mardi 30 septembre 2008

(Gourmandises) Les cupcakes arrivent à Paris!

En se promenant dans le 11e du côté de la rue de la Forge Royale et du square Nordling, mon attention a été attirée par une jolie boutique rose avec les mots magiques "Cupcakes & Co" sur la devanture. Je m'avance, par l'odeur alléchée, ("Mais t'es pas au régime, toi?" - "Mais c'est juste pour voir")... et tombe sur une dégustation de cupcakes, car la pâtisserie venait justement d'ouvrir ce dimanche-là.

Connaissez-vous les cupcakes
? Ces petits gâteaux très populaires en Angleterre (où ils sont parfois appelés fairy cakes) et aux Etats-Unis: cuits dans des petits ramequins de papier, ils sont souvent servis pour des anniversaires d'enfants. Depuis quelques années, c'est la folie, car les adultes eux-aussi raffolent des cupcakes: peut-être depuis qu'on a vu les héroïnes de Sex and the City visiter la célèbre pâtisserie Magnolia Bakery qui ne vend que des cupcakes et où, dit-on, le temps d'attente descend rarement en-dessous de trente minutes! Ce qu'il y a de spécial dans les cupcakes, ce n'est pas la base (qui ressemble au quatre-quarts ou au gâteau au yaourt), mais le glaçage: généralement, il est fait avec une crème à base de beurre (léger, hein?) ou de cream cheese (mon préféré) et réalisé avec une fantaisie débordante!

Alors, on déguste, on papote (en russe), puis tout à coup, on entend: "Вкусно?" (C'est bon?) - on sursaute, tellement on s'attend peu à entendre du russe dans u
ne boutique à cupcakes (à Paris, de surcroît). Il se fait que c'est un petit business familial (derrière le comptoir, une mère et sa fille - et puis, un oncle qui passait les encourager le premier jour); la grand-mère de la propriétaire est une Russe arrivée de Omsk en 1946. Toute la famille parle donc russe (avec le joli accent qui me fait penser à la première vague de l'immigration russe dans les années 1920)! J'adore ce genre d'histoires. Même si la morale, c'est qu'il faut faire gaffe quand on parle russe à Paris... :-)

Mais quid donc des cupcakes? M
on préféré est celui qui s'appelle Cheesecake (pas étonnant, le Cheesecake est un de mes desserts fétiches) - crémeux mais léger, avec un goût bien prononcé de cream cheese et une croûte légèrement sablée et très bonne. J'ai également goûté le Carrot cake (un peu sec), ainsi qu'une fusion intéressante du brownie avec le cheesecake. Il y a un petit comptoir avec quelques chaises hautes face à la fenêtre (vue sur le jardin Nordling) où l'on peut s'installer avec un petit café ou un jus de fruit. Le hic, c'est que le coût à emporter me paraît assez élevé (environ 3€30 le cupcake, et ils ne sont pas bien grands)... Mais on peut peut-être négocier les prix si on passe une grosse commande (pour un goûter d'anniversaire, par exemple) - Cupcakes & Co fait aussi traiteur.

Au final: une adresse sympa pour un café lors d'une balade dans le quartier!

En pratique:

Cupcakes & Co
25 rue de la Forge Royale
75011 Paris
Tel 01 43 67 16 19

Update 24/01/2009: une nouvelle boutiques de cupcakes vient d'ouvrir rue Rambuteau (vous pouvez lire ce post pour plus de détails)
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lundi 29 septembre 2008

(Balades) Le génie des jardins

(c) Une Russe à Paris

Une belle promenade ensoleillée dans le 11e arrondissement (oui oui, je m'aventure parfois dans l'Est de Paris!) - et quelques petites découvertes lors de la manifestation "Le Génie des Jardins" dont c'était la 3e édition (je sais, c'est fini, mais je vous ai préparé des photos, hein! Et puis comme ça vous irez peut-être le voir l'année prochaine - s'il fait beau, bien sûr!)

Le principe: sept squares du 11e sont envahis par cinquante artistes contemporains, qui y installent leurs sculptures et installations. Pour certains d'entre eux, le mot sculpture devrait être pris entre guillemets (je ne comprends pas toujours l'art contemporain, faut pas m'en vouloir). Mais quelques uns ont réussi le pari! J'ai notamment adoré "Jouer avec Pépé" de Sabine Fazekas (un travail à double-facette sur les jeux d'enfants et de vieillards), "Voyage au centre d'un Jardin" (excellent travail de Sylvia Goubern qui peuple les buissons du square Raoul Nordling avec des humains en pâte à modeler - cf photo), "Arbre de vie" de Tatiana Zvereva (photo), à mi-chemin entre la nostalgie du Nouvel An et A la recherche du temps perdu; et, enfin, "Dehors - dedans fluorescent" de Jean-Claude Le Gouic (un cube délimité par des cordons fluo - rentrez dedans, vous êtes dans une oeuvre d'art! En plus, les enfants adorent).

Le seul problème de cet événement est de ne pas avoir d'autre défi à proposer aux artistes que "d'attirer l’attention sur l’activité contemporaine bien sûr, mais aussi sur ce quartier mythique de la Bastille où habitent plus de 50% des artistes parisiens." C'est sympathique, mais un peu faible comme programme, j'espère que l'année prochaine ils choisiront une thématique!

Quelques photos en plus très bientôt - j'avais fait des essais avec mon LOMO et vous promet de faire développer la pellicule dès que, dès que...

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samedi 27 septembre 2008

(Danse) Triade de Benjamin Millepied a l'Opera de Paris (soiree Hommage a Jerome Robbins)

© Opéra de Paris

Deux couples. Quatre corps. Entre eux, une musique, tendue comme un filet, épouse leurs mouvements tantôt fougueux, tantôt violents, tantôt maladroits. Au-dessus de leurs têtes, une lumière blanche s'écrase sur le sol en dessinant de grandes baies encadrées par des ombres fines et droites. Quatre danseurs, quatre humains - mais qu'est-ce qui les meut? Sont-ce des muscles, des nerfs, des ligaments? Ou est-ce une essence sublime qui se soustrait à leurs désirs? Jamais je n'ai vu des danseurs bouger en telle harmonie avec les sons. Dans leurs veines coule une musique étrange, organique, dont le flot semble diriger leurs gestes. Triade, la nouvelle création du chorégraphe Benjamin Millepied, sur la musique de Nico Muhly, est la pièce maîtresse de cet hommage à Jerome Robbins que propose l'Opéra de Paris (jusqu'au 30 septembre).

Vous pouvez voir un extrait de Triade sur le site de l'Opéra de Paris; et, pour vous donner une idée du style de Benjamin Millepied, voici un extrait du superbe solo qu'il a créé pour Michail Baryshnikov il y a quelques années, Years later (pour ceux que le début ennuierait - personnellement, je le trouve très beau - la "vraie" danse commence à 2:28)

--video Years later par Baryshnikov--

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Sebastien Mathe
Triade a été commandé par l'Opéra de Paris à Benjamin Millepied, l'étoile française de New York City Ballet et chorégraphe depuis 2002 (voir sa chaîne Youtube ici, ainsi qu'une interview au sujet de sa nouvelle création ici). Nico Muhly, pour qui c'est déjà une troisième collaboration avec Benjamin Millepied, a créé la musique de Triade au fur et à mesure que naissait la chorégraphie, et selon la personnalité des danseurs. De cette méthode de travail (jadis employée par Robbins lui-même lors de sa collaboration avec Bernstein) résulte une osmose troublante entre le son et le mouvement (la musique fut servie par des interprètes exceptionnels, deux trombonistes, Bruno Flahou and Jean Raffard, et le pianiste Frédéric Lagnau). Une très belle découverte qui donne envie de connaître mieux à la fois le chorégraphe et le compositeur.

Pour ce qui est du reste de la soirée, j'ai trouvé peu d'intérêt à En Sol et In the night: la chorégraphie de Robbins, lorsqu'il crée dans un registre romantique, est stérile, à moins qu'elle ne soient servie par des interprètes de génie, ce qui ne fut pas le cas jeudi soir. Il reprend les mouvements de la danse classique, mais n'en fait qu'un exercice de style dénué de toute histoire, voire de sens, c'est joli à voir mais d'un académisme extrêmement ennuyeux qui plombe la musique de Chopin (qui est un des compositeurs les moins adaptés à la danse classique; le chorégraphe qui s'en est le mieux sorti est probablement John Neumeier avec sa Dame aux Camélias). C'était probablement frais et intéressant il y a vingt ans, aux Etats-Unis où la danse classique est dépourvue de racines; mais ces ballets ont mal vieilli. Mais le génie de Robbins est de savoir concilier la danse classique et l'humour (on connaît bien sa chorégraphie de West Side Story, ou encore Interplay où il mêle des éléments de danse jazz, de danses populaires et du ballet classique), ainsi que son sens de géométrie dans des pièces minimalistes comme l'excellente Glass Pieces.

Le dernier ballet de la soirée, The Concert, est un franc éclat de rire - une parodie exquise où l'on découvre notamment le talent comique d'Eleonora Abbagnato (que je n'aime pas normalement, qui était parfaite ici, même si j'aurais préféré voir Dorothée Gilbert). La troupe de l'Opéra de Paris semble bien s'amuser sur scène dans cette oeuvre qui desserre un peu le carcan de la danse classique. Faites attention au rideau de scène dessiné par Saul Steinberg, superbe.

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jeudi 25 septembre 2008

(Cine) La jeunesse vue par les cineastes: Entre les murs vs La Belle Personne

Hier soir, mue par des contradictions terribles ("tout le monde crie au chef d'oeuvre - mais j'ai détesté le livre"), je me suis précipitée pour voir Entre les murs de Laurent Cantet. Bien m'en a pris, car j'ai découvert un film juste, drôle, profond - superbe. En une semaine, je suis ainsi passée d'une jeunesse rêvée dans La Belle Personne de Christophe Honoré à une adolescence en tourmente captée par Laurent Cantet. Si le premier se faufile dans les colonnades du lycée Molière dans le 16e arrondissement de Paris, le deuxième nous fait pénétrer dans la cour en béton d'un collège difficile du 20e. Entre les deux, un fossé. Un abîme révélateur des maux de la société française et, sans doute, annonciateur des maux à venir. Est-ce une coïncidence que les deux films sortent presque simultanément sur les écrans?

Ce qui unit ces deux films si opposés au premier coup d'oeil, c'est leur rapport à la langue et au langage. Au lycée Molière, la langue est si raffinée que l'on ne croit pas qu'un adolescent puisse en être l'auteur; les élèves de François Bégaudeau ne maîtrisent pas les bases mêmes du français et ne parviennent qu'à grand-peine à exprimer les sentiments et les idées les plus basiques. Au lycée Molière, les amoureux transis explorent l'étendue des délices et des souffrances des relations sentimentales, les limites de l'amitié et la poésie de Pasternak en russe. La poésie est d'ailleurs ce qui exprime le mieux leurs tourments. Les élèves de la 4ème "Bégaudeau" sont incompréhensibles et donc incompris des adultes: ne sachant verbaliser leur honte ou leur mal-être, ils n'y trouvent pas d'autre sortie que les insultes dont ils comprennent à peine le sens, et la violence physique. Cette passerelle entre l'oral et le corporel est aussi ce qui relie les deux films. Le geste désespéré d'Otto (Grégoire Leprince-Ringuet) de La Belle Personne et la révolte de Souleymane (Franck Keïta) dans Entre les murs ne sont rien d'autre qu'une expression physique d'une souffrance indicible, inexprimable autrement. Que l'on maîtrise une langue ou non, il arrive toujours un moment où les mots ne suffisent plus.

Chez Christophe Honoré, on découvre une jeunesse idéalisée, plus proche de Werther que des lycéens d'aujourd'hui (ou même d'hier). Absolument irréaliste, mais si attirante vision de la jeunesse - La Belle Personne donne envie de s'embrasser fougueusement dans la rue et... de revivre ses années de jeunesse. "Si la jeunesse savait, si la vieillesse pouvait!" Nous, on aimerait tellement, avec notre expérience d'aujourd'hui, retrouver la fougue des héros de Christophe Honoré. On aimerait bien que les jeunes d'aujourd'hui aient des relations aussi poétiques et exaltées, mais l'on se doute bien que ce ne soit pas le cas. Dans la trilogie composée de Dans Paris, Les Chansons d'Amour et La Belle Personne, je préfère encore et toujours le deuxième opus. Il n'empêche que La Belle Personne (qui m'a beaucoup fait penser à Péril jeune de Cédric Klapisch) était un dernier trait indispensable à ce triptyque rêveur.

Chez Laurent Cantet, on change d'univers. Point de rêverie, ici les plans rapprochés ne sont pas amoureux du grain de peau des jeunes filles (et jeunes hommes) en fleur; ils exploitent sans merci les appareils dentaires des élèves, leurs gestes nerveux, les calvities naissantes et les sourires gênés des profs... Si la jeunesse d'Honoré s'inscrit dans Paris, n'existe pas sans Paris, n'existe que parce que Paris existe, chez Laurent Cantet on se trouve dans un presque huis clos limité au bâtiment du collège et sa cour.
"Ah bon, donc vous sortez?" - s'étonne le prof.
"Ben ouais, on sort, on va partout, cinquième, dix-neuvième, lafayette (ça s'écrit comment Lafayette, monsieur?)"... mais ils avouent que leur vie "n'est pas passionnante - on va en cours, on bouffe, on dort".
"Oui, mais ce que vous ressentez..." "Et bien, ce qu'on ressent, ça nous regarde!"

Ce qu'ils ressentent, ces collégiens dont la vie nous est si étrangère, c'est bien le sujet du film. Car, au-delà des problèmes sociaux, des soucis des profs, de l'ignorance ahurissante de leurs élèves, on parle toujours et surtout des sentiments - de la honte, du respect, de la fameuse "attitude"...

On pourrait longuement discuter sur le problème que pose l'existence d'un tel nombre de jeunes ignorants (à quatorze ans, conjuguer le verbe "croire" comme "je crois (mais non, monsieur, déjà "je crois" c'est avec un "t"!), tu crois, il croit, nous croitons, vous croitez, ils croitent" c'est inacceptable et probablement impossible à rattraper). Proposer des solutions, chercher des raisons... Ce n'est pas le but de François Bégaudeau et de Laurent Cantet: ce qu'ils veulent c'est de nous rappeler qu'ils sont bien là, ces jeunes, qu'ils existent, qu'ils vont grandir, et qu'il faut savoir comment les aider à vivre, maintenant. Aussi les scénaristes parviennent-ils à éviter la polémique que le sujet soulève inévitablement et à garder une certaine impartialité en reflétant à la fois le désespoir des profs face à ces "sauvageons", et le désespoire des élèves face à ces adultes qui ne les comprennent pas. Comprendre, et non apprendre - tel est l'enjeu du livre, puis du film de François Bégaudeau. Car de l'apprentissage, il y en a très peu, le cours relève plus du travail davantage psychologique que pédagogique. Cela semble aussi une des pistes possibles pour ces établissements "difficiles" - un mélange de coaching psychologique avec l'apprentissage pur, dans des classes réduites à douze à quinze élèves, dès l'école maternelle.

Faut-il aller les voir? J'ai fait l'erreur de voir La Belle Personne à la télé, et je trouve que le film perd beaucoup au passage sur le petit écran. C'est un film intéressant qui est porté par la "troupe d'Honoré", tous des acteurs exceptionnels. Mais c'est surtout Entre les murs qui doit attirer votre attention, avant que le matraquage médiatique n'ait raison de votre envie de le voir. C'est un film admirablement filmé où l'histoire ne se relâche à aucun moment. Si La Belle Personne vous fait vous sentir jeune et plein de feu, Entre les murs vous rend votre âge. Un prof comme François Bégaudeau, dans mon ancienne classe, toutes les filles auraient été amoureuses de lui... pas aujourd'hui, apparemment. Si vous travaillez dans la culture ou les médias, allez voir ce film. Le fait de réaliser que l'on sera incapable de créer ou d'écrire pour cette nouvelle génération issue d'un autre univers est un vrai coup de poing. Cela rend triste, mais cela rend à la réalité. Il fallait ce film pour nous le faire découvrir.

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mardi 23 septembre 2008

(Resto) La Cantine du Troquet, un bistrot basque très parisien

Lors d'une petite excursion dans le 14e, j'ai fait deux découvertes bien sympathiques - la Cantine du Troquet et la rue des Thermopyles dont je vous reparle très bientôt.

La Cantine du Troquet est le nouveau restaurant de Christian Etchebest qui officie également au Troquet. Si le Troquet reste "un peu surfait" (un menu de six plats, il faut le faire quand même), la Cantine mérite bien son nom en proposant un espace plus convivial et une carte résolument bistro. Elle hérite néanmoins du Troquet quelques ingrédients et associations de mets aux accents basques (beaucoup de porc, mais aussi des piquillos, des girolles, du caillé de chèvre, ou encore le fromage des Pyrénées et sa confiture de cerises noires en dessert).

Situé juste en face du cinéma l'Entrepôt, La Cantine du Troquet est un vrai bistrot (pas de réservation possible) au look brut mais frais. L'écran géant situé au fond de la salle est assez gênant (ce n'est pas qu'on n'a rien à se dire, mais on tourne automatiquement la tête vers l'écran où défilent des photos des ravages faits par Ike - sur M6, en plus! Non mais, en même temps, s'ils diffusaient la chaîne parlementaire, ce ne serait pas mieux, hein...), mais on s'y habitue au fur et à mesure que le restaurant se remplit. Le service, très rapide et sympathique, fait de la Cantine du Troquet un endroit idéal pour dîner avant un ciné (on a même eu le temps de marcher jusqu'à Alésia pour attraper la séance de 22h). La carte, écrite sur un grand tableau noir, est accrochée au mur (cf photo) - sympa et décoratif, sauf quand vous êtes assis à la table juste au-dessous du tableau et que tous les clients viennent la lire au-dessus de vos têtes, en vous demandant éventuellement conseil. Mais la clientèle est jeune et on finit par taper la discut avec les gens. J'avais la flemme de vous faire et mettre en page une dizaine de photos, alors voici un petit rapport en vidéo (désolée pour le montage bancal, je manquais de matière):



En entrée, une petite entrée aux girolles dont j'ai du mal à me rappeler l'intitulé, les girolles sont légèrement marinées, l'ensemble est bon mais sans plus. Le caillé de chèvre au pistou est succulent (il me fait d'ailleurs penser au Caillé de chèvre et piquillos, vinaigrette aux girolles du Troquet), et la soupe de champignons à l'oseille, servie dans un pichet, a beaucoup de goût. Ensuite, un Dos de lieu aux piquillos, sauce vierge très réussi: les piquillos sont des poivrons rouges espagnols, pas piquants du tout (le goût se rapproche finalement de la ratatouille); quant au poisson, il est frais et parfaitement cuit, rien à redire!
Le magret de canard des Landes est servi avec des frites goûtues - probablement les meilleures que j'aie goûtées à Paris (je compare toujours aux vraies frites belges qui restent incomparables).

Finalement, en dessert, une succulente Poêlée de pêches et prunes permet de finir sur une note sucrée sans se forcer (d'autant plus qu'on a bouffé deux corbeilles de pain, super bon). Mes voisins testent le Crumble façon cantine (bon, mais étrange, il est plus proche du tiramisu aux fruits rouges, et la crème sent le vrai lait de vache de la campagne - des années que je n'ai pas senti cette odeur!), ainsi qu'une assiette de Semoule crémeuse vanillée aux fraises (il paraît que c'était bon, je n'ai pas goûté, car en Russie la semoule de blé fine cuite dans du lait avec des petits morceaux de fruits ou des raisins secs est l'équivalent de corn flakes pour les enfants, la манная каша se mange surtout le matin).

Au final: une très bonne adresse avec une cuisine inventive, des produits frais et un service rapide. Quoi demander de plus pour un dîner entre amis?

En pratique:
La Cantine du Troquet
101 rue de l'Ouest
75014 Paris (métro Pernety)
Pas de réservation

En supplément: une très bonne critique à lire ici
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dimanche 21 septembre 2008

(Theatre) Shitz (Guerre, amour et saucisson) au Theatre de la Pepiniere

Ah, là, je crois que je tiens le vainqueur. De quel trophée? Celui de ma pire sortie théâtrale 2008 (car, bien que je sache que l'année n'est pas encore terminée, je suis tellement traumatisée qu'il est fort probable que je ne retourne pas au théâtre avant janvier). Et pourtant, et pourtant... tout commençait si bien! Shitz (Guerre, amour et saucisson), une pièce écrite par Hanokh Levin, un des meilleurs dramaturges israéliens, avec une musique spécialement créée par Philippe Miller, et des critiques dithyrambiques sacrant à la fois les acteurs et la mise en scène. Dire que ce fut une catastrophe est un euphémisme.

L'histoire: Shpritzi (Salima Boutebal), une vieille fille grosse et vulgaire, ne rêve que de se marier. Ses parents, Shitz (Bernard Ballet) et Setcha (Anne Benoît), ne rêvent que de se débarasser de leur progéniture. Aussi Tchirk (Benoit di Marco) arrive-t-il au point nommé. Mais les relations entre les deux générations sont loin d'être cordiales: ce sont quatre ogres qui ne cherchent qu'à s'enrichir sur le dos de l'autre avant de le faire crever. Une satire de la "cellule familiale" sur fond de guerre et de... saucisson, la seule chose qui "retient Shitz à la vie". Une comédie en chansons.

Le genre est donné: c'est donc une comédie en chansons. Mais voilà que, justement, la comédie ne fait pas rire... Et ce n'est pas étonnant. Une pièce grinçante sur les rapports (in)humains, la solitude, la vieillesse et la guerre, Shitz n'est pas une comédie. Et si Hanokh Levin choisit le registre du vulgaire pour en parler, c'est pour mieux nous faire ressentir l'horreur de ce qu'il décrit. Ce vulgaire-là n'est pas à prendre au premier degré. Or, justement, c'est le parti pris de la mise en scène, que le public qui se boyaute comme au théâtre de boulevard ressent parfaitement. Des quatre acteurs, seul Bernard Ballet ressent parfois ce deuxième degré de la grossièreté de Levin. Les autres se contentent d'être vulgaires. On se sent aussi à l'aise que face à un voisin de table qui rote et qui pète. Et qui chante. Car, s'il fallait une cerise sur le gâteau, ce serait celle-ci: les chansons! Si la musique de Philippe Miller est plutôt réussie, si les deux musiciens (Virgile Vaugelade (soprano sax) et Clément Landais (contrebasse)) sont des interprètes de qualité, sensibles à la douceur de la musique klezmer, les acteurs, eux, ne savent tout simplement pas chanter. Les ensembles sont une vraie affliction. Tout est faux - des notes aux intonations.


(ainsi que deux autres chansons ici - attention, la page ne s'affiche qu'avec Internet Explorer)

Humour décapant", susurre le Figaroscope. Il ne croit pas si bien dire, l'humour est tellement décapant qu'il devrait être contrindiqué aux peaux sensibles. Je ne suis pas à fleur de peau, mais c'est rare que l'humour me fasse souffrir
autant. Et en plus, j'étais coincée au milieu du rang (mes voisins de gauche ont quand même eu le culot et l'intelligence de partir trente minutes après le début en me marchant sur les pieds).

Enfin, le texte. Ne parlant pas hébreu, je ne suis pas capable de comparer la texte de Laurence Sendrowicz à l'original et ne sais donc qui blâmer pour la pauvreté du langage. Les dialogues, et surtout les textes des chansons sont mal écrits et donnent l'impression d'un spectacle amateur bouclé la veille. On y ressent de très lointains échos de Ionesco, mais autant aller voir son excellentissime L'avenir est dans les oeufs qui traite à peu près du même sujet. "On est dans le brut mais avec quelques bulles de champagne", s'exclame le Parisien. Mes chers amis, ce n'est qu'une demi-vérité.

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vendredi 19 septembre 2008

(Cine) Le Silence de Lorna des freres Dardenne

On se rapproche de plus en plus de la fin de l'année et mon retard en matière de cinéma n'en devient que plus flagrant. Aussi j'essaye de choisir un peu mieux les films que je vais voir, histoire de limiter ma liste de "il paraît que c'est un bon film, mais j'ai pas vu, chuis allée voir Be Happy à la place". Je suis donc allée voir Le Silence de Lorna: dernier film des frères Dardenne et prix du meilleur scénario à Cannes (vous savez peut-être que j'ai un faible pour les films des circuits festivaliers, même si parfois cela me joue des tours).

Le pire, c'est que non seulement j'ai du retard dans les films, mais en plus je n'ai pas le temps de parler normalement de ceux que je vois! Parce que bon, là, il est 00h12, je me dis qu'il faut quand même que j'écrive quelque chose, mais qu'en même temps, je ne risque pas de pondre une analyse cinématographique digne de ce nom vu mon état de fatigue.

Que faire? Adopter le style télégraphique? "Film-touchant-sujet-intéressant-actrice-excellente-voir-absolument". Allez, je vous le développe un peu.

Pour l'histoire, vous êtes grands, vous regarderez sur Allociné (d'autant plus que, si j'ai bien compris, tous ceux qui avaient voulu voir ce film l'ont déjà vu à la rentrée du cinéma). Sur le fond, c'est une histoire qui m'a beaucoup touché à travers le personnage interprété avec beaucoup de justesse, de douceur, de poignant et de souffrance silencieuse par Arta Dobroshi. Voilà une actrice que j'aimerais revoir mais qui aura peut-être du mal à obtenir des rôles en France à cause de son accent. On la retrouvera certainement dans d'autres rôles de la "petite immigrée qui veut s'en sortir", mais c'est tellement réducteur vu son talent et sa présence - elle est une de ses actrices dont chaque particule semble être magnifiée par la lumière; son visage, pas vraiment mobile, est néanmoins suffisamment expressif pour remplir à lui seul des plans-séquences interminables .

Je suis plutôt dubitative quant à la participation de Russes dans cette histoire. Le Russe que Lorna doit épouser a l'air beaucoup trop bien élevé pour l'emploi... il me fait plutôt penser à un kgbiste en mission, pas à un immigré en mal d'allégeance! Mais je vois ce film comme une métaphore où les nationalités, finalement, ne veulent plus rien dire, car ce qui nous parle, c'est la personne qui se trouve derrière la case d'un formulaire, derrière la photo 3x4 collée sur la page d'un passeport. Une vraie personne, en chair et en os. Tout à coup, on se surprend de croire à son existence, de prendre à coeur ses peines...

Du cinéma empathique bien dans le style des frères Dardenne. D'aucuns diront "Et ben c'était pas gai-gai" (faut savoir choisir ses films). D'aucuns diront "film coup de poing". Et puis d'autres - peut-être des spectateurs immunisés par le cinéma indépendant belge un peu dépressif ces temps-ci - apprécieront simplement la finesse et l'humilité des auteurs de cette nouvelle comédie humaine.

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mardi 16 septembre 2008

(Theatre) La magie de Xavier Mortimer, "L'Ombre orchestre"

Hier j'ai succombé à la magie... de Xavier Mortimer. Au sens littéral: je suis allée voir son spectacle de magie! Oui oui, alors que le monde devient de plus en plus rationnel et que je suis capable de faire des tours de magie toute seule rien qu'avec mon ordinateur, j'ai encore besoin de miracles... Mais attention, de nos jours, même la magie a subi un lifting: on ne se contente plus de banals tours de magie qui feraient bailler un enfant de trois ans, non! Aujourd'hui, les magiciens cherchent leur "identité magique"ailleurs que dans le chapeau melon à lapins. Celle de Xavier Mortimer est née au confluent de la musique, de la danse, de la pantomime, de l'humour, de la poésie et... de la magie, bien sûr! Il n'a que 28 ans (je suis verte, mais verte, il n'a qu'un an de plus que moi et fait déjà des miracles, alors que moi, je peine à faire disparaître ne serait-ce que le désordre chez moi!), et son personnage est une vraie merveille. Drôle, magicien, danseur et bon clarinettiste, faut-il encore ajouter qu'il est beau pour vour achever persuader d'aller voir "L'Ombre orchestre" au Théâtre des Mathurins?

Un petit air de musique aux allures klezmer, et vous voilà transportés dans l'univers de Xavier Mortimer: un monde loufoque où rien ne se passe comme prévu pour ce personnage extrêmement sympathique qui est pourtant bien décidé de vous faire entendre de la musique. Car, dès le début, il s'agit d'un concert. Mais les musiciens sont des ombres, et les instruments leur jouent des tours - ils s'envolent, refusent d'obéir, volent en éclats puis reviennent, en rampant, à leurs pieds. Une flopée de trouvailles aussi originales que drôles, et, surtout, aussi fraîches que leur inventeur, qui a l'air de bien s'amuser en nous amusant. C'est peut-être la meilleure version de l'arroseur arrosé - et ici, on ne sait pas qui a commencé à s'amuser en premier - Xavier Mortimer ou le spectateur. Car, en fin de compte, il n'y a rien d'aussi communicatif chez un acteur que le plaisir qu'il éprouve d'être sur scène.


--extrait vidéo--


Je précise pour les sceptiques qu'il ne s'agit pas d'un spectacle pour enfants (même si ceux de plus de sept ans sont admis, et qu'en en amenant un vous avez une bonne chance de devenir "le tonton qui est cool, pas l'autre"). Je précise pour d'autres que ce spectacle est produit par la même boîte que celui d'Eric-Antoine (cela sera un gage de qualité pour ceux qui le connaissent déjà). Je précise, enfin, pour les quatre personnes qui - pour mille et une très bonnes raisons - ont refusé de m'accompagner voir le spectacle de Xavier Mortimer, qu'ils ont vraiment râté un super spectacle. Et la bande-annonce, ce n'est même pas un cinquième aussi bien que le spectacle!

En pratique:

Théâtre des Mathurins (Grande salle)
A partir du 15 septembre
Dimanche à 18h et Lundi à 20h30
Réductions pour -de 26 ans et étudiants

Site Internet de Xavier Mortimer

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dimanche 14 septembre 2008

(Resto) La meilleure flammekueche de Paris

L'important, c'est toujours d'être en avance sur la mode. Pendant que la Fashion week de New York célèbre déjà les collections de l'été prochain, moi, je mange déjà de la flammekueche alors que le termomètre n'est même pas descendu en-dessous de dix (si si, c'est juste que ça a l'air de faire froid, mais en réalité, l'été ne finit que dans une semaine!) Bref, tout ça pour vous livrer, bien en avance pour que vous ayez le temps de la noter dans vos petits carnets, la meilleure adresse pour manger de la tarte flambée à Paris: La Forge.

Qu'est-ce que la Flammenkueche? C'est une tarte à la pâte très fine, recouverte de fromage blanc, souvent de lardons et d'oignons, puis cuite au feu de bois. Pour le fromage, essayez celle au Munster (photo) - nez fins s'abstenir, mais le goût en vaut la peine.

La Forge se situe pas loin de la gare Montparnasse, coincée entre une crêperie et une épicerie italienne (qui d'ailleurs a l'air pas mal du tout). Le décor est tout en bois et kitsch à souhait (pardon, vous dites, c'est alsacien?) - mais on s'y sent bien et on est bien accueilli. En apéritif, un verre de Vendanges tardives de Gewurtzraminer (un de mes vins préférés). Puis, passons au choses sérieuses!

La flammekueche au munster est aussi goûtue qu'odorante, la pâte est fine et croustillante, le fromage, coulant et fondant... Toujours autour du munster, vous pouvez commander la gratinée de pommes de terres au munster (pommes de terre au fromage fondu, c'est inratable, et là, c'est carrément bon) ou alors l'assiette alsacienne. J'ai également testé la "Salade de la tante Berthe": magret de canard, gésiers, marrons tièdes, cou d'oie farci au foie gras d'oie truffé, salade". Tout est bon (les gésiers sont parfaitement cuits et très frais), mais le "clou" de la salade, le cou d'oie, m'a laissée dubitative: je suis presque sûre que c'était un morceau de pâté, d'andouillette ou d'autre cervelas car cela ne ressemblait en aucun cas à un cou et n'avait ni le goût ni l'odeur de foie gras truffé. La serveuse n'admettra pas... Tant pis! On recommande une autre flammekueche :-)

En dessert, glaces Berthillon ou alors des flammekueche sucrées (pour les courageux).

Au final, une bonne adresse pour une soirée entre amis autour d'une (de nombreuses) flammekueche. Le service est rapide et plutôt aimable.

En pratique:

La Forge
63 bd Vaugirard
75015 Paris
Tel 01 43 20 87 10
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mercredi 10 septembre 2008

(Voyages) Nouveau guide sur la Russie

Que recherche-t-on dans un guide de voyage ? Des conseils pratiques, des itinéraires « loin des sentiers battus » et des adresses « inédites »… Et puis il y a ces touristes curieux qui cherchent un guide pour apprendre quelque chose sur le pays, ses habitants, son histoire, sa culture et ses coutumes. La collection « Culture Guides », créée par les Presses Universitaires de France et le voyagiste culturel Clio, est pour ceux-là. Voici donc un nouveau guide sur la Russie qui a pour but de « replacer le voyage dans son cadre culturel et historique » et raconte le pays à travers son histoire et ses lieux – une approche toute somme censée et louable.

Il ne faut pas se tromper – avant tout, il s’agit d’un livre d’histoire, synthétique mais trop dense pour un voyageur même très curieux. Les incursions dans des domaines autres que l’histoire sont rares (la musique russe se résume ainsi en une page), et leur style rappelle davantage celui d’un dictionnaire que d’un guide :

« Le symbolisme en tant que variété du courant moderniste dans la littérature et l’art aparaît en France dans les années 1880-1890. Ce mouvement revêt diverses formes en Russie et trouve en A.A.Blok un de ses meilleurs poètes. Contre cette tendance, le poète N.S.Gumilëv crée en 1910 l’Akméisme. Les principaux tenants de ce courant sont la poétesse A.A.Akhmatova, et les poètes O.E.Mandelstam et S.M.Gorodetskij. »

Pour la plus grande joie du lecteur assoupi par le style quelque peu austère de Jean-Pierre Arrignon, des extraits d’œuvres de grands voyageurs sont placés avec parcimonie ici et là : on y retrouve, parmi d’autres, Germaine de Staël, Théophile Gautier, Joseph de Maistre… L’idée de révéler le pays à travers les récits des voyageurs d’antan est formidable (quel plaisir, je me souviens, fut pour moi de découvrir la Suisse avec les « Lettres d’un voyageur russe » de Karamzine !

Vous ne me croirez pas, mais pas un seul tableau n’avait bougé dans les musées depuis la fin du XVIIIe siècle, et le restaurateur heureux de retrouver son enseigne dans un livre vieux de deux cents ans nous offra un verre). Cette approche mériterait cependant des recherches plus fouillées, car les textes cités sont peu nombreux et plusieurs auteurs que l’on penserait incontournables manquent à l’appel , tels Abbé Chappe d’Auteroche, Marquis de Custine, Alexandre Dumas ou encore Balzac et Diderot.

Au final, parmi les guides pour voyageurs curieux, on préfère encore et toujours la collection « Bibliothèque du voyageur » de Gallimard où l’histoire est davantage équilibrée par la culture sous ses formes les plus diverses. On gardera le livre de Jean-Pierre Arrignon pour rafraîchir les souvenirs des cours d’histoire de la fac !

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mardi 9 septembre 2008

(Resto) Belisaire, la perle rare de la gastronomie "casual"

C'est incroyable, tout de même - je ne m'en étais pas rendue compte avant, mais pratiquement tous les restaurants à côté de chez moi sont fermés le lundi soir! Après avoir éliminé Croccante, Les Compères, Les Tontons et Rosso e Nero (cela faisait 40 minutes qu'on tournait à pied dans le quartier) on s'est dirigé vers Le Dirigeable (fermé lui aussi), puis vers Je thé...me (fermé) pour finalement atterrir dans le seul endroit ouvert qui s'est avéré extrêmement recommendable: le Bélisaire. Situé dans un petit recoin juste à côté de la Médiathèque Marguerite Yourcenar, ce restaurant s'inscrit dans la mouvance "bistrot gastronomique à des prix humains", avec un cadre et un service agréable en plus. Une vraie trouvaille.

A l'accueil, la jeune fille, la moue dubitative, nous demande si nous avions réservé. On se regarde avec étonnement, car la salle est vide - mais il n'était que 20h15. Finalement, une heure après, les deux salles du restaurant seront pratiquement complètes, un exploit, un lundi soir, pour un restaurant situé dans un endroit aussi peu fréquenté.

Les portions sont, pour une fois, destinées à des personnes dotées d'un estomac non-extensibles. Petites, mais pas minuscules: et c'est tant mieux, car on peut alors goûter de tout, même du pain, excellent par ailleurs). Les entrées: Le Fagot d'asperges vertes à la Tomme de montagne fondue et filet de magret fumé (photo ci-dessous) est fondant à souhait, et la petite sauce au magret fumé apporte de la finesse à la tomme fondue. Les Girolles simplement marinées et copeaux de foie gras (photo en haut) sont peut-être "simples" mais extrêmement bonnes. Je trouve qu'en général, en France, on les cuisine assez mal - sautées, trop huilées, elles ont souvent un arrière-goût amer... Point d'amertume ici. (Vous savez peut-être que tout russe adore les champignons, surtout marinés, et surtout les girolles qui s'appellent en russe "petites renardes" - mais on les cuisine surtout à la crème fraîche). Pour ce qui est du foie gras, je le trouve un peu trop... gras, tandis que mon co-mangeur le trouve excellent. Je pense toutefois que la texture et la température d'un foie gras poêlé se marieraient mieux avec les morilles, mais ce n'est que mon humble avis, évidemment!

Pour les plats, je choisis un Filet de sandre en croûte de basilic et compotée d'oignons et poires. Le poisson est très frais, parfaitement bien salé, et repose sur un lit d'oignons avec une sauce blanche au beurre tellement délicieuse que je l'ai finie à la cuillère. Je le fais savoir au chef (Matthieu Garrel) qui, justement, venait de sortir de la cuisine pour saluer les hôtes, et voilà qu'il s'empresse de me ramener un petit ramequin avec des oignons en plus, ainsi qu'un autre avec de la purée. Je ne sais pas vous, mais je peux compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où cela m'est arrivé à Paris! Quand à la Bavette de bœuf, os à moelle et purée de pommes de terre, rien à redire, la viande est bonne, et l'accompagnement, tout autant. Bon point pour avoir pensé de l'associer à un os à moelle (servi sur le côté).

Je n'ai pas goûté aux desserts cette fois-ci (mais comme j'y reviendrai sûrement, je vous en reparlerai), mais vous pouvez vous faire une idée ici - ça a l'air délicieux et je suis une grande fan du pain perdu (cela dit, la carte change tous les jours). Conquise d'avance, vous dis-je!

Au final, bien plus qu'une simple adresse de quartier, Bélisaire vaut le détour pour sa cuisine inventive et son accueil, le tout à des prix plus qu'honnêtes. Cet endroit me fait penser un peu à Ripaille dans le 17e, et est parfait pour un dîner entre amis, peut-être à peine bruyant pour un tête à tête (vous me direz, on était assis à côté d'une tablée de six espagnols...)

En pratique:

Bélisaire
2 rue Marmontel
Paris 75015
Tél 01 48 28 62 24
Du lundi ou vendredi et samedi soir
Prix: entrée+plat ou plat+dessert 27€; entrée+plat+dessert 32€. Une formule à midi également.
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lundi 8 septembre 2008

(Voyages) De la nécessité des guides touristiques

Je me disais que cela faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé de Vienne (un sujet totalement hors propos vu 1) le thème de ce blog et 2) que je ne suis jamais allée à Vienne). Ayant largement exploré le hors propos numéro un ici, je m'attaque donc au second: comment s'équiper lorsqu'on va dans un endroit inconnu? Et par endroit inconnu je n'entends pas "île mystérieuse" mais "capitale européenne avec trop de touristes et trop de choses à voir". Bref: comment choisir son guide?

Je prends l'exemple de Vienne (puisque ça me chante de parler de Vienne - après tout, c'est mon blog!), mais c'est un cas largement applicable à n'importe quelle autre grande ville où tout Parisien qui se respecte se doit de partir en week-end pour échapper à la folie de Paris (week-end qu'il passera à comparer la ville découverte à Paris, toujours à l'avantage de celle-ci).

Vous connaissez le problème avec les guides: d'abord, il y en a trop (à peu près 11 sur Vienne qui sont actuels, sans compter les "Vienne insolite", "Vienne hors des sentiers battus" et autres attrape-nigauds). Puis, on y retrouve souvent les mêmes adresses, en se rendant auxquelles on retrouve toujours les mêmes têtes (essentiellement des Parisiens, mais aussi des provinciaux, et en plus on ne sait pas lesquels sont les pires), et pas d'autochtones (on les comprend: il y a trop de Parisiens et les prix sont trop élevés - et ben que pensaient-ils, c'est pour ça qu'on fuyait Paris). Enfin, c'est aussi la description et les conseils sur les lieux à visiter: par exemple, le Cartoville Gallimard met une étoile pour tous les lieux à visiter, alors que la Guide du Routard passe souvent à côté des merveilles; le "Grand week-end à Vienne" de Hachette montre des photos (ce qui permet au moins de savoir à quoi s'attendre), mais passe parfois plus de temps à décrire le café du musée que le musée lui-même, sans parler de la rubrique "Boutiques" qui occupe la moitié du guide.

Je suis d'une humeur structurée aujourd'hui, aussi j'adresserai chacun des problèmes à son tour. Tout d'abord, la quantité des guides sur le marché, qui provoque deux sous-problèmes (vous sentez le plan "deux parties - deux sous-parties?" Oui oui, Sciences Po): c'est trop cher de les acheter tous et on n'a pas le temps de les lire de toute façon. Ma parade, c'est de faire un raid sur la bibliothèque municipale d'à côté, prendre tous les guides sur Vienne qui sont en leur possession et réserver les manquants. De cette façon-là, vous obtiendrez une image à peu près fidèle du marché des guides, et vous vous rendrez tout de suite compte que vous ne pouvez pas blairer une bonne partie d'entre eux, en réduisant d'autant le temps de lecture nécessaire. Ensuite, soupesez ceux dont la police et les photos vous ont plu. Le plus lourd sera à lire avant le départ (ne comptez pas le lire sur place, vous savez très bien que vous vous endormirez comme une masse le soir à l'hôtel), le plus petit, à prendre en voyage. Je cherche encore le "grand guide volumineux à lire", mais j'ai d'ores et déjà donné mon cœur au Cartoville pour mes déplacements à Vienne.

Le deuxième problème: les adresses. Dites-vous tout de suite qu'il faudra faire au moins un ou deux must-see (ce café super-historique où ils font la VRAIE SacherTorte). Ensuite, faites jouer le réseau! Mettez votre requête dans votre statut sur Facebook ("cherche des adresses sympa à Vienne"). Pour ceux qui y sont inscrits, utilisez ASmallWorld (forum "Travel") - mais soyez très précis dans votre demande et décrivez exactement ce que vous aimez et à peu près votre budget (qui ne doit pas être miséreux, c'est quand même un site de nantis!).

Les visites. Je comprends tout à fait que ceux qui font les guides (quel métier, en passant! si quelqu'un a un tuyau...) ne peuvent pas savoir que j'adore la musique et n'aime pas les français en vacances. Pour une raison que j'ignore, ils partent tous du postulat inverse. Il est vrai que, depuis le début du XIXe siècle, ce sont les guides qui façonnent les flux touristiques (cela a commencé avec Thomas Cook qui organisait les voyages pour les pèlerins). Tout ça pour dire que tous les musées de musique de Vienne ne bénéficient que de descriptions sommaires voire inexistantes, sans parler de nombreux endroits liés aux musiciens célèbres et dont on ne nous parle même pas. Bon, pour la musique je me dis que je peux peut-être essayer le Vienne, une histoire musicale, mais ça a l'air un peu aride... Je cherche encore!
Dans les visites, il y a aussi un grand inconnu: ce sont les guides MP3 - oui oui, ceux qui vous téléchargez dans votre lecteur et que vous écoutez en vous baladant. Je pense que ce n'est adapté que si vous voyagez seul (par exemple, vous êtes en voyage d'affaires et n'avez que quelques heures pour visiter), mais pourquoi pas! Je n'en ai trouvé que deux en français: Your Friend et PocketVox - j'ai écouté des petits morceaux, mais ne les ai vraiment pas trouvés convaincants (et en plus, c'est archi cher)! Tout d'abord, ce n'est qu'un texte lu par une lectrice et, toute personne ayant déjà écouté un exposé à l'école ou à la fac sait qu'un exposé lu est chiant. Quant à la qualité du texte, cela m'a l'air d'être vraiment le texte repris d'un guide. J'aurais adhéré à l'idée d'un guide MP3 si c'était raconté (raconté! et pas lu) par une personnalité charismatique et connaisseuse (par exemple, j'adorerais visiter l'Italie baroque avec Pierre Léglise-Costa) qui serait justement un bon moyen pour faire des guides "de niche" (e.g. la musique à Vienne). Mais non, pour l'instant, pour les guides MP3, il est urgent d'attendre.


Et vous, comment choisissez-vous un guide?

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dimanche 7 septembre 2008

(Livres) Grandeur et declin de Lily Bourbon, poetesse et catin - de Iouri Droujnikov

Je l'avais mentionné il y a quelque temps (ici), je vous en parle enfin! Le dernier (dernier, parce que dernier et parce que l'auteur est mort au mois de mai dernier) roman de Iouri Droujnikov, Grandeur et déclin de Lily Bourbon, poétesse et catin, est sorti il y a quelques jours chez Fayard. Un roman drôle et excentrique raconte les aventures de Lily Bourbon, "poétesse et catin" qui, âgée de quatre-vingt-seize ans, arrive aux Etats-Unis pour conquérir des coeurs... et des porte-monnaie. En trempant sa plume dans l'encre de l'humour noir, Droujnikov peint un portrait d'une femme extraordinaire, entre l'éloge et la caricature de la vieillesse "dorée". Mais "Grandeur et déclin..." est aussi une fresque de l'immigration russe des Etats-Unis réalisée dans les meilleures traditions du roman satirique russe.


Droujnikov est un personnage à part dans le paysage littéraire russe: émigré aux Etats-Unis en 1987 après dix ans de traque avec, pour seule perspective, l'enfermement en hôpital psychiatrique, il n'a jamais été perçu comme un écrivain "russe", mais comme appartenant à ce qu'on appelle en russe "Russes de l'étranger" (русское зарубежье). Depuis 1917, voire avant pour ceux qui fuyaient la Première Guerre mondiale, les écrivains et artistes russes avaient formé, à l'étranger, une étrange communauté hétéroclite unie par le sentiment de nostalgie décuplé par l'impossibilité du retour. Si certains, comme Droujnikov, ont pu revoir la Russie et même y être publiés, ils n'ont plus jamais fait partie de la littérature russe "métropolitaine" qui continua à évoluer selon sa propre trajectoire et ses propres lois du marché.

Les oeuvres "russes" de Droujnikov sont donc aujourd'hui relativement peu connues. A l'étranger, il s'est fait connaître grâce à la traduction anglaise de son roman Des anges sur la pointe d'une aiguille qui fait partie de la liste "Meilleurs ouvrages de la littérature contemporaine en traduction" de l'UNESCO, et que Soljenitsyne a qualifié de "livre essentiel" (n'ayant pas lu ce roman, je ne peux que le croire sur parole. Ceci dit, j'ai l'impression qu'il y a quand même des désavantages à la canonisation actuelle de Soljenitsyne: ça me rappelle la vieille tendance communiste qui fut de citer Lénine à propos de tout et n'importe quoi). 

"Grandeur et déclin de Lily Bourbon, poétesse et catin" me rappelle les grands et moins grands maîtres du roman satirique soviétique: bien sûr, Ilf et Petrov (ce sont des as, si vous n'avez pas lu leurs Les Douze Chaises et Le Veau d'or, faites-le! Ce sont des romans fondateurs de l'humour soviétique!), Zochtchenko, mais aussi Vladimir Kounine dont le drôlissime "Ivanov et Rabinovitch, ou "I go to Haifa!"" n'est malheureusement pas traduit en français (pour les russophones, tout cela est bien évidemment téléchargeable sur Internet, ne serait-ce que sur lib.ru). Si Droujnikov n'atteint pas les sommets de l'art de la satire, il a le mérite de le renouveler avec des thématiques inédites, telles l'immigration russe, la vieillesse, la "chasse au mari étranger" de certaines femmes russes et le "rêve américain" dans son interprétation russe. 

L'histoire: dans les années 1920, la jeune Lily Chapiro épouse Andreï Gastonovitch Bourbon, poète pour enfants et descendants des Bourbons. Bientôt, son mari est interdit de publication (car "aristocrate"), et ses vers sont publiés sous le nom de sa femme. C'est ainsi que Lily Bourbon est promue coryphée de la littérature enfantine et commence à surfer, de vague en vague, de mari en mari, sur les sommets du pouvoir communiste. Après la chute de l'URSS, elle émigre aux Etats-Unis à la recherche d'une nouvelle vie, persuadée que "une vie sans risques serait comme une soupe sans sel". Là commence l'histoire racontée par Droujnikov. Autour d'elle, gravitent divers "prétendants" (un professeur spécialiste de Hemingway, un retraité américain, un tanguero mexicain, un immigré russe illégal...), et puis ce professeur russe de Berkley (Droujnikov lui-même), chargé de traduire l'amour desdits prétendants en la langue de Pouchkine.

Quelques extraits: 

"Devant nous se tenait une vieille femme longue comme une perche, d'un âge difficile à déterminer, les seins jaunes collés au ventre et encadrant un collier de perles d'ambre grosses comme des grains de raisin, collier qui constituait son unique vêtement, à l'exception de ses escarpins rouges à hauts talons. (...) Après avoir examiné attentivement ma femme, elle s'en écarta suffisamment pour éviter toute comparaison. Elle avait tort. A sa manière, cette femme était belle. Il émanait d'elle un fluide magique (...) Pour la première fois de ma vie, je comprenais que le corps féminin est si parfait que l'âge peut le modifier mais ne peut l'abîmer. Il reste quelque chose de la perfection des lignes et même, je le jure (...), une certaine attraction sexuelle. (...). Les vieilles femmes nues sont magnifiques - j'en suis convaincu et vous ne me ferez pas changer d'avis".

Ken, retraité américain enflammé par la sensualité de Lily, persuade le narrateur de l'aider avec la demande en mariage:

"Je me résous donc à offrir à Lily la main et le coeur... d'un autre. (...)
- Il se fiche de moi ou quoi?
- Pensez-vous! Ken est absolument sérieux.
- S'il est sérieux, pourquoi me propose-t-il des inepties pareilles? Officiellement, j'ai été mariée dix-huit fois, en réalité j'en ai perdu le compte. Il est complètement stupide!

Elle baissa le ton et, sans la moindre émotion, poursuivit en marmonnant:
- Ne traduisez pas ça, jeune homme. Voilà ce que vous allez lui dire...
Ses yeux brillèrent d'un éclat soudain, un sourire de bonheur retrouvé éclaira son visage rajeuni. Elle tourna son regard vers Ken, battit des paupières avec coquetterie et (...) murmura:
- Si tu insistes, mon chéri, je suis d'accord.

Un grand bravo à la traductrice Marilyne Fellous pour avoir trouvé le titre français (le titre original étant simplement... "Superfemme" Superwoman, quoi), mais aussi pour avoir su transmettre les subtilités de l'humour de Droujnikov en français. C'est un des rares livres traduits du russe que j'aie été capable de lire en français sans éprouver le besoin de jeter un coup d'oeil dans l'original.

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vendredi 5 septembre 2008

(Opera) Eugene Oneguine a l'Opera Garnier

© Ingrata Donna border=


J'ai toujours dit que les opéras russes, il n'y a rien à faire, il n'y a que les Russes qui savent bien les faire (ah le début chauvin). Aussi me suis-je précipitée d'accepter une invitation spontanée (merci merci merci Hervé) pour aller voir la générale d'Eugène Onéguine à l'Opéra Garnier: une production entièrement "made in Bolchoï", dans une très belle mise en scène de Dmitri Tcherniakov et avec Ekaterina Scherbachenko, une Tatiana éblouissante. Courez vite le voir, il n'y a que six représentations à partir de ce soir !

Cette production avait fait scandale à Moscou, il y a deux ans, lorsqu'elle remplaça, a
u Bolchoï, la production de Pokrovsky preque canonisée du fait de son grand âge (créée en 1946). Dmitri Tcherniakov est aujourd'hui un des metteurs en scène les plus connus en Russie, avec toujours ce petit air de scandale autour de ses spectacles. Cependant, en Europe, il est difficile de comprendre comment cette mise en scène au bon goût de Tchekhov et de Stanislavsky a pu heurter la sensibilité du public russe. Mais, voyez-vous, en Russie, on est moins habitué au "réactualisations" (en gros, quand l'action se passe dans les années 1950 au lieu du XVIIIe siècle prévu par le compositeur), encore moins pour des oeuvres russes, et vraiment très peu pour des oeuvres aussi bien connues qu'Eugène Onéguine. On la connaît tellement bien (à la fois vers, musique et mise en scène) que les gens s'énervent quand il n'y a pas de jardin chez les Larine, quand la scène de duel n'est pas jouée selon les règles de l'art, quand Tatiana n'a pas de béret framboise au dernier acte... Il y avait eu, il y a deux ans, des rumeurs abracadabrantes sur cette production (Lensky coucherait avec Onéguine, tandis que Tatiana avouerait son amour par SMS) - mais elle est finalement très classique et épurée.


Un salon chez les Larine. Au centre, une grande table ovale. Le thé est servi, et les parents se rassemblent autour d'un gâteau, en écoutant une romance chantée par Olga et Tatiana. Une atmosphèr
e toute tchékhovienne pour cette production "de chambre" - sans grandes scènes de bal
, sans jardin, sans la neige pour le duel: tout s'y passe en huis clos, sous les yeux des invités. Cela peut énerver (la cinquième fois que l'on voit la table ovale, on n'en peut plus!), mais on ne peut pas reprocher à Tcherniakov de manquer de cohérence. La scène chez le prince Gremine (tiens, super blague - sur un site d'opéra, c'était marqué "Prince Gremline") se passe dans un salon rouge sang (très Zeffirelli-like). La direction des acteurs est très juste et les personnages sont plutôt bien trouvés, même si l'on peut discuter de certains choix (Lensky qui fait rire l'assemblée en singeant Monsieur Triquet qui, lui, reste dans un coin - et hop! un cachet en moins!)

Pourquoi je disais, plus haut, qu'il n'y avait que les Russes qui savaient chanter (et jouer) les opéras russes? C'est avant tout une question d'intonation. Ce n'est pas seulement une question de prononciation comme le pensent certains. Si l'on ne sent pas la beauté et le sens des phrases de Pouchkine, on ne peut pas les transmettre - qu'il s'agisse des musiciens de l'orchestre ou des chanteurs. C'est justement ça, l'avantage d'aller voir un Eugène Onéguine 100% russe: c'est comme aller manger la pizza à Naples. Souvent, les Russes qui vont à l'opéra y vont avant tout pour le spectacle, l'histoire d'amour qui finit mal, les personnages - bref tout ce qui, dans une interprétation occidentale, disparaît souvent au profit de la musique. Les Français disent fréquemment que la musique de Tchaïkovsky est mièvre, et ils l'interprètent alors avec toute la retenue dont ils sont capables. Mais c'est justement ces interprétations-là (très "judgemental", au fond) qui tuent cette musique en la privant de sa capacité à communiquer avec le spectateur (russe, en tout cas). Quel fut alors le plaisir d'écouter un orchestre russe jouer du Tchaïkovsky, sans complexes mais sans mauvais goût! L'orchestre du Bolchoï s'en tire avec mérite (sauf les vents, pas toujours à point), et la direction sensible de Vedernikov, malgré des tempi parfois discutables (l'air de Gremine vraiment trop lent), parvient à détourner l'attention des spectateurs de certains chanteurs qui ne la méritaient pas.

Les chanteurs. Comme souvent dans les troupes russes, Larina (Makvala Kasrashvili) et la Nourrice (Emma Sarkisyan) sont chantées par des vieilles troupières que l'on soupçonne d'avoir obtenu leur place dans la tournée parisienne au prix d'intrigues dignes des Medici, tant leur interprétation est faible. Les voix bougent, l'intonation en souffre, et le premier quatuor ("Privytchka svyshe nam dana") ressemble davantage à un dialogue théâtral tant on entend peu la mélodie. Grémine d'Anatolij Kotscherga fut probablement le pire que j'aie jamais entendu, j'avais l'impression d'entendre un chanteur de musichall de province avec sa voix fatiguée, projection trop ouverte, intonation vulgaire... Roman Shulakov est un Lenski plus lyrique qu'héroïque ("pas couillu", comme dirait quelqu'un) - il est parfaitement convaincant dans "Kuda, kuda", mais s'efface complètement dans la scène de dispute, faute de volume. Quant à Onéguine, il n'était pas mauvais, mais manquait cruellement de charisme, et son émission engorgée lui empêchait souvent non seulement d'exprimer ses sentiments mais même de dépasser la rampe. De plus, ce personnage est particulièrement difficile à interpréter, car, entre "l'homme admirable et séduisant à la Darcy qui n'accepte pas de ruiner la vie d'une toute jeune fille campagnarde" et "le sale con qui refuse l'amour de Tatiana parce qu'il ne sait pas ce qu'il veut", il n'y a qu'un pas. Vladislav Sulimsky l'a franchi, en privant son personnage de toute l'attraction qu'il pouvait exercer sur les jeunes filles comme moi (ou alors, moi aussi "j'étais plus jeune alors, Et bien meilleure, je crois" et ai dépassé l'âge d'être émerveillée par un sale con? à méditer).

Face à lui, la Tatiana d'Ekaterina
Scherbachenko (la photo n'est pas une photo du spectacle, attention! :-) était lumineuse, émouvante, déchirante, même. Son timbre éclatant est fait pour Tatiana. Vocalement, après la Tatiana de Galina Vishnevskaya, c'est pour moi la meilleure. Comment puis-je dire si c'est la meilleure ou pas? Vous pensez peut-être que je vais maintenant étaler devant vous mon éruditon musicale? Détrompez-vous. Je n'ai qu'un seul critère, que j'ai trouvé grâce à un vieil ami de famille qui est venu à l'opéra sur le tard. Il m'avait un jour avoué n'avoir qu'un seul critère pour savoir si un chanteur était bon ou pas: la chair de poule. Si un chanteur vous donne la chair de poule, c'est que c'est "le vôtre". Et lorsqu'on ressent ses "petits fourmis dans le dos" (comme on dit en russe), on se rend compte qu'on s'en fout du reste: des autres solistes, des décors, des costumes - tout ça n'est qu'accessoire. Et c'est ça qui est génial avec l'opéra, c'est que ces "fourmis" ne sont pas les mêmes pour tous, et que vous pouvez les avoir avec un chanteur qui laisse de marbre votre voisin. Au fond, je suis persuadée que c'est pour ça que les gens retournent à l'opéra. Non, vraiment, il faudrait que je le termine, ce livre sur la "jouissance de l'amateur d'opéra". Je vous en reparle!

PS: Les photos ne sont pas de moi, mais d'un utilisateur de ce forum russe (malheureusement, on ne peut les visionner qu'après inscription - entièrement en cyrillique - aussi je me suis permise d'en reprendre quelques unes!)
PPS: Il y avait plein de caméras à la générale, j'en déduis qu'il y aura un DVD bientôt!

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jeudi 4 septembre 2008

(Resto) Croccante, un Sicilien rue Vaugirard

J'avais mentionné il y a quelques jours Croccante, un petit restaurant-traiteur italien (celui à qui appartient aussi l'épicerie Croccantino plus bas dans la rue Vaugirard). Il vient de réouvrir après le petit lifting de l'été et j'ai donc pu le tester mardi dernier!

L'endroit: il s'agit surtout d'un traiteur-épicier italien (pardon, sicilien!!) où, au fond de la salle, il y a quelques tables pour déjeuner ou dîner. Le service est extrêmement sympathique et attentif (et puis, ça me fait toujours plaisir de parler italien!).
La carte se limite aux antipasti, pâtes, pizzas et desserts. Bien que sommaire, elle reste très originale comparée aux restaurants italiens parisiens! Au menu, entre autres: pâtes à la fleur de courgettes (cf photo - désolée, mais à chaque fois j'oublie mon appareil photo et suis obligée d'utiliser mon téléphone portable! Je remplacerai les photos à mon prochain passage chez Croccante), pâtes à la boutargue de thon et à la sauce aux haricots blancs (pas testé, j'avais mangé des pâtes à la boutargue la veille) - une spécialité que Massimo fait quelques fois par semaine (téléphonez pour vérifier). La boutargue est une spécialité du sud d'Italie et est aussi beaucoup utilisée dans la cuisine juive sépharade: il s'agit des oeufs de mulet salés, séchés et pressés. La boutargue de thon a un goût de mer plus prononcé mais plus fin, je la préfère nettement à la boutargue de mulet! On n'a pas goûté les pizzas: allez, on n'était que deux filles, hein! et puis, la mozzarella n'était pas encore arrivée, alors toutes les pizzas étaient au fromage de brebis (oui, je sais). Nous avons donc accompagné nos pâtes d'un petit verre de Negro Amaro de Pouilles (c'est dans le talon de la péninsule) corsé, avec un petit arrière-goût de terre qui allait bien avec ce dîner rustique.

En dessert, j'espérais goûter aux fameux cannoli siciliani dont je raffole et qui normalement sont aussi une des spécialités de Croccante: manque de bol (ça m'apprendra de venir à l'ouverture!), il n'y en avait pas. J'ai évité les traditionnels tiramisù et pannacotta pour goûter un "Prototipo" - un dessert en évolution, une sorte de crème à base de mascarpone avec pistaches, amandes, orange confite et un peu de liqueur. Pas mal, mais un brin trop sucré et pas assez fin. Si vous le goûtez, dites-moi ce que vous en avez pensé!

Au final: plus qu'un italien de quartier, Croccante vaut le détour pour l'originalité de ses recettes et l'amabilité de son patron! Pour les gens de quartier paresseux: vous pouvez aussi commander à emporter.

En pratique:

Croccante
138, r. de Vaugirard 75015
T 01 47 83 37 28
m° Falguière
Prix: pâtes 12€, desserts 6€

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lundi 1 septembre 2008

(Cine) Be happy de Mike Leigh: on rit jaune!

Parfois, je fais des erreurs cinématographiques. Généralement, il s'agit de deux catégories de films: des films que j'espère beaux et qui se révèlent chiants et longs (souvent des films asiatiques mineurs), et des comédies que j'espère des "Miss Sunshine"-bis et qui se révèlent lourdes et pas drôles (aka "Smiley Face"). "Be Happy" appartient à la deuxième catégorie. J'ai succombé au gentil matraquage publicitaire de la rentrée et - alors que j'avais juré de ne plus jamais le faire! - me suis fiée à une critique du Télérama (pour rappel, ce que j'avais juré c'est de ne jamais me fier aux critiques Télérama en ce qui concerne les comédies, je trouve qu'ils ont vraiment un sens de l'humour très étrange). Ma déception est d'autant plus grande que ce film m'a fait perdre deux heures très précieuses dans le branle-bas de la rentrée.

L'histoire: Poppy, trentenaire fofolle, est instit' à la maternelle dans une petite ville anglaise non identifiée où les distractions sont rares. Elle vit depuis dix ans en colocation avec une autre instit' de son école, prend des leçons de conduite, fait du trampoline et du flamenco. Elle n'a pas de copain, mais, en aidant un petit garçon de sa classe, elle rencontre un médiateur social au physique de viking et au menton de Cartapus avec qui tout va très bien. Autant vous dire que les ressorts dramatiques n'ont pas été la préoccupation majeure des scénaristes de "Be Happy". L'histoire est plutôt un patchwork de sketches avec la participation de Poppy, plus qu'une vraie histoire.

--bande-annonce'--


--bande-annonce--

Sally Hawkins mérite son Ours d'Argent (tiens, d'ailleurs, il faut que j'arrête de me fier aux prix des festivals aussi), car ce film (assez lourd) repose entièrement sur ses épaules. Elle est de tous les plans avec ses mimiques et onomatopées qui feraient pâlir d'envie Peter MacNicol d'Ally MacBeal. Elle vire constamment dans le suraigu (il faut aimer), tout la fait rigoler... Juste à l'instant, je viens de penser - peut-être je n'ai pas aimé le film car on dit, en russe, que "le rire sans raison est signe de bêtise" (смех без причины...)? Pendant tout le film, la question que je me posais était "Mais pourquoi? Pourquoi elle rigole?" Alors, les abonnés Paulo Coehlo vous diront que c'est parce qu'elle est heureuse, et puis "Don't worry, be happy", quoi! Mais nan, je dois être trop cérébrale. D'ailleurs, un des spectateurs fans du film a publié ceci comme commentaire sur Allocine: "Cette fille donne le sourire, un peu comme Bridget Jones, mais en moins cérébrale". Je n'aurais jamais pensé que Bridget Jones était cérébrale, mais je mesure mieux maintenant l'étendu du fossé qui me sépare de Poppy.

Faut-il aller voir ce film? Regardez bien la bande-annonce. Regardez aussi l'extrait de son cours de conduite. Si cela vous enchante, allez-y. Si cela vous laisse dubitatif, passez votre chemin: cela ne va qu'empirer! Le bonheur de Poppy est lourd à porter.

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