Détails de Lars Noren au Théâtre des Amandiers | Une Russe à Paris
Une Russe à Paris

dimanche 20 janvier 2008

Détails de Lars Noren au Théâtre des Amandiers

Détails de Lars Noren, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, avec Avec Marianne Basler, Éric Caruso, Stéphane Freiss, Sophie Rodrigues. Au Théâtre Nanterre-Amandiers.

J'avais envie d'aller au théâtre des Amandiers depuis Actrices dont l'action s'y passe, et depuis La surprise de l'Amour, encensée par la critique et que j'ai râté. J'ai donc profité d'une invitation pour "Détails" pour découvrir à la fois le théâtre des Amandiers et la dramaturgie suédoise. Résultat mitigé, mais qui donne envie de revenir...

L'histoire: Emma, une jeune femme qui aspire à devenir écrivain, rencontre Erik, un éditeur, à qui elle a envoyé son premier roman. Ce rendez-vous est le point de départ d'une histoire d'amour, malgré la récente relation d'Emma avec Stefan, un jeune dramaturge talentueux.
Dans le même temps, Stefan se retrouve aux urgences suite à de graves insomnies liées au surmenage. Il est soigné par Ann, la femme d'Erik.

Et durant les 10 années que la pièce traverse, ces quatre personnages vont se croiser, seuls ou en couple, à Florence, New York, Stockholm, dans des salons littéraires, au café, au théâtre, en salle de sport. Leurs vies vont s'entrelacer et se transformer à jamais.


Ce que ça donne: la mise en scène de Jean-Louis Martinelli est tout simplement géniale. Les personnages évoluent dans un espace tri-dimensionnel. L'avant-scène est occupé par une librairie symbolisée par une rangée de livres qui parcourt tout l'espace que l'on pénètre par des portes coulissantes situées à gauche et à droite de la scène. Cet espace devient tour à tour bureau, salle de sport, café, les Offices de Florence, salle d'accueil de l'hôpital... Au milieu, sur une estrade, un appartement ouvert, spacieux, sans les détails superflus, est séparé de l'avant-scène par une paroi presque transparente. Au fond, les fenêtres de l'appartement donnent sur la rue - on aperçoit l'immeuble d'en face, éclairé par des rayons de soleil. L'utilisation de la vidéo et la mobilité du décor me rappellent un peu celui de Good Canary, sauf qu'ici la vidéo n'est pas utilisée pour peindre des décors, mais pour camper des personnages (des passants dans la rue, par exemple) - ou encore un tableau regardé par ceux-ci. Très bonne également, l'idée de projeter la date (on a besoin de repères, comme l'action se passe sur une période de 10 ans) sur le rayon de livres - ces livres blancs ressemblent alors à la "skyline" new-yorkaise ou se passe une partie de l'action.

Les acteurs: les quatre acteurs sont parfaits, étonnants, crédibles, ils tirent le maximum du texte minimaliste de Lars Noren. J'ai particulièrement apprécié le jeu de Stéphane Freiss (que l'on retrouvera notamment dans "La Belle du Seigneur"au MAHJ), il est tellement précis, tellement "dans" son personnage... La scène de la drague ratée dans le café, ou encore les scènes avec sa femme (lorsqu'il raconte sa journée, par exemple) sont extraordinaires. Marianne Basler est parfaite en femme délaissée et lasse, avec un jeu de pieds sensuel (des pieds très expressifs, vraiment) et une élégance que je n'ai jamais vu chez un médecin hospitalier, mais bon, on est au théâtre.

La pièce: en fait, c'est bien là qu'est le problème, la pièce. C'est là qu'on se rend compte qu'il ne suffit pas de réunir des acteurs dans une mise en scène brillante, si on manque de matière. Il faudrait peut-être que je lise un peu plus de Lars Noren pour pouvoir être juge en la matière, mais pour l'instant, la matière en question, je ne la sens pas vraiment. La première heure (allez, les premières 80 minutes), le temps de camper les personnages, leurs contraditions, et esquisser le conflit qui va les unire, c'était intéressant, bien joué, enlevé, bien vu, on avait envie d'en voir plus. Le problème, c'est que plus on en voit, moins on a envie d'en voir plus: au bout d'un moment, la pièce tourne en rond, et très vite on comprend que rien de bon ne peut en sortir pour aucun des personnages (c'est un peu le symptome Good Canary, encore une fois). C'est là que l'on se sent tellement frustré (ou déprimé? ou les deux?)... En tout cas, à 22h15, j'ai eu l'impression que j'ai touché le fond de la misère humaine et le degré de frustration acceptable pour un samedi soir à Nanterre (après y avoir passé toute la semaine)! C'est petit, peut-être, mais j'ai renoncé! Si quelqu'un veut bien me raconter le deuxième acte...

Au final: je vais absolument voir la prochaine pièce que Jean-Louis Martinelli va mettre en scène, ainsi qu'une pièce avec n'importe lequel de ces quatre acteurs. En revanche, il en faudra beaucoup pour que je m'aventure encore une fois voir une pièce de Lars Noren. Ces derniers mois, j'ai juste dépassé le quota des pièces et films où un personnage dit "quand il a commencé à me violer, j'avais XX ans (XX= entre 5 et 12, selon la pièce). Enough is enough!

PS vous pouvez voir des extraits des répétitions ici.