(Musique) Comme si de rien n'était de Carla Bruni | Une Russe à Paris
Une Russe à Paris

jeudi 10 juillet 2008

(Musique) Comme si de rien n'était de Carla Bruni

Je fais une pause dans mes impressions russes pour vous parler de "Comme si de rien n'était", le dernier album de Carla Bruni qui sort demain dans tous les magasins de France et de Navarre (vous pouvez l'écouter gratuitement ici - attention, pas de Firefox).

Je m'interromps non pas parce que l'intérêt de l'album dépasse celui de mes esquisses russes, mais justement parce que ce n'est pas l'album du siècle, et il risque fort de ne plus être au goût du jour la semaine prochaine. Et j'avais envie de vous en parler car j'aime bien Carla Bruni et qu'il y a des choses à dire sur cet album.

Ne vous méprenez pas: bien que Comme si de rien n'était ne soit pas à la hauteur des espérences que l'on aurait pu y placer, il contient quand même quelques jolies chansons. J'avais beaucoup aimé le premier album de Carla Bruni, beaucoup moins le second (je n'en ai gardé que "Those dancing days are gone", "No promises" et peut-être "Lady weeping at the crossroads"). On aurait tort d'affirmer que Comme si de rien n'était est un mélange des deux. Certes, le premier single, "L'Amoureuse", ressemble comme deux gouttes d'eau à "Le toi du moi" de Quelqu'un m'a dit (dans la mélodie, les intonations et l'accompagnement - autant dire tout, et même la structure des phrases), et Notre grand amour est une copie parfaite de "Those dancing days are gone" (plus quelques autres parallèles faciles que je vous laisse le loisir de retrouver). Mais il y a aussi des petites découvertes à faire.

La mienne, c'est d'avoir enfin compris à qui Carla Bruni me fait penser. Elle me fait penser à Patricia Kaas chantant Barbara
(attention, à une époque, j’étais une grande fan de Patricia Kaas qui, entre parenthèses, est toujours très populaire en Russie – j’ai même vu une pub avec elle pour une parfumerie en Russie la semaine dernière !). Lorsque Carla descend dans les graves, c'est la Patricia Kaas de « Je te dis vous » (l'album) que j'entends, avec la même voix rauque et la même nostalgie dans l’intonation. Dans les aigus (enfin, n’exagérons pas, cela ne dépasse pas le si), elle me rappelle Barbara. Surtout dans la première (et très belle) chanson, "Dans ma jeunesse", une valse où se glisse parfois cette intonation qui traîne un peu, au détour d'une phrase, si caractéristique de la Kaas. Mais c'est surtout la chanson écrite pour Carla Bruni par Julien Clerc (la musique), "Déranger les pierres" qui porte l'empreinte de Barbara. Vous pouvez d'ailleurs les voir chanter ensemble "Si la photo est bonne" sur cette vidéo (regardez bien la coiffure de Julien Clerc), avec notamment ces lignes on ne peut plus pertinentes:

Moi qui suis femme de président,
J'en ai pas moins de cœur pour autant,
De voir tomber des têtes,
A la fin, ça m'embête,
Et mon mari, le président,
Qui m'aime bien, qui m'aime tant,
Quand j'ai le cœur qui flanche,
Tripote la balance...

----

Est-ce cette chanson qui a inspiré Julien Clerc pour "Déranger les pierres"?


Ah oui, il faut absolument que je vous parle de la chanson "Je suis une enfant": selon les crédits du disque, c'est une chanson « sur les motifs du lied Robert Schumann »... C'est tout de même bizarre pour une chanteuse qui se fait passer pour une intello d'être aussi imprécise (et je ne dis même pas qu'un Lied s'écrit avec un grand L) - il ne s'agit simplement pas d'un (ni "du") Lied, mais de la pièce pour piano "Gens et pays étrangers" des Scènes d'enfants de Schumann, un morceau archi-connu (Kinderszenen). Non mais, franchement. Faut pas nous prendre pour des jambons! En plus, ce n'est pas en rajoutant à Schumann l'accompagnement de "Alone at the drive in the movie" de Grease et en ralentissant le tempo qu'elle réussira le coup... même si on découvre, avec grande joie, que rien ne peut tuer Schumann. Un génie, je vous dis, il avait tout prévu, même Carla.

Pour le reste, la chanson écrite par Francesco Guccini (Il vecchio e il bambino) me fait penser au très lugubre "Where the wild roses grow" de Nick Cave: bien que le texte soit joli, ça donne envie de se tirer une balle après le premier couplet. Parmi les chansons que j'aime le moins, Le Marin (trop banale) et Antilope (parce que je trouve que la voix de Carla Bruni n'est pas faite pour le country, ça sonne trop faux!). Enfin, You belong to me est une vieille une chanson si jolie qu'elle est difficile à râter. Et pour ce qui est de la fameuse chanson sur un poème de Houellebecq, la musique n'est pas à la hauteur du texte (et là, pour le coup, ça fait vraiment trop Patricia Kaas, même pour une ancienne fan comme moi).

Au final, un album "sous influence" et où les influences sont trop traçables pour pouvoir se transformer en quelque chose de nouveau. Je ne garderai que Ma Jeunesse et puis Déranger les pierres... Et vous?

Update 11/07: vous pouvez voir le premier clip de l'album, L'amoureuse, ici. J'aime beaucoup le clip où l'animation et la vidéo vivent à l'unisson!

Ajout 31/07: une très belle photo de Carla Bruni posant sur le toit de l'Elysée vient d'être réalisée par Annie Leibovitz pour Vanity Fair.