De l'opéra en province pour les parisiens | Une Russe à Paris
Une Russe à Paris

samedi 26 janvier 2008

De l'opéra en province pour les parisiens

Je suis allée, hier, à la première de Don Quichotte de Massenet à l’Opéra de Limoges (je dois en faire une critique pour une revue d’opéra). La représentation fut vraiment excellente, et je ne puis m’empêcher – non de reprendre ma critique, mais de me livrer à quelques réflexions concernant l’art lyrique en France et de vous donner quelques conseils pour vos week-ends en province !

Cela m’a fait mal de voir des fauteuils vides lors de cette représentation (le première d’une série de deux – vous le savez peut-être, mais plus on donne de spectacles, plus on perd d’argent dans le monde de l’opéra…) – je trouve ça déplorable et me pose des questions ! Primo, ça veut dire que le public limousin ne peut pas, seul, remplir cette salle pourtant pas grande et malgré des prix assez peu élevés. Secundo, le public régional n’a pas de quoi se payer un hôtel un vendredi soir (c’est pour ça d’ailleurs que dans la plupart des opéras de province il y a toujours des représentations le dimanche après-midi). Tercio, le public parisien est tellement gâté et saturé par l’offre culturelle de la capitale qu’une production d’un théâtre de province de très bonne qualité ne peut l’attirer. Et pourtant, ceux qui ont déjà essayé d’acheter des places pour une production d’opéra à Paris savent pourtant que, malgré l’offre foisonnante, si l’on veut voir un opéra populaire (j’entends par là les Barbier de Séville, Traviata et autres Aida) ou une nouvelle production d’un opéra rare, il faut vous y prendre des mois à l’avance. A titre de rappel, les meilleures places à l’Opéra Garnier coûtent 160 euros, et toutes celles en dessous de 40 ne sont franchement pas géniales (pour ce prix, vous aurez en général une très bonne vue sur la calvitie du spectateur assis devant vous, une vue partielle sur des morceaux de scène visibles à gauche et à droite de ladite calvitie, ou une vue partielle – torticolis en sus – des sous-titres).

Pourquoi je vous raconte tout ça ? C’est que je me suis dit la chose suivante : si on compare le prix des places équivalentes à l’Opéra de Paris (ou Théâtre des Champs-Elysées, ou le Châtelet) au prix des places dans un opéra de province (augmenté du prix de billets de train et – éventuellement – d’une nuit d’hôtel), on arrive à peu près au même montant. Alors, pourquoi ne pas choisir d’aller passer un week-end à Nancy (dont l’opéra est vraiment un des meilleurs en France), à Strasbourg ou, si vous voulez aller au soleil, à Bordeaux ou à Nice ? Dans la rubrique « 1h de train de Paris », vous avez également Lille ou Reims (ou j’ai vu récemment une très bonne production de Falstaff de Verdi).

Mis à part les histoires de prix et de disponibilité de places, il y a aussi autre chose : c’est que les opéras parisiens prennent souvent très peu de risques. On se retrouve alors avec des chanteurs que l’on connaît depuis des lustres (je généralise, Gérard Mortier, le directeur de l’Opéra de Paris, est au contraire très décrié pour ses prises de risques très nombreuses, que ce soit dans le choix des œuvres ou des artistes!). Les opéras de province, quant à eux, ont des budgets plus serrés, mais aussi une marge de manœuvre plus élevée : ils peuvent souvent se permettre de miser sur un metteur en scène ou un chanteur inconnu, car le public est plus indulgent. Les artistes confirmés aiment bien y faire des prises de rôles (effectivement, si on se plante à Marseille, c’est moins retentissant et on peut rattraper le coup ; et si on ne se plante pas, le public a droit à quelques heures exquises !). Pour résumer, oui, des fois, ça peut être mauvais. Rarement, très mauvais. Mais on a toujours le plaisir de découvrir un artiste, ou une œuvre (car les opéras de province montent souvent des œuvres peu connues ou peu populaires qui ne pourraient pas être montées dans les grandes salles parisiennes faute d’un nombre suffisant de spectateurs) ! Et puis, si vous y passez le week-end, un opéra raté ne le gâchera pas, et un opéra réussi ne fera que l’améliorer encore plus !

Je vous ai donc concocté une petite sélection d’opéras à voir en province – des idées pour vos week-ends !

Avignon : L’Elisir d’Amore (Donizetti) le 9(m) et 11 mars : pour Amel Brahim-Jelloul, une chanteuse à suivre qui commence à être très connue !

Norma (Bellini) le 15(m) et 17 juin – avec Hasmik Papian et Sophie Koch, toutes deux remarquables.

Bordeaux : Scènes et madrigaux (Monteverdi) – un spectacle présenté l’année dernière au festival d’Aix-en-Provence

La Chauve-Souris (J.Strauss fils) 22(m), 24, 25, 27, 29(m) juin - je pense que Cécile Perrin y sera très intéressante !

Caen : Giulio Cesare in Egitto (Haendl) : 6, 8 mars. D’excellents chanteurs français (Ingrid Perruche, Delphine Galou, Elodie Méchain, Philippe Jaroussky…) pour cette co-production avec l’Opéra de Nancy (qui a toujours le vent en poupe, je vous avait dit)

Lille : Thésée de Lully 11, 13, 15, 17 mars, pour le duo Emmanuelle Haïm (direction musicale) et Jean-Louis Martinoty (mise en scène). Paul Agnew, Sophie Karthaüser et Jean-Philippe Lafont font partie de la distribution. Cela ne peut tout juste pas être mauvais ! Sauf si vous n’aimez pas Lully, auquel cas vous pouvez vous orienter vers

Rigoletto (Verdi) du 7 au 25 mai, pour Stefano Antonucci (Rigoletto). Dimitri Pittas (Le Duc de Mantoue) sera probablement très bon aussi.

Lyon : La Dame de Pique (Tchaïkovsky), jusqu’au 5 février, avec une distribution russe vraiment excellente !

A Midsummer Night’s dream (Britten) du 3 au 13 avril dans une très belle mise en scène de Robert Carsen.

Porgy and Bess (Gershwin) – une nouvelle production pour cet opéra ultra-populaire, signée José Montalvo et Dominique Hervieu (mise en scène, costumes, vidéo et chorégraphie).

Marseille : L’enfant et les Sortilèges (Debussy), dans la mise en scène déjà très connue de Moshe Leiser et Patrice Caurier (j’adore ce qu’ils font).

Nancy : sans hésitation, ma maison préférée en France ! Ici, on remarquera

Le Barbier de Séville (Rossini) – je l’ai vu en 2005, la production est vraiment charmante, et Nigel Smith (Figaro) est un chanteur à ne pas rater !

The Midsummer Night’s Dream (Britten) du 20 au 28 juin dans la mise en scène d’Omar Porras (j’ai vu sa Flûte enchantée, tout bonnement géniale !)

Nice : Le Nozze di Figaro (Mozart) du 22 au 28 février : Anne-Catherine Gillet et Helena Juntunen s’y alternent dans le rôle de la Comtesse et, pour avoir entendu les deux, je vous assure que le choix est difficile entre ces deux très bonnes chanteuses !

Reims : Cendrillon (Laruette) – le 3 avril. Un ouvrage du 18e ressuscité – je vous en dirai un peu plus dans une semaine, je vais le voir à Dijon début février !

Toulon : Jenufa (Janacek) 22, 24(m) et 26 février, dans la mise en scène de Jean-Louis Martinelli à qui je tendrais à faire confiance après avoir vu sa récente mise en scène de Détails !

Toulouse : Il Turco in Italia (Rossini) – un de mes opéras préférés, juste pour le plaisir de le réentendre ! C’est une nouvelle production. Lawrence Brownlee vaut le détour.

Les Contes d’Hoffmann (Offenbach) – un grand classique qui permet de franchir le pas de l’opérette vers l’opéra ! Avec Désirée Rancatore, Inva Mula et Karine Deshayes, ça s’annonce plutôt bien !

Ouf, je crois que j’en ai mis trop… mais je n’ai même pas cité tout le monde, et encore moins tous les spectacles intéressants ! Le plus simple pour recherche une date de représentation, c’est le site www.operabase.com – c’est une base de données très fournie et toujours à jour.

J’espère que je vous ai convaincus, et sinon, on discute dans les commentaires !