Fontaine, 1917
Photo ready-made n°7/8, 1964 Urinoir en porcelaine, collection Dina Vierny. Copyright & courtesy : Succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris, 2008.
Curieuse expédition dimanche dernier: “Le Musée Maillol s’expose”. D’habitude, je ne vais au 61, rue de Grenelle que pour voir des expositions temporaires (qui, parfois, rivalisent dans leur “grand-public-ité” - ou “grand-publicitude”? - avec celles du Musée du Luxembourg - et hop, deux piques en passant!) - Magritte, Botero, Marylin… Cette fois-ci, Bertrand Lorquin, conservateur du musée, a décidé de rappeler au (grand) public que le Musée Maillol n’est pas qu’une salle d’exposition: cinq mini-expositions mettent en scène les collections permanentes du musée. “Les années Galerie”, les ready-made, les abstractionnistes, les primitivistes, le pop-art soviétique. Et Maillol, encore et toujours. Reportage.
La première partie de l’exposition, “Les années galerie”, est consacrée aux artistes favoris de Dina Vierny: Poliakoff (beaucoup, beaucoup de Serge Poliakoff, il faut aimer, et ce n’est pas mon cas), quelques sculptures intéressantes de Cornelis Zitman (dont ce “Repos au soleil” au corps-mortadelle qui devrait être exposé à l’entrée de chaque McDonalds), mais aussi Jacques Doucet, Serge Charchoune, Robert Couturier…
Les ready-made: une salle où l’on découvre que, en fait, il y a eu 3 (trois) frères Duchamp, tous artistes (vous saviez, vous?), et surtout des ready-made du frère №3, Marcel, exposés en “vide-grenier façon vol-au-vent”.
Les primitivistes - la partie qui m’a le plus intéressée, moi qui ai un grand faible pour le Douanier Rousseau et autres Pirosmani. J’y ai découvert avec grand plaisir quelques représentants de l’art naïf français dont j’ignorais absolument l’existence: Camille Bombois (admirez la belle fermière ci-contre), Séraphine Louis, René Rimbert et Louis Vivin.
Camille Bombois, 1935
Huile sur toile. 100 x 81 cm. Collection Dina Vierny. Photo: Jean-Alex Brunelle (c) ADAGP, Paris, 2008
Enfin, l**‘art soviétique**: j’avais déjà quelques connaissances en la matière, notamment grâce à l’exposition récente sur le Sots Art, ce qui m’a permis de pouvoir entrer d’emblée dans le vif du sujet et d’apprécier les oeuvres d’Oscar Rabine (dont le célèbre “Passeport” ainsi qu’une très belle installation “La porte”). Quant à la reconstruction de la cuisine communautaire d’Ilya Kabakov, j’aime beaucoup cette idée, et la réalisation est assez saisissante, bien que les personnes ne maîtrisant pas le russe ne puissent pas vraiment en profiter faute de traductions.
Je ne commenterai pas les parties consacrées aux abstractionnistes ni à Maillol (ce n’est vraiment pas ma tasse de thé), mais je salue tous les commentaires à ce sujet!
En pratique:
Le Musée Maillol 61 rue de Grenelle Métro Rue du Bac De 11h à 18h tlj sauf mardi et jours fériés Et surtout, gardez votre manteau, il fait un froid polaire là-bas!
Pourquoi retourner dans les collections permanentes
On visite Paris avec ses expositions temporaires et l’on oublie parfois ce qui fait la chair des musees: les collections permanentes, accrochees depuis des annees, qui racontent une histoire d’amour entre un collectionneur et ses oeuvres. Le musee Maillol est ne de celle de Dina Vierny avec Maillol — et c’est tout un imaginaire: un atelier, un jardin, un faubourg Saint-Germain qui n’a pas tout a fait change.
Ces mini-expositions en sont l’illustration: plutot que d’aligner les chefs-d’oeuvre, elles mettent en scene des facettes — les annees galerie, les ready-made, les primitivistes, l’art sovietique, et toujours Maillol. On y mesure combien un musee personnel peut etre plus libre qu’un grand musee national: le conservateur choisit ses envies, assume ses fantaisies, et le visiteur en herite.
