(Danse) Proust ou les intermittences du coeur, le ballet de Roland Petit au Palais Garnier | Une Russe à Paris
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mercredi 27 mai 2009

(Danse) Proust ou les intermittences du coeur, le ballet de Roland Petit au Palais Garnier

Hier soir, je découvrais, lors de la générale au Palais Garnier, le ballet « Proust ou les intermittences du cœur » de Roland Petit, sur les motifs de l’œuvre proustienne… Pas facile d’insérer sept volumes – et toute une vie – dans un ballet d’une heure et demie. En résulte une succession d’impressions, des scènes où des dizaines de personnages se rencontrent, se séparent, rêvent, se retrouvent, se déchirent et périssent. Comme toute création mosaïque, « Proust ou les intermittences... » (créé en 1974, entré dans le répertoire de l’Opéra de Paris en 2007) est d’une qualité inégale, où l’on aperçoit néanmoins de vrais éclats de génie, dont on ne sait pas toujours si on les doit au talent du chorégraphe ou des interprètes.

Construit sur des musiques des compositeurs appréciés par Proust, « Proust ou les intermittences… » est déjà, en soi, un voyage musical au tournant du XX siècle. De Saint-Saëns à Debussy, de César Franck à Wagner, les moments musicaux (parfois gâchés par les vents qui, bien sûr, ne peuvent pas jouer juste) nous emportent d’abord dans le « paradis proustien » - Balbec, les jeunes filles en fleur, Swann et Odette, Andrée et Albertine… pour nous faire ensuite descendre en enfer, avec Monsieur de Charlus, Morel et Saint-Loup, pour culminer dans une scène de morts-vivants baroques admirablement orchestrée. Le ballet a, certes, un peu vieilli (surtout certains duos très – trop – académiques), mais on y aperçoit encore le souffle de la création.



Comme dans le bon mot dont je ne retrouve pas l’auteur (“N’avez-vous pas peur d’aller en enfer? – Pas du tout ! J’y serai en si bonne compagnie ! »), l’enfer m’a paru plus vivant, plus réel – on y rencontre, notamment Manuel Legris dans le rôle de Monsieur de Charlus (qu’il avait déjà dansé en 2007). La seule étoile de la « vieille » génération des étoiles sur scène, Manuel Legris ne fait que révéler le manque de personnalité, de présence voire de technique des jeunes danseurs. D’ailleurs, le public ne s’y trompe pas...

L’affect et les grimaces d’Eve Grinsztajn en Odette, le manque de stabilité de Mathilde Froustey (par ailleurs charmante), le manque de présence d’Hervé Moreau et d’Isabelle Ciaravola (avis personnel, bien sûr !) me font tant regretté l’époque où ces rôles auraient pu être interprétés par Kader Belarbi, Aurélie Dupont, Agnès Letestu, Marie-Agnès Gillot… Attention, je ne suis point réfractaire au renouvellement des générations dans la troupe de l’Opéra ! Il y a six ans, je guettais, moi aussi, les apparitions de Dorothée Gilbert ou de Matthieu Ganio (depuis devenus Etoiles, et dont j’ai regretté l’absence dans la distribution d’hier soir). Simplement, je trouve que si les danseurs ont globalement une bonne technique, il leur manque souvent une dimension artistique : les duos ressemblent parfois à des exercices de gymnastique (presque) parfaitement exécutés qui manquent complètement de sens, un peu comme des gammes ou des études de Czerny face à un nocturne de Chopin. Pourquoi, lorsque que Manuel Legris nous fait comprendre, en gestes, que son cœur souffre, cela constitue un moment dramatique, alors que les « battements de cœur » de Christophe Duquenne me font penser que son personnage va vomir d’un instant à l’autre…
Cela me fait penser à une vidéo que je vous avais montrée il y a longtemps, où l’on voit Mikhaïl Barychnikov danser une chorégraphie de Benjamin Millepied. Il y a plus de sens dans le moindre mouvement de son petit doigt que dans tout le duo de Morel et de Saint-Loup (Stéphane Bullion et Florian Magnenet).

La distribution de la générale fut celle de la première. Si vous avez envie de voir ce spectacle, allez-y plutôt le 5, 6 ou 8 juin, ce qui vous permettrait d’apprécier Dorothée Gilbert, Benjamin Pech et, bien sûr, Manuel Legris. Sinon, préférez le DVD!

Une expérience à recommander surtout aux amateurs de Proust ou de Roland Petit.