Youri Boychenko, le candidat de l’ombre de la diplomatie russe | Une Russe à Paris
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mardi 21 avril 2009

Youri Boychenko, le candidat de l’ombre de la diplomatie russe

Qui est Youri Boychenko ? Ce nom ne vous disait rien il y a encore trois jours. Aujourd’hui, les médias européens chantent les louanges de ce diplomate russe sorti de l’ombre en février dernier, lorsque, au bout de trois ans de travaux préparatoires, le Durban II s’était trouvé au pied du mur. Boychenko endosse alors le rôle de « facilitateur » - alors que personne n’y croit.

Lui-même justifie sa décision par la volonté de « montrer qu’un diplomate cela peut encore servir à quelque chose » et ajoute qu’il le fait aussi « pour le fun ». « Pour le fun », voici une expression que l’on n’attendait pas d’un diplomate russe « formé au KGB »* et qui devrait être doté, comme tout diplomate russe, d’une langue de bois aussi rigide que ses positions.

En un mois, il « nettoie » le texte à l’aide d’une Belge, d’un Norvégien et d’un Egyptien et en présente un projet finalement acceptable pour tout le monde. «N’est ce pas magnifique de voir la Russie porter à bout de bras une conférence sur les droits de l’homme ?»,souligne-t-il avec humour à Marc Semo, l’envoyé spécial du Libé. Celui-ci ne lésine pas sur les compliments : « Ce grand brun au sourire charmeur est le sauveur de Durban II ».**

Les droits de l’homme ne sont guère le point fort de la Russie actuelle, et pourtant, ce « numéro deux à l’ambassade russe » se spécialise justement là-dedans.Diplômé de la faculté de Droit international de MGIMO (la célèbre école de relations internationale, l’établissement le plus prestigieux de Russie), il travaille dès 1989 au Département de Coopération humanitaire et des droits de l’homme du Ministère des Affaires Etrangères de Russie, participe pendant plus de dix ans à la commission des Nations Unies pour les Droits de l’homme, collabore à l’élaboration de la Déclaration des droits des peuples indigènes. Premier secrétaire de la mission permanente de Russie à l’ONU.

A quoi est dû ce succès inespéré obtenu par Boychenko ? Selon certains, son grand atout fut avant tout le fait d’être russe… car il n’appartenait à aucun des blocs qui s’étaient formés lors des négociations (i.e. les pays musulmans modérés, ceux non-modérés, les pays africains, les pays européens appelant à boycotter, etc.) – de plus, en tant que russe, il ne pouvait être suspecté de soutenir la position américaine. Mais encore ? Est-ce un signe de « dégel » de la diplomatie russe qui, pour une fois, se dévoue pour sauver un projet qui ne la vise pas directement ? Est-ce un signe qu’un nouveau type de diplomates est enfin apparu en Russie et qu’il peut être « exporté » avec succès dans les institutions internationales ? On dit que Boychenko lorgne du côté des organisations internationales de Genève… Aujourd’hui, ses recherches ont toutes les chances d’aboutir.

PS : à ce sujet, comment traduiriez-vous l’excellente expression anglaise « dark horse » ? (i.e. le candidat « de l’ombre » sur lequel personne ne misait mais qui finit par gagner la course, employé pour les chevaux et les candidats politiques).
PPS : ce succès ne change bien sûr rien au discours calamiteux prononcé par le président iranien dont je ne parle pas ici car c’est hors sujet.

* Greta Chevrier dans le blog de Malka Marcovitch
**Libération, 20 avril 2009

Illustration: (c) www.hoover.org