L’histoire des Wheelers
Amérique des années 1950. Un jeune couple se rencontre, se marie, se déchire, espère et se résigne. Loin des feux de la rampe auxquels rêve April, plus loin encore des rêves — si vagues — de Frank, les Wheelers déménagent dans une petite ville de banlieue aux pelouses parfaites, tombant sous le charme d’une petite maison juste à côté de la Revolutionary Road.
Juste à côté, mais pas sur la Revolutionary Road — indice subtil ou coïncidence, on devine d’emblée le destin qui attend ces rebelles ratés.
Basé sur le roman de Richard Yates, archi-connu aux États-Unis, Les Noces Rebelles est un film anti-suspense : il ne s’y passe rien, et c’est tant mieux car on peut se concentrer sur le jeu des deux acteurs principaux, auxquels Sam Mendes prête une attention presque obsessionnelle.
Winslet et DiCaprio au sommet
J’ai toujours aimé Kate Winslet et Leonardo DiCaprio — et dans ce “et”, ne cherchez pas le duo de Titanic mais simplement deux acteurs exceptionnels.
Winslet fait partie de ces actrices dont le visage est si expressif, si à fleur de peau qu’on peut l’observer sans se lasser même lorsqu’il reste impassible. Je pense aussi à Julianne Moore, Fanny Valette ou Isabelle Huppert. Quant à DiCaprio, son jeu de caméléon fait que jamais un rôle ne rappelle un précédent.
Mais la révélation du film reste Michael Shannon, nominé aux Oscars pour sa performance dans le rôle du mathématicien fou John Givings. Ses scènes sont les rares moments où Les Noces Rebelles sort de l’ordinaire.
Trois reproches à Sam Mendes
Malgré ces qualités, le film souffre de trois défauts majeurs :
1. Une réalisation trop lisse
La réalisation est si parfaite et lisse qu’elle conviendrait pour un épisode de Desperate Housewives. Chaque plan est si beau qu’il semble tiré d’un livre de décoration de table basse. Rien n’accroche le regard — cette attention maniaque au détail, avec une trop grande profondeur de champ, rend chaque plan à merveille mais l’ensemble finit par irriter.
2. Un réalisateur qui s’efface
On ne ressent aucune énergie, aucun sentiment de la part du réalisateur, qui semble garder ses distances dans un académisme ennuyeux. Comme le formule Frédéric Ferney : “Est classique ce qui donne envie d’être imité et ne peut l’être.” En voulant imiter les classiques, Sam Mendes s’oublie et livre un film qu’on a l’impression d’avoir vu quarante fois. Dans ce registre, il y a eu bien mieux (The Hours, Scènes de la vie conjugale de Bergman) et bien pire (Little Children, avec la même Kate Winslet en banlieue).
3. Les points sur les “i”
Chaque scène arrive à un point où l’on pressent, où l’on devine ce qui va se passer. Sam Mendes s’empresse alors de mettre le point sur le “i”, de verser la goutte de trop. En sortant du film, on se dit : “Dans la scène du petit-déjeuner, superbement interprétée par Kate Winslet, on sent déjà l’ombre d’un malheur planer au-dessus des œufs brouillés — alors pourquoi la faire exploser en sanglots au-dessus de l’évier ? Ça rend les choses tellement évidentes !”
Le verdict
C’est peut-être cela qui nuit le plus au film : le manque de respect pour le public, accuse presque de manquer d’intuition. Un bon film qu’on apprécie surtout pour ses acteurs, mais qui donne envie de revoir American Beauty. — Une Russe à Paris
Fiche technique
| Détail | Information |
|---|---|
| Titre original | Revolutionary Road |
| Réalisateur | Sam Mendes |
| Acteurs | Kate Winslet, Leonardo DiCaprio, Michael Shannon |
| Genre | Drame conjugal |
| Adapté de | Roman de Richard Yates (1961) |
| Année | 2008 |
| Note | ★★★☆☆ (3/5) |
