jeudi 30 juillet 2009

Eté de citadin, ou quelques pensées avant la rentrée

Voilà de quoi devrait être fait l'été passé en ville - de lectures et de cuisine. On a du temps à perte de vue pour faire un clafoutis aux cerises - qui sort du four diaboliquement violet car on a mis trop de bicarbonate de soude, mais on s'en fiche: c'est l'été, on en fera un autre et puis on rira bien de celui-là. On poussera même jusqu'à faire du jardinage - mais, bien sûr, uniquement pour planter en août des plantes qu'il fallait mettre en terre en mai, mais en mai on ne pouvait pas, on avait autre chose à faire que jardiner. Puis on épluche les vieux Télérama, histoire de voir si on n'a pas laissé passer un article, on note en passant toutes ces choses merveilleuses qu'il y a à la télé - plein de documentaires, en fait - et on finit par se vautrer sur le canapé pour regarder trois épisodes d'Experts en enfilade (même dans le Télérama du mois d'avril, Oratio, c'est toujours le mardi). Sur le canapé, donc, que l'on se félicite d'avoir choisi en cuir - en été, il apporte de la fraîcheur que l'on avait peu appréciée les six mois précédents.
On fait, aussi, toutes sortes de listes - des choses à faire avant la rentrée, des promesses non tenues mais que l'on tient encore à tenir, des gens à qui rendre visite MÊME s'ils habitent en banlieue, des expos à rattraper (mais on arrive toujours un jour après le décrochage)...

Toutes ces occupations délicieusement futiles ne sont, en fait, qu'une couverture pour une double et interminable attente: on attend à la fois le départ en vacances et la rentrée. C'est une attente totale où l'on retrouve toutes les envies à la fois: l'envie de retrouver le paysage divin laissé à contre-coeur l'année précédente, l'envie de regoûter aux pâtes à la truffe, de sentir le vent souffler sur les collines, l'envie de vivre au ralenti comme dans les films avec Isabelle Huppert où rien n'arrive mais où tout se joue, l'envie de répéter à l'infini un moment de bonheur connu jadis, tel un enfant qui exige la même histoire pour la centième fois en refusant que l'on y modifie un seul mot. C'est aussi une autre envie, celle de grands espoirs et de grands changements, de nouveaux départs où toutes les illusions font encore office de réalité...

Une envie qui nous renvoie, finalement, à ces étés presque interminables de vacances scolaires estivales - trois mois en Russie! - où l'on finit par se lasser de jouer et où l'on a hâte de retrouver les copains ("T'as vu ce qu'Anton a grandi?!") et les profs (celle d'algèbre étonnamment bronzée et de bonne humeur, celle d'histoire qui revient avec une nouvelle coupe...), et hâte aussi d'apprendre, de découvrir et de grandir. On regrette la fin de l'été et redoute la traversée de l'hiver, on se réjouit de retrouver la vraie vie dont on sait pourtant qu'elle ne sera pas facile: c'est la grande mêlée des sentiments qui se cristallise au soir du 31 août. Faire le point, repasser la robe du lendemain avant de l'étaler sur une chaise, préparer le cartable redécouvrant avec étonnement son poids si peu enfantin, et s'endormir l'angoisse à l'âme - qui n'a pas connu ces veilles de la rentrée?

C'est finalement si humain que de récuser le changement mais ne jamais se contenter de ce que l'on a, de chercher le changement mais de vouloir le contrôler à tout prix, d'aspirer aux lendemains meilleurs sans vouloir lâcher les faits et méfaits de la veille.

Alors, avant ce jour redoutable de la rentrée, prenons un bol d'air et relâchons les vieilles pensées, envies, joies, rancunes et désillusions pour faire place aux nouvelles. Et, en attendant le début d'une nouvelle saison, un peu comme on contemple le tracé d'une rivière de montagne avant de s'y lancer en kayak, savourons l'idée que la vie, en un jour, peut prendre un cours différent.

Bon été!

Illustration: Iris Velghe, Instant de vie 3

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jeudi 9 juillet 2009

Une Russe à Paris à la radio

Un petit mot pour poster une mini-interview que j'ai enregistrée pour l'émission "Série limitée" de Fabrice Aeby sur RJB (une radio suisse, je suis planétairement connue), qui a eu l'amabilité d'élire mon blog "le blog de la semaine"!

Je réponds ici à la question, en effet souvent posée, qui est de savoir si je me sens plus russe ou française...

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jeudi 2 juillet 2009

(Musiques) L'étonnante Regina Spektor, weird & wonderful

Je lis rarement les interviews de chanteurs que je ne connais pas – cela ne sert à rien, me dis-je, ce n’est pas l’interview qui me fera découvrir leur musique… Mais l’entretien avec Regina Spektor (dans le Télérama, bien sûr – de la semaine derniere ; j’ai du retard dans ma lecture ET mon écriture, au moins là, je reste cohérente) a attiré mon regard. Russe (ah ?), brune (signe indiscutable de son originalité), habitant à New York (tiens, tiens), pianiste classique ( !!!) mais qui a su s’en détacher ( ouais !) et qui compose et chante au piano ses chansons étranges – il fallait que je voie ça de plus près.

Cela fait une semaine, et je crois bien avoir écouté tous ses albums. J’adore j’adore j’adore les gens qui savent construire leur propre univers et ne s’y sentent pas à l’étroit. J’adore la synthèse qu’elle fait de ses deux univers, russe classique et new-yorkais underground. J’adore certains de ses textes, qui sont en soi de petites nouvelles mises en musique, comme Lady (et, à cet égard, elle me fait penser à l’univers d’Edgar Keret dans Les Méduses) :

Lady sing the blues so well
As if she mean it
As if it's hell down here
In the smoke-filled world
Where the jokes are cold
They don't laugh at jokes
They laugh at tragedies

She says, i can sing this song so blue
That you will cry in spite of you

J’adore ses trouvailles, une pensée qui se mord la queue et qui, d’un bond, vous emmène ailleurs.

The porter smiles to me a smile
I've bought
With a couple of gold coins
A sign that I've been caught
(Hotel Song)

Laughing With (clip vidéo)


Son album “Begin To Hope” (dont sont tirées les deux chansons que je viens de citer), et il me fait immanquablement penser à “Me, you and everyone we know » de Miranda July (sur la photo à droite), un film absolument superbe – d’ailleurs, les deux personnages se ressemblent, et je suis persuadée que si Miranda July refait un film, il faut absolument que ce soit Regina Spektor qui en compose la musique.

Du coup, j’ai envie de vous faire un billet sur Miranda July, mais cela m’a déjà pris une semaine pour commencer à écrire sur Regina Spektor, et je me demande si cela ne sera pas plus rapide que vous louiez Me, you and everyone we know en DVD.

Pour ce qui du dernier album de Regina Spektor, Far, qui vient de sortir et qui va bientôt être trop médiatisé pour que vous en fassiez une découverte innocente, est excellent, plus abouti que les précédents, mais où l’on retrouve à la fois la personnalité de la chanteuse et ses inspirations, ou plutôt les échos dont elle se fait miroir, de Philip Glass à Mylène Farmer (dans Machine). Ma préférée, pour l’instant, reste One more time with feeling (cliquez sur la vidéo sur la droite, c’est la chanson interprétée en live au piano).

Pour en savoir plus :

Sur Regina Spektor : l’article dans Télérama ; sa page dans Wikipedia pour les pressés.

Sur Miranda July : www.mirandajuly.com et http://noonebelongsheremorethanyou.com/, le site qu’elle a réalisé pour le lancement de son livre de nouvelles l’année dernière.

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mercredi 24 juin 2009

Pouquoi donne-t-on?

Aujourd’hui, dans le métro, j’ai acheté mon premier « guide des restos pas chers ». Cela fait presque neuf ans que j'habite à Paris, et je viens de me rendre compte que je n’en avais jamais acheté… En marchant jusqu'au bureau, je me suis mise à me remémorer l’historique de mes actions charitables et à me demander : pourquoi donne-t-on ?

En Russie, les touristes sont souvent surpris par le nombre de mendiants dans la rue. Les locaux, en revanche, y décèlent très vite les "professionnels" et ne donnent, généralement, qu’à quelques catégories de mendiants : dans les années 1990, on donnait toujours aux invalides d’Afganistan, ces jeunes aux destins (et, souvent, aux jambes) broyés qui ne recevaient une allocation qui ne leur permettait même pas de manger à leur faim. Pour ma part, je ne donnais qu’aux petites vieilles que l'on aperçoit souvent au détour d’un couloir de métro, la main creuse comme une louche. Pas de carton « j’ai faim », pas de petite chaise – debout, la main tendue, le regard baissé. Beaucoup ne recevaient (et ne reçoivent) que des pensions de misère, souvent moins de 100 euros par mois, pour un coût de la vie presque comparable à celui de la France… D’autres, n’osant pas mendier, vendent le peu de choses qu’il leur reste : le plus souvent, des livres. Le souvenir d’une petite vieille, debout (toujours debout) à côté d’une librairie moscovite, avec un volume de Plutarque dans chaque main, me hante encore aujourd’hui : être passée en vitesse sans les acheter est ma plus grande honte.


En arrivant en France, j’ai mis un peu de temps à comprendre la structure locale des mendiants et des sans abris : admirablement (pour une Russe) pris en charge par les Restos du cœur et autres organisations, ils en pâtissent car, justement, les Français, préfèrent souvent donner à une organisation qu’à un mendiant « sans recommandation » (sans recommandation, on ne trouve ni job ni nourriture en France…).

J’ai commencé par donner aux musiciens : 95% d’entre eux me cassent les oreilles tous les jours, aussi avais-je décidé de récompenser ceux qui jouaient un peu mieux. Certains, comme les saxophonistes du week-end, sont tout bonnement excellents. Je me suis amusée à reconnaître la sonorité des musiciens russes avant de voir leur tête (en général, j’ai raison) – comme ce musicien qui joue très bien la polyphonie de Bach à l’accordéon. J’ai quelquefois donné de l’argent aux mendiants-orateurs, aux mendiants à la tête honnête, aux mendiants jeunes… J’ai envoyé des chèques aux Restos du cœur, aux Artistes du pied et de la main… Et puis voilà, aujourd’hui, le premier guide des restos pas cher. Je me demande si les suivants, ceux à qui je ne l’achèterai pas, seraient gênés de prendre de l’argent sans donner le guide en échange. Je regrette de ne pas avoir de tickets resto ni de tickets métro pour éviter le problème.

Tous les jours, je vois un SDF qui occupe un morceau de trottoir au-dessus de la sortie d’air chaud. Un jour, j’ai été surprise de le voir, les lunettes sur le nez, plongé dans la lecture d’un journal : pour l’avoir entendu parler (ce n’étaient plus que des sons, les mots ne sortaient plus de sa bouche édentée), je pensais qu’il était incapable de lire. Tous les jours, quelqu’un lui apporte tous les jours du café chaud le matin et s’arrête pour parler avec lui. Il a dû lui laisser le journal... Je me dis que je devrais lui apporter un livre, peut-être les Trois Mousquetaires en version poche (pas sûre qu’il puisse tenir un plus gros livre entre ses mains tant il a l’air faible).

On me dit : « Tu sais, n’importe qui peut devenir un SDF, même un chef d’entreprise, j’en connais un d’ailleurs. » Alors, donne-t-on parce qu’on a peur, nous aussi, de manquer ? Donne-t-on pour ne pas se sentir mal à l’aise devant cette misère mise à nu (et pourtant, on se sent gêné aussi en donnant, on n’ose pas les regarder dans les yeux de peur qu’ils ne lisent de la pitié dans les nôtres) ? Donne-t-on pour se sentir une meilleure personne ? Donne-t-on aux uns pour obtenir le droit moral de refuser à d’autres ? Donne-t-on de l’argent pour ne pas avoir à donner autre chose (du temps, de l’attention – combien coûte notre attention ?) Donne-t-on pour avoir l’impression de sauver le monde ?

Et vous, pourquoi donnez-vous ? Que donnez-vous ? Donnez-vous ?

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mardi 23 juin 2009

(Art urbain): Envahir la ville

On m’a toujours dit que dessiner sur les murs (palissades, papiers peints...) n’était pas bien. Les enfants des propriétaires précédents de notre appartement servaient d’exemple éternel « d’enfants désobéissants qui dessinent sur les murs » - j’acquiesçais sagement, car 1) leurs dessins n’étaient pas beaux ; 2) à cause d’eux, je ne pouvais pas en faire de plus jolis to prove them wrong. Les temps ont changé, et, aujourd'hui, ma mère me parle avec enthousiasme d’une famille de peintres qui ont donné un mur entier à leur fille de trois ans qui a droit d'y faire ce qu’elle veut. Il paraît que le résultat est superbe. De mon côté, je me suis rendue compte que « dessiner sur les murs » ne se réduit pas à tagguer les voies SNCF ou à écrire des grossièretés dans l’escalier de l’immeuble, mais que cela peut bel et bien être de l’art.

Voici donc quelques exemples, à travers le monde, de la façon dont l’art peut envahir la ville (un clin d’œil à Musée haut, musée bas qui, lui, avait affaire au problème inverse).


Mais il y a envahir et envahir : certains artistes utilisent les murs de la ville comme un simple support pour leurs œuvres (Misstic) ; d’autres incrustent leurs œuvres dans le paysage urbain jusqu’à ce qu’ils n’en fassent qu’un (Space Invader ou Jan Vormann) ; d’autres encore ressuscitent l’ancienne tradition du trompe l’œil en fusionnant l’œuvre d’art avec le paysage urbain (Ernest Pignon Ernest); enfin, d’autres encore masquent le mur entièrement en le transformant en une géante œuvre d’art. Les techniques utilisées sont infinies, de la peinture au pochoir à la peinture au pinceau, de la mozaïque aux sérigraphies papier… Tout un monde à découvrir !

Si je n’ai jamais vraiment compris Space Invader (tout simplement parce que, esthétiquement, je trouve ça laid et que je ne capte pas son message – je n’ai jamais joué à Space Invaders), j’adore le Dispatchwork de Jan Vormann : il s’agit de « panser » les plaies des bâtiments à l’aide d’éléments de Lego multicolores… Commencé à Bocchignano près de Rome, le Dispatchwork a également envahi les rues de Tel-Aviv et de Jaffa, ainsi que de Berlin (où la plupart des plaies ainsi comblées datent de la Seconde Guerre mondiale) – c’est là que cette technique revêt un sens plus politique, avec une idée – très utopiste, mais si belle – de réparer des blessures de guerre avec des jouets d’enfants, mais aussi de faire jouer les adultes au lieu de leur faire faire la guerre. (à ce sujet, lire une interview de Jan Vormann ici (en anglais)).

Je viens également de découvrir les trompe-l’œil d’Ernest Pignon Ernest et surtout son travail à Naples : des magnifiques et noires œuvres de Caravage semblent vomies par les murs crasseux napolitains… Pour lui, « les lieux [ont] davantage à donner que les murs d’une galerie » - et, dans ces lieux, il s’applique à « rendre visible ce qui échappe à l’œil » et à révéler les différents « strates de mémoire enfouies sous la pierre ».

Voici un extrait d’une interview d’Ernest Pignon Ernest où il parle de son travail à Naples :

« Je réfléchis à l’endroit où je mets mes images. La présence des murs, leur matérialité, la lumière, l’heure du jour, sont à prendre en compte. A Naples j’ai, scrupuleusement, été attentif à tout cet environnement. Mes images représentaient la mort. Je les ai collées durant mes différents séjours, la nuit du jeudi au vendredi Saint. Rencontrer une telle image le jour de Pâques modifie la perception que l’on a d’elle. Sa lecture s’en trouve renforcée. Elle ne résonnera pas de la même façon dans ce contexte. Même pour moi qui suis athée. Je suis touché par ce genre de représentation dans ce moment particulier de la Passion. Sans l’opposer au musée ou à la galerie, la découverte d’une œuvre dans ces conditions est une expérience différente. »

Enfin, un dernier genre que j’apprécie énormément, c’est la peinture murale sur des murs « sourds » ou encore des « brandmauer » (murs réfractaires) comme on les appelle en russe : il y en a beaucoup à Saint-Pétersbourg depuis que beaucoup de bâtiments ont été détruits pendant la guerre et n'ont jamais reconstruits ; les murs qu’ils jouxtaient sont restés sans fenêtres, « muets », donnant généralement sur un square ou une cour… Aujourd’hui, c’est un support de prédilection des artistes urbains qui participent avec plaisir à des concours pour occuper tel ou tel mur (à droite, un morceau du projet vainqueur pour l’immeuble 21, rue de Barmaleev ; vous pouvez voir les autres projets pour ce même mur ici – les derniers sont des dessins d’enfants; ainsi que des photos qui racontent la réalisation de la peinture ici). Ces projets se multiplient et sont donc approuvés par les autorités, cela égaye souvent le paysage dans les quartiers-dortoirs, mais il y en a beaucoup aussi dans le centre-ville (quelques exemples ici).

Pour finir, je vous rappelle également l'existence de l'hybride art urbain/dessin animé avec, entre autres, l'excellentissime Blu et son dessin animé Muto dont j'avais parlé ici - si vous ne l'avez pas encore vu, n'hésitez pas, c'est vraiment génial.

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dimanche 14 juin 2009

(Restos) Krung Thep, l'un des meilleurs thaïs de Paris

Une fois n'est pas coutume, j'ai pointé le nez dans un arrondissement à deux chiffres qui n'est pas le 14e ou le 15e pour une petite balade entre Oberkampf et Belleville couronnée par un dîner chez Krung Thep, un excellent restaurant thaï situé en bas du parc de Belleville dans le 20e. En se promenant, on a vu passer une bonne dizaine de restaurants où l'on aurait bien dîné, mais qui ne nous ont pas détourné du but du voyage... Car, finalement, les signes extérieurs d'un restaurant où l'on mange bien varient d'un pays à l'autre (combien de Russes j'ai vu faire fi devant des petits restos et cafés adorables sous prétexte que la déco avait l'air viellot ou qu'ils étaient petits? Pour eux, la déco d'un bon restaurant, ce fut le café Costes...) En Italie (du moins, dans le centre du pays et surtout dans les grandes villes), je me fie toujours aux nappes à carreaux rouges, toujours un signe d'une cuisine familiale et sans chichis, succulente et pas chère, faite avec des produits venant des villages des alentours...

J'ignore quels sont les signes d'un bon restaurant thaï en Thaïlande. Je sais, en revanche, qu'aucune personne saine d'esprit n'aurait songé à pousser la porte de Krung Thep: la devanture non seulement ne paie pas de mine, elle peut difficilement être qualifiée de devanture tant on a l'impression qu'il s'agit d'une antenne du PS désaffectée. Sur la porte, quelques stickers indiquent une sélection Gault et Millau datant de 1999 (qui doit être l'année où le copain qui nous y emmène y est allé pour la dernière fois), mais aussi un sticker du Télérama Sortir 2009 (things are looking up!)

A l'intérieur, les serveuses affairées ne font guère attention aux clients, nous occupons notre table en nous pliant en quatre (impossible d'éviter de heurter le dos du gros mangeur assis derrière nous) - il s'agit de grimper sur une sorte de banquette/perchoir pour s'assoir autour d'une table basse thaïlandaise, montée à la hauteur d'une vraie table (la constrction est aussi alambiquée que cette phrase). En général, tout le monde décrie Krunt Thep pour son service peu aimable, mais j'ai trouvé les serveuses plutôt sympa, l'une a même eu la patience à nous répéter dix fois comment on dit "merci" en thaïlandais (c'est très dur, mais si l'on l'imagine prononcé avec un accent polonais, ça donne quelque chose comme "kaponka").

La carte doit avoir cent cinquante références, entre entrées, salades, plats, soupes et desserts - nous goûtons donc une salade au pamplemousse, absolument exquise et où le pamplemousse a un goût légèrement différent de celui que l'on connaît; ainsi qu'une salade à la papaye verte, très fraiche - une sorte de coleslow thaïlandais moins la mayonnaise (heureusement). Nous n'avons que des fourchettes et des cuillères - il faut demander les baguettes. Nous enchaînons sur du bœuf sauté aux noix de cajou, ainsi qu'un plat de beignets de soja aux légumes, très joliment présentés et aussi parfumés que les entrées, bien que je trouve le bœuf un peu trop cuit à mon goût. En dessert, une mangue fraîche à tomber par terre (j'ai fini par travailler le noyau au corps!) et des gâteaux au riz gluant emprisonnés dans des feuilles de bananiers, exquis.

Le restaurant n'est ouvert que le soir, aussi profitez de ces soirées d'été pour faire une balade et prendre un apéro dans Belleville avant d'y aller! A essayer absolument:  le fait que la qualité soit restée la même depuis plus de dix ans plaide en leur faveur... Réservation indispensable.

En pratique:

Krung Thep
93 rue Julien Lacroix
75020 PARIS
T 01 43 66 83 74
Métro Belleville, Pyrénées
Ouvert de 19h30 à 22h30
A la carte 25€

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mercredi 10 juin 2009

(Expos) Le nouveau musée Magritte à Bruxelles, premières impressions mitigées

Il y a quelques mois, lors d’un week-end bruxellois, j’avais aperçu, sur une place que je connais si bien et qui ne change jamais, quelque chose de nouveau… et de si familier : l’hôtel Altenloh enveloppé d’une bâche révélant l’un de mes tableaux préférés de Magritte. Le nouveau musée Magritte a ouvert le 2 juin, et j’ai pu le visiter le week-end dernier, entre deux morceaux de gaufre et un ciné (mais si, mais si, on était venu exprès pour le musée).

Magritte est l’un des peintres avec lesquels j’ai appris à regarder la peinture – moi qui, petite, préférais de loin la sculpture, avais du mal à rester plusieurs minutes devant un tableau complètement plat. Curieusement, les tableaux de Magritte sont plats de chez plats – très souvent sans perspective, une sorte de collage peint, ils attirent l’œil et semblent faciles d’accès. Parfait pour un enfant ! Plus tard, je m’en suis détournée pour lui préférer les impressionnistes, puis l’Ecole de Paris… et puis, au fil de mes cours de sémiologie et de mes lectures de Roland Barthes, j’y suis revenue, avec un nouveau regard, et enfin la capacité de passer des heures (oh allez) (des minutes) à décrypter le tableau.

Je me réjouissais donc de découvrir ce nouveau musée, le premier à être entièrement consacré à Magritte. Je ne puis m’empêcher de mentionner le début foireux de la visite : en attendant un ami revenir du vestiaire, j’en profite pour faire une photo – sans flash ! - du vestibule décoré avec des photos des œuvres de Magritte. Une employée du musée se jette tout de suite sur moi, me disant que non seulement on ne pouvait pas faire de photos dans le musée (je regarde, mais il n’y a aucun signe), mais qu’elle était obligée de me demander de « deleter » la photo » (les Belges ne doivent pas connaître le mot « supprimer »). Légèrement énervée, je supprime quand même la photo (la nana lorgne sur l’écran de mon appareil pour vérifier). Je range l’appareil dans mon sac, et on se dirige vers l’entrée, mais elle rapplique : « vous devez rendre votre sac au vestiaire », qu’elle me dit. Devant moi, une femme s’engouffre dans les salles du musée en gardant son sac. Il paraît que le sien est plus petit… (et pourtant, le mien a la taille d’un birkin bag tout à fait normal – décidément, les Belges ignorent tout des tendances actuelles – que feraient les modeuses qui viendraient avec un maxibag ? Pendant tout le trajet, je me suis demandée quel objet mystérieux aurais-je pu dérober au musée – mais non, il n’y avait pas de tableau plus petits que le format A3, et tout le reste était sous verre… Quels emmerdeurs, vraiment.

Pour en revenir à la partie artistique (quand même), la collection permanente se compose de 200 peintures, une cinquantaine de photos, une centaine de documents (lettres, tracts…) et une quinzaine d’objets ; le tout disposé sur trois niveaux dans l’ordre chronologique. La sélection des œuvres est intéressante, bien que beaucoup de classiques manquent à l’appel comme, par exemple, la série des chapeaux-melon. Pour ce qui est de Magritte-réalisateur, personnellement, je trouve peu d’intérêt au résultat ! En revanche, son travail pour la publicité m’a paru intéressant.

Plongées dans le noir presque total (scénographie de Winston Spriet), les œuvres de Magritte paraissent bien plus sinistres que ce que j’avais l’habitude de penser ! Même ses bleus semblent empreints de gris, et le tout manque de couleurs. Si l’on y ajoute la luminosité si particulière de Bruxelles (le ciel gris semble commencer à la hauteur du troisième étage), le coup de déprime est garanti ! A moitié endormie, je suis tout de même prête à lire toutes les explications pour en apprendre un peu plus sur l’évolution de l’œuvre de Magritte… Peine perdue, les explications se résument à quelques dates avec des explications style « 1934. Fermeture des galeries représentant les travaux de Magritte » (va savoir pourquoi). Sur les murs – les citations de Magritte, certaines très réussies, d’autres lassantes. Les cartons n’indiquent que le titre de l’œuvre, la date ainsi que la provenance, mais rien de son histoire ni de son style.

Les journaux chantent les louanges du musée et de sa démarche pédagogique, mais je pense qu’ils l’ont visité avec un guide et étaient munis d’un solide dossier de presse ! Sinon, comme Le Parisien aurait il pu y découvrir « le petit bourgeois bruxellois n'hésite pas, en une trentaine de toiles féroces, à bousculer le tout Paris artistique en 1948, dans un acte profondément surréaliste » ? Lorsqu’on y va en simple visiteur, on ne voit que « trente toiles », certains, avec un sens esthétique poussé, pourraient y voir « féroce » et remarquer « 1948 ». Mais rien ne vous est fourni pour lier ces éléments ni pour insérer l’œuvre dans son contexte. Vous vous retrouvez face à six pages d’un magazine truc-mouche de 1924, sans aucune explication, c’est tout de même barbant et frustrant !

Certes, on aurait pu prendre l’audioguide, mais ce n’est pas la façon dont je préfère de visiter les musées, et en plus, ça me donne l’impression d’être chez Ryanair : on vous fait rentrer pour 8 euros, mais pour comprendre quelque chose, vous devez soit acheter le catalogue, soit prendre l’audioguide payant (les toilettes étaient gratuites, sur ce point, ils se sont alignés sur Ryanair).

Finalement, cette visite ne fut pas le point d’orgue du week-end comme on aurait pu prévoir, même si je suis ravie de l’avoir vu ! Si vous y allez, voici de quoi remplir votre week-end :
  • restaurants (qui sont excellents à Bruxelles ; cette fois-ci nous avons essayé Il Passatempo, un italien absolument fabuleux, et Le Fourneau, un restaurant à tapas fusion vraiment convaincant) ;
  • balades (de la place du Sablon à la Grande Place, un grand classique ; ou un festival au Parc Royal) ;
  • un moment pour bouquiner en prenant un thé chez Filigranes (finalement ce qui me manque le plus de ma vie à Bruxelles !) ; 
  • un moment pour déguster une gaufre au Café du Vaudeville dans la galerie de la Reine (photo) ; 
  • un moment pour filer au ciné Arenberg (toujours dans la galerie de la Reine) pour voir un film que vous avez raté à Paris (j’ai vu Still Walking, excellent).
Et cela vous laisse aussi un bon moment pour sortir les dossiers rapportés du bureau et vous plonger dedans pendant qu’il pleut. Parce que, bien sûr, Bruxelles ne serait pas Bruxelles si, à un moment, nous ne nous étions pas pris la pluie !

Illustrations:
1) Le Musée Magritte sous la bâche
2) Le Roi des Belges en visite au musée le 3 juin 2009
3) Magritte est partout: même sur le Thalys!
4) Une gaufre, galerie de la Reine.

En pratique:

Billets coupe-file (sans surcharge) pour le musée Magritte ici


Il Passatempo
Rue de Namur 32
+32 2 511 37 03

Le Fourneau
Place Sainte-Catherine 8
+32 2 513 10 02 (pas de réservation, venez soit à 19h30, soit vers 21h30 pour éviter d'attendre)

Café Vaudeville
Galerie de la Reine 11

Cinéma Arenberg
Galerie de la Reine 26

Filigranes
Avenue des Arts, 39-40. Ouvert 365j/an.
Allez-y le dimanche: le matin, il y a un peu moins de monde; dans l'après-midi, il y a souvent un pianiste qui fait des impro de jazz. A milieu de la librairie, il y a un café avec des tables où vous pouvez prendre autant de livre et les lire en sirotant un café avec une excellente tarte de la Tarterie de Pierre.

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lundi 8 juin 2009

(Jazz) Igor Bril au New Morning

Nul doute, les musiciens russes sont réputés dans le monde entier – mais il s’agit essentiellement d’interprètes de musique classique. Or, il existe, en Russie, d’excellents jazzmen. Parmi eux, Igor Bril est une légende – cela fait près de cinquante ans que ce pianiste venu de la musique classique se dévoue aux dieux du jazz.

Je ne fais que très rarement des annonces sur ce blog, et pourtant, je trouve que le jazz russe est si peu présent sur les scènes françaises que cela vaut la mention ! Ce mercredi 10 juin, Igor Bril se produira donc au New Morning dans un trio qu'il a formé avec ses deux fils-jumeaux, saxophonistes ténor et soprano. Une occasion unique pour découvrir le versant russe du jazz européen – et le fait d’être invité par l’un des meilleurs club de jazz parisiens sera sans doute une caution pour les méfiants !

Voici une petite vidéo de "Body and Soul" de Johnny Green jouée au piano par Igor Bril (je n’ai malheureusement pas trouvé de vidéo de son trio) :



Le jazz d’Igor Bril se réclame du mainstream européen, avec des incursions dans le jazz new age. S’il a adopté les lois du rythme jazz, son jeu reste ancré dans les règles académiques de ses débuts de pianiste classique. Son toucher impressionniste – tout en nuances et demi-tons – confère à ses improvisations un aura lyrique.Pour ceux qui y vont, n'hésitez pas à me dire ce que vous en aurez pensé!

Bril Jazz Trio au New Morning
Mercredi 10 juin à 21h
7/9 rue des Petites Ecuries
75010 Paris

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jeudi 4 juin 2009

Les feux de l'amour... à la russe

Voici une annonce matrimoniale qui fait, depuis une semaine, sangloter de rire tous mes amis sans distinction de nationalité et qui bouleverse la blogosphère russe. Il s'agit d'un célibataire russe qui cherche une vierge de 16-20 ans pour mariage.

J'ai beaucoup hésité à les publier sur le blog, mais je crois que ce serait injuste de vous priver de cette catharsis par le rire... en fin de compte, je ne fais que diffuser une annonce... :-) Alors, l'annonce, la voici (infos prises ici):

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Igor
Russie, Saint-Pétersbourg
Âge: 39 ans 
Cherche JF de 16-20 ans.
Ce que je cherche: mon royaume s'agrandit, et toujours pas de Cendrillon décente en vue (sans mauvaises habitudes, avec une bonne apparence et une certaine inteligence (NB inteligence écrit avec un seul "l")), pour la transformer en une princesse capable de loyauté, fidélité et amour (sans passé intime (aka vierge), qui sait qu'il faut garder son honneur dès sa jeunesse).
Ne m'écrivez pas si vous êtes: mégalo qui pense être en possession du dernier cul de la planète; une looseuse usée par la vie; un déchet du marché du mariage; UNE PERSONNE A L'ORIENTATION SEXUELLE NON-TRADITIONNELLE; (écrit en majuscules)

Les idiots envieux: vos discussions, conseils et questions n'intéressent personne ici. Ne laissez pas de commentaires, ça ne m'intéresse pas. Ne proposez pas un corps à vendre - ça me dégoûte.

Ecrivez-moi seulement pour cette affaire concrète, la logorrhée sera ignorée.
But de la rencontre: mariage, fonder une famille.

Soutien financier: je n'ai pas besoin de sponsor et ne veux pas en être un.

Enfants: Non

Etat civil: Célibataire

Langues: russe

A quelle fréquence souhaiteriez-vous avoir des rapports sexuels? Plusieurs fois par jour

Expérience sexuelle hétérosexuelle: Oui, sexe uniquement (?)

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Je crois que je vais laisser cela sans commentaires. C'est trop grandiose...

Au-delà des dorures, ne passez pas à côté de la photo avec manteau de fourrure et babouches d'intérieur (тапочки). Et, pour ceux qui ne l'avaient pas vu à l'époque, jetez un coup d'oeil sur mon billet sur les filles russes, dont certaines pourraient être des candidates pour convoler avec notre amateur de dorures!



(si le diaporama Flickr n'apparaît pas dans votre flux RSS, cliquez ici pour le voir)

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mercredi 27 mai 2009

(Danse) Proust ou les intermittences du coeur, le ballet de Roland Petit au Palais Garnier

Hier soir, je découvrais, lors de la générale au Palais Garnier, le ballet « Proust ou les intermittences du cœur » de Roland Petit, sur les motifs de l’œuvre proustienne… Pas facile d’insérer sept volumes – et toute une vie – dans un ballet d’une heure et demie. En résulte une succession d’impressions, des scènes où des dizaines de personnages se rencontrent, se séparent, rêvent, se retrouvent, se déchirent et périssent. Comme toute création mosaïque, « Proust ou les intermittences... » (créé en 1974, entré dans le répertoire de l’Opéra de Paris en 2007) est d’une qualité inégale, où l’on aperçoit néanmoins de vrais éclats de génie, dont on ne sait pas toujours si on les doit au talent du chorégraphe ou des interprètes.

Construit sur des musiques des compositeurs appréciés par Proust, « Proust ou les intermittences… » est déjà, en soi, un voyage musical au tournant du XX siècle. De Saint-Saëns à Debussy, de César Franck à Wagner, les moments musicaux (parfois gâchés par les vents qui, bien sûr, ne peuvent pas jouer juste) nous emportent d’abord dans le « paradis proustien » - Balbec, les jeunes filles en fleur, Swann et Odette, Andrée et Albertine… pour nous faire ensuite descendre en enfer, avec Monsieur de Charlus, Morel et Saint-Loup, pour culminer dans une scène de morts-vivants baroques admirablement orchestrée. Le ballet a, certes, un peu vieilli (surtout certains duos très – trop – académiques), mais on y aperçoit encore le souffle de la création.



Comme dans le bon mot dont je ne retrouve pas l’auteur (“N’avez-vous pas peur d’aller en enfer? – Pas du tout ! J’y serai en si bonne compagnie ! »), l’enfer m’a paru plus vivant, plus réel – on y rencontre, notamment Manuel Legris dans le rôle de Monsieur de Charlus (qu’il avait déjà dansé en 2007). La seule étoile de la « vieille » génération des étoiles sur scène, Manuel Legris ne fait que révéler le manque de personnalité, de présence voire de technique des jeunes danseurs. D’ailleurs, le public ne s’y trompe pas...

L’affect et les grimaces d’Eve Grinsztajn en Odette, le manque de stabilité de Mathilde Froustey (par ailleurs charmante), le manque de présence d’Hervé Moreau et d’Isabelle Ciaravola (avis personnel, bien sûr !) me font tant regretté l’époque où ces rôles auraient pu être interprétés par Kader Belarbi, Aurélie Dupont, Agnès Letestu, Marie-Agnès Gillot… Attention, je ne suis point réfractaire au renouvellement des générations dans la troupe de l’Opéra ! Il y a six ans, je guettais, moi aussi, les apparitions de Dorothée Gilbert ou de Matthieu Ganio (depuis devenus Etoiles, et dont j’ai regretté l’absence dans la distribution d’hier soir). Simplement, je trouve que si les danseurs ont globalement une bonne technique, il leur manque souvent une dimension artistique : les duos ressemblent parfois à des exercices de gymnastique (presque) parfaitement exécutés qui manquent complètement de sens, un peu comme des gammes ou des études de Czerny face à un nocturne de Chopin. Pourquoi, lorsque que Manuel Legris nous fait comprendre, en gestes, que son cœur souffre, cela constitue un moment dramatique, alors que les « battements de cœur » de Christophe Duquenne me font penser que son personnage va vomir d’un instant à l’autre…
Cela me fait penser à une vidéo que je vous avais montrée il y a longtemps, où l’on voit Mikhaïl Barychnikov danser une chorégraphie de Benjamin Millepied. Il y a plus de sens dans le moindre mouvement de son petit doigt que dans tout le duo de Morel et de Saint-Loup (Stéphane Bullion et Florian Magnenet).

La distribution de la générale fut celle de la première. Si vous avez envie de voir ce spectacle, allez-y plutôt le 5, 6 ou 8 juin, ce qui vous permettrait d’apprécier Dorothée Gilbert, Benjamin Pech et, bien sûr, Manuel Legris. Sinon, préférez le DVD!

Une expérience à recommander surtout aux amateurs de Proust ou de Roland Petit.

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dimanche 24 mai 2009

(Photo) My story is tragic but it is important that you listen to it

Ainsi pourrait-on résumer l'exposition "Open see" de Jim Goldberg, nouveau lauréat de la Fondation Henri Cartier-Bresson pour son projet "The New Europeans", un essai photographique sur les flux migratoires vers l'Europe. Polaroïds, bouts de films, notes, carnets trouvés dans des camps de réfugiés... Jim Goldberg est, depuis longtemps, à la recherche de nouvelles formes narratives pour conter le monde.

Et, pour conter celui des immigrés, réfugiés, étrangers, déplacés, il choisit un langage de bric-à-brac, des photos sur lesquelles les acteurs de ses reportages exposent ensuite leur parcours. Un polaroïd pour résumer une vie, est-ce peu? Est-ce beaucoup trop? Visages raturés, photos des séquelles de tortures, et, pardessus, des mots - en anglais, mais aussi en ukrainien, en kikongo, en bengali, en hindi... qui disent tous le désespoir qui constitue la matrice de la vie de ces millions de gens, partis de leur pays chassés par la guerre, la famine, la pauvreté - ou des millions qui rêvent d'en partir ("I am 17, I want to go to Belgium because I heard it is a beautiful place"). Parfois on ne lit pas, et parfois on s'attarde...

"... The rebels killed my family (my parents, my wife and my 8 children). I was shot so many times I don't know how I survived. I often dream that my family is alive or that I am hunted by armed men. But I always wake up alone and terrified."

Parti des camps de réfugiés en Grèce, Jim Goldberg est allé dans les pays d'origine des migrants. Trafic humain et esclavage sexuel en Ukraïne, conflits au Congo, violences interculturelles en Inde... et la misère partout. Qui sont ces nouveaux Européens? Savent-ils ce qui les attend ici? Savons-nous ce qu'ils ont quitté? Jim Goldberg livre, à travers ce parcours documentaire, une réflexion poignante sur la mondialisation à travers le prisme des questions du racisme, de l’intégration et de la persécution culturelle.
Cliquez sur la photo ci-dessus pour découvrir le parcours de Demba Balde, de Bamako à... Bamako.


En pratique:
Jusqu'au 26 juillet à la Fondation Henri Cartier-Bresson
2 impasse Lebouis
75014 Paris
Du mardi au dimanchede 13h00 à 18h30,  le samedi de 11h00 à 18h45, nocturne le mercredi jusqu’à 20h30.


Illustrations:
1) République démocratique du Congo, 2008
2) Demba's map, République démocratique du Congo, 2008

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vendredi 15 mai 2009

(Livres) 84, Charing Cross Road de Helene Hanff

(A D., pour m'avoir fait découvrir ce livre)

Cela doit être bien la troisième fois que je réouvre ce livre et que je le relis encore avec toujours autant de plaisir. Un petit livre, un rien du tout - même pas un roman, mais un recueil de lettres, des vraies lettres écrites par de vrais gens, un document historique, si l'on veut. Seulement voilà, 84, Charing Cross Road est devenu un livre culte des deux côtés de l'océan Atlantique. Récemment traduit en français, il est enfin accessible à tous les amateurs de livres de l'Hexagone!

Ce livre me replonge dans l'époque où, petite, je collectionnais les livres de la Comtesse de Ségur dans la collection de la Bibliothèque Rose. J'essayais toujours de dégotter des exemplaires « d'avant la Révolution », ça leur conférait une saveur si mystérieuse, d'appartenir à ce monde disparu où les comtesses étaient russes et écrivaient pour des petites filles françaises qui lisaient ces beaux livres rouges avec des pages dorées en baissant leurs têtes blondes sur les pages couvertes de dessins ; ou pour des petits garçons, qui – les nigauds! - s'amusaient à colorier lesdits dessins. Je relis, pour une énième fois, le passage suivant: « … je n'ai jamais vu un livre aussi beau. Je me sens vaguement coupable d'en être le propriétaire. Un livre comme ça, avec sa reliure en cuir luisant, ses titres dorés au fers, ses caractères superbes, serait à sa place dans la bibliothèque lambrissée de pin d'un manoir anglais; on ne devrait le lire qu'assis dans un élégant fauteuil en cuir, au coin du feu – pas sur un divan d'occasion dans un petit studio minable donnant sur la rue et situé dans un immeuble en grès brun délabré. »

Je sais qu'en France, cela fait longtemps que les livres de poches ont remplacé les Livres (les vrais, avec une couverture « dure », qui s'ouvrent d'eux-mêmes sur la page que vous souhaitez et y restent ouverts, et qui gardent le même aspect quarante ans plus tard...) Peu de gens peuvent s'offrir les éditions de La Pléïade, ou alors seulement leurs auteurs préférés, et encore, seulement s'ils les trouvent d'occasion, des exemplaires en bon état, comme au marché des livres du parc Georges Brassens! Voilà, voilà ce qui nous rapproche de cet univers unique de 84, Charing Cross Road – et de cette époque où acheter un livre était un acte longuement réfléchi, savouré à l'avance, lorsque acheter un livre était toute une affaire – se préparer, prendre l'argent qu'il faut en espèces, plus de l'argent pour prendre un café ; aller, flâner dans les allées en retardant autant que l'on peut la découverte du livre convoité. Le survoler d'un regard indifférent, se pencher, feuilleter quelques pages, remarquer discrètement le prix, vérifier dans sa poche qu'on a assez d'argent... et devenir enfin l'heureux possesseur d'un volume de la Pléïade!

Tout commence par une petite annonce dans le Saturday Review of Literature (et l'on pense tout de suite à ces temps merveilleux où les samedis étaient consacrés à la lecture...): « librairie Marks & Co, 84, Charing Cross Road à Londres, libraire en livres anciens spécialisée dans les livres épuisés. »

« L'expression « libraires en livres anciens » m'effraie un peu parce que, pour moi, « anciens » est synonyme de « chers ». Je suis un écrivain sans fortune mais j'aime les livres anciens et tous ceux que je voudrais avoir sont introuvables ici, en Amérique (...) Si vous avez des exemplaires d'occasion en bon état des ouvrages figurant sur la liste, à moins de 5 dollars pièce, pourriez-vous avoir la bonté de considérer la présente comme une commande et me les faire parvenir? »

Ce courrier simple sera le début d'une amitié transatlantique longue de vingt ans, et d'un livre auquel les amateurs de livres du monde entier vouent depuis une admiration sans bornes.

Ces ouvrages épuisés que recherche Helene, écrivaine new-yorkaise sans fortune, sont autant d'îles perdues dont nous n'avons guère entendu parler. Les personnages de 84, Charing Cross Road, en revanche, les connaissent et en parlent amour, passion, en tournent les pages avec fébrilité et respect (« moi qui ai toujours eu l'habitude du papier trop blanc et des couvertures raides et cartonnées des livres américains, je ne savais pas que toucher un livre pouvait donner tant de joie »), mais en parlent aussi comme si c’étaient des choses du quotidien, tant c’est banal de vouloir un recueil de poèmes puisque le printemps arrive.

Au détour d'une lettre, un post scriptum qui préfigure le glissement de la relation du domaine commercial vers le domaine privé: « J'espère que « madame » n'a pas le même sens chez vous que chez nous. » Tout y est: le clin d'œil, l'humour, - comme ce regard qu'échangent, par hasard, deux personnes qui ne se connaissent pas mais qu'un même objet, une même réplique (ou simplement une petite vieille, habitée en rose, avec un caniche qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau) ont fait sourire au même moment. On lève les yeux, les lèvres touchées par le sourire – et on se trouve face à l'autre, les coins des lèvres relevés, le regard amusé à la fois par l'objet de sa gaieté et par le fait que ce même objet ait pu provoquer la même réaction chez un inconnu.

De fil en aiguille, les clins d'œil se multiplient... et on découvre d'abord Helene, son caractère indomptable (voilà qui aurait fait une bonne Catherine dans La Mégère apprivoisée) et son humour tranchant et franc, à l'américaine. Marks&Co lui demande : « … nous serions beaucoup plus tranquilles si, par la suite, vous nous envoyiez vos versements par mandat postal: ce serait beaucoup plus sûr pour vous que de confier des dollars en billets à la poste. » Helene rétorque immédiatement: « Je joins 4 dollars pour payer les 3,88 dollars que je vous dois, offrez-vous un café avec les 12 cents restants. Il n'y a pas de bureau de poste près de chez moi et je ne vais pas courir au diable vauvert, jusqu'à Rockefeller Plaza, et faire la queue pour faire un mandat de 3 dollars 88 cents. Si j'attends d'avoir un autre motif pour y aller, je n'aurai plus les 3,88 dollars. J'ai une confiance absolue dans la poste américaine et dans le service postal de Sa Majesté. » Le mystérieux (pour l'instant) « FDP p/o Marks&Co » répond, avec « cette réserve britannique si caractéristique »: « Vos quatre dollars nous sont bien parvenus et nous avons porté les 12 cents au crédit de votre compte ». Peut-on percer l'armure de politesse forgée par des siècles de pratique commerciale?

On peut. La veille de Noël 1949, en pleine Londres d'après-guerre où la nourriture est un produit de luxe, les employés de Marks & Co reçoivent un colis. C'est Helene. « Brian m'a dit que chez vous le rationnement existait encore (60 grammes de viande par semaine et par famille et un œuf par personne et par mois), c'est absolument épouvantable. Il a un catalogue d'une société britannique implantée ici, qui livre par avion de la nourriture en provenance du Danemark à sa mère, en Angleterre. Alors j'envoie un petit cadeau de Noël à Marks & Co. ... ». Un jambon de six livres fait donc le voyage de Copenhague à Londres. « M.Marks et M.Cohen ont insisté pour que nous la répartissions entre nous sans en offrir aux « patrons ». (…) C'est vraiment très gentil et très généreux de votre part de penser à nous comme ça et nous vous sommes tous extrêmement reconnaissants. » Quelle joie d'imaginer ces quelques employés d'une minuscule librairie londonienne partageant, avec une honnêteté d'un autre temps, le cadeau inespéré!

S'enchaîne ensuite une relation « Panem et circem »: des livres introuvables à New York font leur chemin à travers l'océan, les œufs, les collants en nylon, la viande fraîche, pas vus à Londres depuis le début de la guerre, font le chemin inverse. Une relation aux bases solides, donc, mais non exempte de heurts et de coups de gueule, comme toute vraie relation (et Helene est un maître ès coups de gueules!):
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Eh, Frank Doel, qu'est-ce que vous FAITES là-bas? RIEN du tout, vous restez juste assis à ne RIEN faire.


Où est Leigh Hunt? Où est l'Anthologie d'Oxford de la poésie anglaise? Où est la Vulgate e ce bon vieux fou de John Henry? (…)


vous me laissez tomber, et j'en suis réduite à écrire des notes interminables dans les marges de livres qui ne sont même pas à moi mais à la bibliothèque. (…)


Je me suis arrangée avec le lapin de Pâques pour qu'il vous apporte un Oeuf, mais quand il arrivera chez vous il découvrira que vous êtes morts d'Apathie.


Avec le printemps qui arrive, j'exige un livre de poèmes d'amour. Pas Keats ou Shelley, envoyez-moi des poètes qui peuvent parler d'amour sans pleurnicher – Wyatt ou Jonson ou autre, trouvez vous-même. Mais si possible un joli livre, assez petit pour que je le glisse dans la poche de mon pantalon pour l'emporter à Central Park.


Allez, restez pas là assis! Cherchez-le! Bon sang, on se demande comment cette boutique existe encore. »

Une relation qui bientôt se transforme en un dialogue à plusieurs voix: chaque employé de Marks & Co apporte sa touche. « Nous adorons tous vos lettres et essayons d'imaginer à quoi vous ressemblez. J'ai décidé que vous étiez jeune, très raffinée et élégante. Le vieux M.Martin pense que vous devez avoir l'air intellectuel en dépit de votre merveilleux sens de l'humour. Vous ne pourriez pas nous envoyer une petite photo? Ça nous ferait vraiment plaisir de l'avoir. »

On partage les envies – de visiter Londres un jour, d'acheter une voiture pour partir en vacances avec la famille, de réussir un pudding… On partage même les voisins et les parents dont on a l'impression de tout savoir sans les avoir jamais rencontrés. On traverse ensemble la maladie et la mort, on se réjouit pour les succès des uns et des autres et l'on parvient à imaginer que, quelque part, 84 Charing Cross Road, on a une famille, une flopée de bons cousins qui n'attendent que votre arrivée pour vous faire la fête et vous entraîner dans des discussions infinies et passionnées.

Aujourd'hui, 84, Charing Cross Road est devenu un Pizza Hut, tous les personnages ont disparu, mais le mythe de la petite boutique vit encore... Le seul moyen de s'y plonger, c'est de lire le livre, et j'envie d'avance ceux qui le découvriront pour la première fois!

Illustrations:
1) La devanture de Marks & Co, prise en photo par Alec Bolton en 1969
2) Une scène de la pièce tirée du livre
3) L'intérieur de Marks & Co
4) Un reçu de paiement signé par Franck Doel, 1936

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mercredi 13 mai 2009

Hitchcock meets Warhol, ou Sommes-nous assez superficiels?

"Death by bananas" (Morte de bananes) est une extraordinaire photo de Daniela Edburg, très "Hitchock rencontre Warhol", sur laquelle je suis tombée aujourd'hui et qui, au gré de mes diverses lectures, m'amène à me poser la question suivante: la société de consommation a-t-elle un fond?

Daniela Edburg (née en 1975) est une photographe américaine née à Houston qui a grandi au Mexique. Sa série "Drop Dead Gorgeous" (une sorte de "Chic Raide Mort", si l'on veut) est une réflexion surprenante sur le rapport ambigü que les femmes entretiennent avec la nourriture (plus spécifiquement, avec les aliments dénommés "les cochonneries", also known as "les bombes caloriques") et les produits de beauté.

"Je pense que je suis quelqu'un de compulsif. Ce qui me fait plaisir devient, un instant plus tard,la cause d'un sentiment de culpabilité. Je suis surprise de voir à quel point j'aime les produits que je consomme, mais, si on arrête d'y penser pendant une seconde, c'est absurde. Mais on ne peut pas arrêter. Il ne s'agit que de notre propre côté obscur. La faute n'est pas au gâteau. Il ne s'agit pas de produits, mais de la relation d'amour-haine que l'on entretient avec eux. Lorsque vous regardez un paquet d'Oreos, tout neuf, brillant et séduisant, tout n'est que promesse de douceur et de plaisir, et puis vous l'ouvrez et le mangez, et vous restez avec un mal de ventre, des miettes et un emballage froissé bon pour la poubelle." (lire l'interview dans son intégralité ici (en anglais)).

Ses premiers travaux lui ont été inspirés par ses tableaux préférés (comme "Death by shampoo", une reconstitution de la Mort de Marat, ou « Death by Bananas » ci-dessus, inspirée par « Les Oiseaux » de Hitchcock), puis Daniela Edburg s'est orientée vers la pure mise en scène.Si, à la longue, cette passion morbide pour la mort peut lasser, on ne peut lui nier l'intérêt de sa démarche... d'autant plus que la photographe nous cite Jean Baudrillard: "Je crois que Baudrillard a dit que l'on séduisait avec nos faiblesses. Et quand sommes-nous plus faibles que lorsque nous sommes en train de perdre la vie?"(il dit en effet que l'on séduit en étant fragilisé, jamais en envoyant des signes d'un pouvoir fort: "Séduire c'est défaillir").

Ce qu’a apporté Baudrillard au concept de la séduction, c’est surtout le concept d’abîme superficiel : « Baudrillard utilise le mot « superficiel » pour accentuer le fait que la séduction fonctionne le mieux lorsqu’elle fait intervenir l’apparence, la surface, le saillant. Ce qui séduit, en d’autres termes, ce serait le clinquant, le brillant le luisant, l’étincelant (…) , cet « abîme superficiel » porteur d’une sorte de magie et d’amusement. L’abîme superficiel évoque le face-à-face des miroirs dont les reflets se renvoient à l’infini. Abîme, parce qu’il n’y a pas de fond, parce qu’on n’arrive jamais à une réalité ou à une vérité qui tiendrait lieu de socle, de point d’appui. » (dans "Enseigner et séduire" de Gauthier Clermont)


Et voici que je tombe sur la publicité du prochain débat public "Télérama" au Théâtre du Rond-Point sur le thème "Sommes-nous assez superficiels?" où des personnalités aussi ambigües comme Arielle Dombasle ou Catherine Millet accompagnées d'un psy (il faut bien) tenteront de répondre à la question qui est de savoir si elles sont, oui ou non, assez superficielles. La superficialité serait-elle plus profonde qu'il n'y paraît - et, finalement, est-ce que Jeannot (pas d'Ormesson, Baudrillard, hein) avait raison? Et, encore plus loin, BHL a-t-il eu raison en voyant autre chose dans Arielle Dombasle que l'incarnation de la superficialité? Arielle Dombasle qui, jeune, fut un talent prometteur, à défaut de devenir quelqu'un, est devenue quelque chose: BHL a-t-il été philosophe jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à avoir épousé un concept?


Illustrations:
1) Death by Bananas, 2005 (Morte de Bananes)
2) Death by Cotton Candy, 2006 (Morte de Barbe à Papa)
3) Death by Oreo, 2006 (Morte d'Oreos)

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jeudi 7 mai 2009

De l'importance d'être constant

Ce matin, je lisais le Télérama fraîchement reçu (je lis aussi d'autres choses) (même des livres) - et je suis tombée sur l'article "Le match des jeunes pianistes" qui, pour une raison que j'ignore, faisait partie de la rubrique Zen. Avouons que, dans une ambiance de décrépitude de la culture où chacun doit se battre pour conquérir le public, l'ambiance est loin d'être zen...

Mais la question du jour n'est pas de savoir s'il faut rester zen devant la bataille entre Jean-Frédéric Neuberger (beaucoup plus beau) et Bertrand Chamayou (plus connu car couronné aux Victoires de la musique)(mais Jean-Frédéric est quand même plus beau). Une toute autre question m'est venue en lisant ceci: "Dissipé, boulimique, il étudie l'orgue, le piano et la composition". Jean-Frédéric Neuburger (qui a, certes, encore tout à prouver mais qui a déjà prouvé tant de choses) est qualifié de "dissipé" et de "boulimique" dans la même phrase où est épinglé son goût volage... Ce n'était sans doute pas l'intention de la journaliste, mais c'est un choix de mots curieux qui m'amène à faire ce petit billet sur l'importance d'être constant.

Plus tard dans l'après-midi, je discutais avec un sénateur russophile dans la fameuse salles des Conférences aussi chargée en dorures que la cuisine du sud-ouest en foie gras (pour les envieux, voici une visite virtuelle). Le sénateur en question me parla d'un ami russe, prof de droit et président d'un club de football, et s'est émerveillé devant cette transversalité toute russe. En effet, les Russes ont souvent plusieurs passions n'ayant aucun lien entre elles, comme cet ami à moi (il n'y a pas que les sénateurs qui ont des amis transversaux) dont je ne me lasse pas de citer l'exemple: chanteur d'un groupe de rock, K. travaille pour une compagnie de vente de logiciels pour l'aéronautique pour laquelle il a gagné un contrat de plusieurs millions de dollars, il est également un photographe prometteur, et, dans ses heures perdues, travaille sur une thèse portant sur un point ultra-précis de la théorie de la relativité et ses implications sur machin bidule. Parfois, il est aussi acteur, ou alors un neveu attentif qui chante des romances à l'anniversaire de sa tante de sa jolie voix de baryton.

Et il est loin d'être un cas isolé: en Russie, il n'y a pas de cloison entre le développement personnel et professionnel, ni entre les domaines de spécialisations possibles. On a un rêve, et on en fait son métier, et puis on change de rêve, et on change de métier, ou alors on ne rêve plus... En France, en revanche, on est censé être spécialisé dans un seul domaine depuis la naissance et surtout surtout ne pas changer de voie (le contraire fait penser que l'on ne sait pas ce qu'on veut)! Un jour, le conseiller du rédacteur en chef d'un magazine de musique classique m'a dit d'un air étonné: "J'ai lu votre CV, et j'ai remarqué que vous avez fait pratiquement plus d'autres choses que de la musique!" (accessoirement, il m'avait aussi mentionné que l'on "n'apprenait rien à Sciences Po")(mais je continue à me dire que c'est parce qu'il n'y avait pas été pris).

Même si, ce matin, Neuberger a gagné le match des jeunes pianistes dans Télérama (en avance d'un point devant Chamayou), je suis loin d'être rassurée. Cela faisait quelque temps que j'avais ainsi formulé la différence entre le marché du travail français et américain: en France, on est embauché pour ce que l'on a fait, aux Etats-Unis, pour ce que l'on est capable de faire. Mais de là à en trouver des échos dans l'antre de l'élite culturelle, la lagune des esprits libres qu'est le Télérama... C'est dire si la France récuse le changement! Les esprits sont peut-être moins libres dans le supplément "Sortir". Mais je ne peux m'empêcher de me demander: pourquoi un avocat ne peut-il espérer obtenir un poste dans les ressources humaines? Pourquoi un financier ne peut-il devenir critique de cinéma? Pourquoi, en France, il n'y a qu'un seul chemin qui mène à Rome?

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lundi 4 mai 2009

Le sens de la vie pour 9,99$ de Tatia Rosenthal et Edgar Keret

Combien sommes-nous prêts à payer pour découvrir le sens de la vie ? 9,99 dollars pour Dave Peck, le héros du film Le sens de la vie pour $9,99. 10,10€ pour un cinéphile. Aucun des deux ne découvrira le sens de la vie, mais l’un aura aidé un magicien endetté, et l’autre aura passé… et bien, tout simplement, un bon moment.

Soit un immeuble (presque) comme les autres, situé à Tel Aviv – non, à Sydney (le grand financier du film est australien) – mais non, ça a vraiment l’air de Tel Aviv – et puis non, ce n’est pas important car tout cela est pour de faux - Le sens de la vie pour 9,99 est bien sûr une allégorie… Chacun des habitants de l’immeuble représente un trait de caractère d’une personne (vous ? moi ?) – le grincheux, l’amoureux, l’enfantin, le sensuel, le désespéré, l’optimiste… Tous ces personnages vivent une vie ordinaire dont le quotidien loufoque donne naissance à toutes sortes de créatures et idées absurdes.


On qualifie souvent le style d'Edgar Keret d’absurde – et il est vrai que ce mot est le premier à venir lorsqu’on découvre ses nouvelles. Pourtant, il appartient davantage au courant du réalisme magique (courant littéraire né en Amérique Latine dans les années 1920, dont le représentant le plus connu est sans doute Gabriel García Márquez). Des éléments surnaturels y prennent source dans un environnement réaliste, situations réelles et défauts humains sont poussés à l’absurde, la géographie est souvent incertaine et la narration prend forme de parabole.

Je vous avais déjà parlé d’Edgar Keret au sujet de son premier film, Les Méduses, que j’avais adoré. Depuis, ma passion pour cet auteur s’est un peu refroidie (j’avais lu d'une traite quelques une de ses nouvelles et ça m’avait donné envie de me tirer une balle, je n’ai plus repris le livre) face à une tristesse particulièrement sans-issue de sa prose. Il n’empêche qu’Edgar Keret parvient, à chaque fois, à créer un univers particulier, qui lui est propre mais dans lequel on se reconnaît facilement… un univers poétique et drôle – et y en a-t-il un meilleur ?

Le sens de la vie pour 9,99 est un film stop-motion (des personnages en pâte à modeler immobiles sont photographiés dans différentes poses, la somme de ses images est leur mouvement), et la performance de la réalisatrice (Tatia Rosenthal) et de toute l'équipe est absolument fabuleuse - et elle frappe presque plus dans les paysages (Tel Aviv de jour...) que dans la réalisation des personnages. On ne pourrait leur reprocher qu'un certain manque de luminosité qui confère au film un goût très lourd dans lequel on a vite l'impression de se noyer. Les quelquse moments "filmés" en extérieurs sont des moments de joie que l'on a envie de ressentir de nouveau, mais l'intrigue nous ramène très vite dans les couloirs sombres de l'immeuble.


Le meilleur, cela reste quand même la scène d’ouverture, avec cet immeuble Bauhaus d’un blanc immaculé dont les fenêtres s’allument tour à tour jusqu’à ce qu’il fasse jour, aux sons de la merveilleuse bande son du new-yorkais Christopher Bowen qui avait déjà réalisé la musique des Méduses.

A voir au cinéma ou en DVD (si celui-ci sort, croisons les doigts!)
A lire: l'entretien avec Tatia Rosenthal et Edgar Keret ici.

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lundi 27 avril 2009

(Resto) Un brunch chez Mariage Frères... luxe, calme et gourmandise!

C'est lundi, et je suis toujours d'humeur à bruncher, c'est dire que je n'ai pas fait le deuil du week-end. Ou peut-être parce que, en temps de pluie, on a toujours envie de quelque chose de doux? Or, bien que j'aie écumé plusieurs expos (dont la dernière, Oublier Rodin, n'était pas mal du tout) et films (ne ratez surtout par Dans la brume électrique), ce n'est pas là que je retrouverai la sensation que procurent les merveilleux scones de chez Mariage Frères. Oui, enfin! Enfin, j'en parle. Depuis tant de temps, je mentionne Mariage Frères comme une sorte d'étalon - que ce soit pour leurs thés, leurs scones, leurs œufs brouillés, leurs costumes en lin... et jamais je ne leur ai consacré de billet. Que justice soit faite à Mariage Frères, car il n'est point de meilleur brunch à Paris.

Comme le site de Mariage Frères est fait entièrement en flash, vous ne trouverez jamais leur menu en passant par Google, donc je vous en mets une copie ici (menu brunch Mariage Frères Etoile - le seul que j'aie essayé).


© Mariage Frères


Les seuls que je vous conseille vraiment, c'est le Classique et le Zen icône - les autres sont tellement raffinés que l'estomac endimanché les perçoit tout simplement comme déplacés (le jour où j'ai essayé un tartare de saumon, je crois, aaaaaah).
Le sentiment très agréable que personne n'essaye de vous avoir: le jus d'orange est une vraie orange pressée, pas de concentré, pas d'eau, le beurre, les confitures, le thé sont des champions ou, au moins, des diplômés chacun dans sa catégorie. Les scones, avec du beurre qui fond dessus, j'ai bien l'impression de n'avoir jamais mangé quelque chose d'aussi bon!

Pour ce qui est des pâtisseries du chariot colonial, en général, on est rassassié avant de les choisir... dans ce cas, choisissez-en une que vous pourrez prendre à emporter! (demandez de l'aide au serveur, il vous indiquera quels desserts peuvent être emportés, ils n'ont pas de contenants pour chacun d'entre eux).

Le brunch chez Mariage Frères est aussi une occasion pour goûter de nouveaux thés - que vous aurez le loisir de choisir dans le livre des thés apporté avec le menu. Si vous hésitez, demandez au serveur, ils sont généralement de bon conseil. Pour ma part, voici mes préférés : dans les verts, Un Thé à l’Opéra ; dans les rouges, Marco Polo et Un Thé au Sahara, dans les noirs, le Earl Grey French Blue et le Russian Breakfast.

Enfin, pour ceux qui ne connaissent pas Mariage Frères, l'ambiance sera "un peu surfaite" pour certains, "délicieusement surannée" pour d'autres: tout, du décor aux costumes en lin des serveurs, est fait dans le style colonial. Il n'y a pas un bruit, juste un peu de musique (souvent de l'opéra), des éclats de voix et le tintement des cuillères. Et - last but not least - je n'ai jamais eu de problème pour avoir de la place, il y en a toujours - peut-être parce que le salon de thé de l'Etoile est moins connu des parisiens. A comparer à la queue de quinze personnes devant le Loir dans la théière... Corrigez-moi si je me trompe, mais je crois que le Mariage Frères du Marais est tout aussi prisé, à éviter donc, surtout le dimanche.

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mardi 21 avril 2009

Youri Boychenko, le candidat de l’ombre de la diplomatie russe

Qui est Youri Boychenko ? Ce nom ne vous disait rien il y a encore trois jours. Aujourd’hui, les médias européens chantent les louanges de ce diplomate russe sorti de l’ombre en février dernier, lorsque, au bout de trois ans de travaux préparatoires, le Durban II s’était trouvé au pied du mur. Boychenko endosse alors le rôle de « facilitateur » - alors que personne n’y croit.

Lui-même justifie sa décision par la volonté de « montrer qu’un diplomate cela peut encore servir à quelque chose » et ajoute qu’il le fait aussi « pour le fun ». « Pour le fun », voici une expression que l’on n’attendait pas d’un diplomate russe « formé au KGB »* et qui devrait être doté, comme tout diplomate russe, d’une langue de bois aussi rigide que ses positions.

En un mois, il « nettoie » le texte à l’aide d’une Belge, d’un Norvégien et d’un Egyptien et en présente un projet finalement acceptable pour tout le monde. «N’est ce pas magnifique de voir la Russie porter à bout de bras une conférence sur les droits de l’homme ?»,souligne-t-il avec humour à Marc Semo, l’envoyé spécial du Libé. Celui-ci ne lésine pas sur les compliments : « Ce grand brun au sourire charmeur est le sauveur de Durban II ».**

Les droits de l’homme ne sont guère le point fort de la Russie actuelle, et pourtant, ce « numéro deux à l’ambassade russe » se spécialise justement là-dedans.Diplômé de la faculté de Droit international de MGIMO (la célèbre école de relations internationale, l’établissement le plus prestigieux de Russie), il travaille dès 1989 au Département de Coopération humanitaire et des droits de l’homme du Ministère des Affaires Etrangères de Russie, participe pendant plus de dix ans à la commission des Nations Unies pour les Droits de l’homme, collabore à l’élaboration de la Déclaration des droits des peuples indigènes. Premier secrétaire de la mission permanente de Russie à l’ONU.

A quoi est dû ce succès inespéré obtenu par Boychenko ? Selon certains, son grand atout fut avant tout le fait d’être russe… car il n’appartenait à aucun des blocs qui s’étaient formés lors des négociations (i.e. les pays musulmans modérés, ceux non-modérés, les pays africains, les pays européens appelant à boycotter, etc.) – de plus, en tant que russe, il ne pouvait être suspecté de soutenir la position américaine. Mais encore ? Est-ce un signe de « dégel » de la diplomatie russe qui, pour une fois, se dévoue pour sauver un projet qui ne la vise pas directement ? Est-ce un signe qu’un nouveau type de diplomates est enfin apparu en Russie et qu’il peut être « exporté » avec succès dans les institutions internationales ? On dit que Boychenko lorgne du côté des organisations internationales de Genève… Aujourd’hui, ses recherches ont toutes les chances d’aboutir.

PS : à ce sujet, comment traduiriez-vous l’excellente expression anglaise « dark horse » ? (i.e. le candidat « de l’ombre » sur lequel personne ne misait mais qui finit par gagner la course, employé pour les chevaux et les candidats politiques).
PPS : ce succès ne change bien sûr rien au discours calamiteux prononcé par le président iranien dont je ne parle pas ici car c’est hors sujet.

* Greta Chevrier dans le blog de Malka Marcovitch
**Libération, 20 avril 2009

Illustration: (c) www.hoover.org

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lundi 20 avril 2009

(Resto) Un brunch aux Editeurs

Une amie new-yorkaise - parisienne depuis un an - ne cessait de s'étonner devant les brunchs parisiens. Au "Loir dans la théière": "Comment, des tartes pour le brunch?" Chez Ladurée: "Comment, un dessert pour terminer???" En effet, le brunch en France est une forme hybride qui n'a plus rien à voir avec l'original à part l'heure à laquelle il est consommé. Contrairement aux idées préconçues, le brunch n'est pas une contraction du petit-déjeuner et du déjeuner (cela n'est vrai que du point de vue linguistique): on ne peut donc pas servir des viennoiseries avec du jus d'orange, et puis un plat salé suivi d'un dessert. Même les Américains trouvent que c'est trop, et c'est une nation qui fabrique des croissants trois fois plus gros qu'ici. D'habitude, il est vrai, le brunch à Paris est trop copieux, trop sucré - vous sortez de la table à quatre pattes et rampez faire une sieste de quatre heures.

Confuse pour la gastronomie nationale, je me suis donc lancée à la recherche d'un bon brunch à Paris. De celui chez Mariage Frères, incontestablement le plus raffiné (mais un tartare de saumon pour brunch?), à celui de Ladurée (vraiment trop copieux et trop sucré), de celui au Réservoir (tout simplement pas bon) à celui chez Marcab, étonnant (du poulet tandoori pour brunch?), la recherche fut laborieuse mais ponctuée de bonnes trouvailles gourmandes.


Les Editeurs est une institution du 6e arrondissement: à deux pas des foules qui font la queue pour voir Ponyo sur la falaise se trouve un havre de paix et de littérature. Ambiance feutrée, étagères de livres, deux étages de conversations à demi-ton, de lumière tamisée digne d'une bibliothèque du siècle dernier... Que ne faut-il pour se sentir un homme de lettres? Mais revenons-en au brunch!

Menu: boisson chaude au choix, "corbeille du boulanger" (viennoiserie, pain baguette, pain de campagne bio, pain de mie toasté, beurre,confiture), jus de fruits frais pressés, œufs brouillés&petite salade de saumon mariné, fromage blanc au miel & sésame, salade de fruits frais. Prix: 25€. Les œufs brouillés sont délicieux (même s'ils ne valent pas ceux de chez Mariage Frères), la salade, bonne et fraîche (on a un peu de mal à la mélanger dans le bol, mais ne chipotons pas), et le meilleur, c'est le fromage blanc, absolument exquis. Ce n'est sans doute pas le "vrai" brunch américain, mais c'est une honnête variante française qui se défend! On sort rassasié mais encore capable de marcher; le fromage blanc et la salade de fruits sont une parfaite alternative au dessert (qui serait vraiment de trop vu les viennoiseries).

Verdict: un brunch de grande qualité, un service sympathique et irréprochable, un quartier fait pour vos dimanches... Que demander de plus?
Si, néanmoins, vous êtes encore à la recherche d'un vrai brunch américain, il y a trois endroits où vous pourrez peut-être l'obtenir (et qu'il me reste à tester):


Le Coffee Parisien  (4, rue Princesse, Paris 6ème. Métro Mabillon) où vous pourrez goûter le bagel au cream cheese avec du lox (une sorte de saumon fumé);
Laura Todd  (81 avenue de Breteuil Paris 15ème, métro Ecole Militaire ou Cambronne) - pour un brunch 100% bio;
Breakfast in America  (4 rue Malher, Paris 4ème et 17 rue des Ecoles, Paris 5ème) avec un bon choix d'oeufs et des pancakes.

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mercredi 15 avril 2009

(Photo) Anna Kharina, ou comment écouter une photo?

Anna Kharina est la reine des textures, du rugueux et du soyeux, du flou et du net, du rêche, du doux, du lisse, du vaporeux... Sur ses photos, au-delà de la perfection des lignes (regardez ce menton qu'aucune miss monde préfabriquée ne puisse atteindre) et de la dynamique des éléments, on est envahi par un vif sentiment du monde réel. N'avez-vous pas l'impression de toucher cette natte, de sentir le crissement des cheveux sous les doigts, de sentir un vent léger qui refroidit ce visage...

Curieusement pour des photographies, celles d'Anna Kharina exploitent le toucher et l'ouïe avant presque que le regard se pose sur le cliché. D'ailleurs, la composition même de la photo - la main, les yeux fermés nous l'indiquent: "Entendez-vous? Ecoutez..." semble nous dire la jeune fille. Et - sa bouche est entrouverte (contrairement au fameux trio des singes de la sagesse): "J'entends, je sens et je le dis".


Voici une autre photo sur le même thème, en couleur cette fois-ci: le travail sur le grain de la peau est absolument remarquable, relevé par le reflet humide des lèvres: une pétale de rose dans un bol de lait (cliquez dessus pour voir la photo en grand).Va-t-elle sourire?

Adepte du moyen format, Anna Kharina trouve toujours un cadrage parfait pour remplir de sens ce petit carré 6x6cm que la pellicule lui laisse pour exprimer une idée.Que ce soit en noir et blanc ou en couleur, ses photos sont des aimants pour le regard: tantôt le regard se fixe sur un détail savamment mis en avant, tantôt il se perd dans un horizon non moins savamment orchestré, comme sur cette photo-ci:

La Mer d'Azov, Taganrog. Lorsqu'on vous dit "mer", on pense "bleu", "vagues", "vent", "sable"... Loin des clichés, c'est une route vers "la vie en rose" qu'Anna Kharina met en scène, en rendant admirablement la nuance que prend la neige lorsque le soleil matinal se pose dessus en hiver.

Tous ceux qui ont fait leurs études en France ont déjà entendu la fameuse phrase sur les eskimos qui ont 33 (ou plus?) mots différents pour dire "neige". Il y en a certainement beaucoup moins en russe (dix? quinze?), mais cela reste d'une richesse inouïe pour l'oeil et l'oreille des français qui ne voient la neige qu'une semaine par an. Ici, étrangement, cette mer d'Azov me fait penser à la "route de la vie" sur le lac de Ladoga enneigé qui avait sauvé tant de vies pendant le blocus de Leningrad (à ce sujet, lisez La vie d'un homme inconnu d'Andreï Makine) - ça doit être l'influence de mes lectures du moment.


Je garde ma photo préférée pour la fin: elle va sans doute vous surprendre. A la frontière entre le noir et blanc et la couleur, l'objet et le non-objet, ce n'est qu'une nature morte... Un verre de lait sur un rebord de fenêtre, quoi de plus simple? Mais essayez de le prendre en photo - comment rendre la photo intéressante? Comment rendre le goût du lait dans une photo? Comment évoquer cette enfance où le lait avait du goût et les verres, des facettes? Où le rebord de fenêtre était un endroit où bouquiner et observer la vie dans la cour? Anna Kharina sait le faire. Et pour cela, je ne peux que l'admirer.

Pour en savoir plus: voir la galerie d'Anna Kharina sur Flickr.

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