça me fait un plaisir immense, car les gens qui tapent ça aterrissent sur la critique du film "Nue propriété" qui, selon moi, est tout sauf excitant. Tant pis pour eux! Sinon, il y a aussi ceux qui tapent "prostituées russes paris 16e". Humm. Génial.

5) Une série de questions sur Facebook (suite à ce post)

Comment trouver des amis sur Facebook?

  • Trois possibilités: la plus simple, c'est le Friend Finder (menu du haut - Friends --> Find Friends), où il faut il faut insérer son mail et le mot de passe du mail, et Facebook va chercher dans vos contacts tous les gens qui sont déjà sur Facebook. Il y a pas mal de gens qui sont réticents à taper le mot de passe de leur mail sur Facebook, mais finalement, c'est tellement efficace (et il y a tellement de sites sociaux qui proposent ce mode de recherche), qu'on finit par le faire!
  • vous vous souvenez du nom d'un copain et le tapez dans la barre recherche de Facebook
  • vous regardez les listes d'amis de vos amis, et vous allez certainement tomber sur quelqu'un que vous connaissez.
S'inscrire sur facebook en français

D'après ce que je sais, ils sont en train de bosser sur la traduction du site en plusieurs langues, vous n'avez qu'à attendre! Moi ça me rend triste, c'est la fin du Facebook un peu international (je sais, je suis en train de snober les gens qui n'ont jamais vécu à l'étranger et ne parlent aucune langue étrangère... mais j'assume mes défauts!)

Changer date de naissance Facebook

Ah, y en a qui trichent! Il n'est pas possible de changer l'année de naissance, mais vous pouvez corriger le jour ou le mois en allant dans Profile --> Edit. Vous pouvez aussi choisir de ne pas la montrer sur votre profil! En revanche, vous pouvez changer votre nom en allant dans "Account" (en haut à droite)!

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Je vous rassure que je ne sais pas qui tape ses mots-clés! Ce ne sont que des stats absolument impersonnelles :-) Mais j'avoue qu'après avoir vu comment marchent les sites comme Google Analytics ou Performance metrics, je me pose des questions... J'imagine qu'on est traqués partout où l'on va sur Internet et ce n'est guère réjouissant!

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jeudi 3 janvier 2008

Les bonnes resolutions 2008!




Ah, moi qui avais du mal à me décider d'en choisir quelques unes, c'est fait grâce à ce générateur de bonnes résolutions que j'ai aperçu sur le blog de tiusha! Le générateur lui-même se trouve ici.





Alors, cette année, je vais devoir:

1. Consulter mécaniquement pour s'interroger pour de vrai
2. Se soumettre doucement à l'exciter sans en avoir l'air
3. Penser sexuellement à cracher au commissariat
4. S'entêter indécemment à se blottir dans la rue
5. Essayer résolument de boire sans résultat

Je mets tout ça en oeuvre, et je vous en reparle!

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