Le sens de la vie pour 9,99$ de Tatia Rosenthal et Edgar Keret | Une Russe à Paris
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lundi 4 mai 2009

Le sens de la vie pour 9,99$ de Tatia Rosenthal et Edgar Keret

Combien sommes-nous prêts à payer pour découvrir le sens de la vie ? 9,99 dollars pour Dave Peck, le héros du film Le sens de la vie pour $9,99. 10,10€ pour un cinéphile. Aucun des deux ne découvrira le sens de la vie, mais l’un aura aidé un magicien endetté, et l’autre aura passé… et bien, tout simplement, un bon moment.

Soit un immeuble (presque) comme les autres, situé à Tel Aviv – non, à Sydney (le grand financier du film est australien) – mais non, ça a vraiment l’air de Tel Aviv – et puis non, ce n’est pas important car tout cela est pour de faux - Le sens de la vie pour 9,99 est bien sûr une allégorie… Chacun des habitants de l’immeuble représente un trait de caractère d’une personne (vous ? moi ?) – le grincheux, l’amoureux, l’enfantin, le sensuel, le désespéré, l’optimiste… Tous ces personnages vivent une vie ordinaire dont le quotidien loufoque donne naissance à toutes sortes de créatures et idées absurdes.


On qualifie souvent le style d'Edgar Keret d’absurde – et il est vrai que ce mot est le premier à venir lorsqu’on découvre ses nouvelles. Pourtant, il appartient davantage au courant du réalisme magique (courant littéraire né en Amérique Latine dans les années 1920, dont le représentant le plus connu est sans doute Gabriel García Márquez). Des éléments surnaturels y prennent source dans un environnement réaliste, situations réelles et défauts humains sont poussés à l’absurde, la géographie est souvent incertaine et la narration prend forme de parabole.

Je vous avais déjà parlé d’Edgar Keret au sujet de son premier film, Les Méduses, que j’avais adoré. Depuis, ma passion pour cet auteur s’est un peu refroidie (j’avais lu d'une traite quelques une de ses nouvelles et ça m’avait donné envie de me tirer une balle, je n’ai plus repris le livre) face à une tristesse particulièrement sans-issue de sa prose. Il n’empêche qu’Edgar Keret parvient, à chaque fois, à créer un univers particulier, qui lui est propre mais dans lequel on se reconnaît facilement… un univers poétique et drôle – et y en a-t-il un meilleur ?

Le sens de la vie pour 9,99 est un film stop-motion (des personnages en pâte à modeler immobiles sont photographiés dans différentes poses, la somme de ses images est leur mouvement), et la performance de la réalisatrice (Tatia Rosenthal) et de toute l'équipe est absolument fabuleuse - et elle frappe presque plus dans les paysages (Tel Aviv de jour...) que dans la réalisation des personnages. On ne pourrait leur reprocher qu'un certain manque de luminosité qui confère au film un goût très lourd dans lequel on a vite l'impression de se noyer. Les quelquse moments "filmés" en extérieurs sont des moments de joie que l'on a envie de ressentir de nouveau, mais l'intrigue nous ramène très vite dans les couloirs sombres de l'immeuble.


Le meilleur, cela reste quand même la scène d’ouverture, avec cet immeuble Bauhaus d’un blanc immaculé dont les fenêtres s’allument tour à tour jusqu’à ce qu’il fasse jour, aux sons de la merveilleuse bande son du new-yorkais Christopher Bowen qui avait déjà réalisé la musique des Méduses.

A voir au cinéma ou en DVD (si celui-ci sort, croisons les doigts!)
A lire: l'entretien avec Tatia Rosenthal et Edgar Keret ici.