Daniela Edburg : Sommes-nous assez superficiels ?

Death by Bananas (Morte de bananes) est une photo extraordinaire de Daniela Edburg, très « Hitchcock rencontre Warhol », qui amène à se poser la question : la société de consommation a-t-elle un fond ? Une réflexion entre pop art, philosophie de Baudrillard et humour noir.
Daniela Edburg : quand Hitchcock rencontre Warhol, ou Sommes-nous assez superficiels ?

Daniela Edburg : portrait d’une photographe

Daniela Edburg (née en 1975) est une photographe américaine née à Houston qui a grandi au Mexique. Sa série Drop Dead Gorgeous (une sorte de « Chic Raide Mort ») est une réflexion surprenante sur le rapport ambigu que les femmes entretiennent avec la nourriture et les produits de beauté.

Death by Bananas (2005), inspirée des Oiseaux d’Hitchcock

Je pense que je suis quelqu’un de compulsif. Ce qui me fait plaisir devient, un instant plus tard, la cause d’un sentiment de culpabilité. Lorsque vous regardez un paquet d’Oreos, tout neuf, brillant et séduisant, tout n’est que promesse de douceur et de plaisir, et puis vous l’ouvrez et le mangez, et vous restez avec un mal de ventre, des miettes et un emballage froissé bon pour la poubelle.

    — Daniela Edburg

Drop Dead Gorgeous : mort et consommation

Ses premiers travaux lui ont été inspirés par ses tableaux préférés : Death by Shampoo, une reconstitution de la Mort de Marat, ou Death by Bananas ci-dessus, inspirée des Oiseaux de Hitchcock. Puis Daniela Edburg s’est orientée vers la pure mise en scène.

Death by Cotton Candy (2006) : morte de barbe à papa

Si, à la longue, cette passion morbide pour la mort peut lasser, on ne peut lui nier l’intérêt de sa démarche. D’autant plus que la photographe cite Jean Baudrillard : « Je crois que Baudrillard a dit que l’on séduisait avec nos faiblesses. Et quand sommes-nous plus faibles que lorsque nous sommes en train de perdre la vie ? »

Baudrillard et l’abîme superficiel

Ce qu’a apporté Baudrillard au concept de la séduction, c’est surtout le concept d’abîme superficiel :

Baudrillard utilisé le mot « superficiel » pour accentuer le fait que la séduction fonctionne le mieux lorsqu’elle fait intervenir l’apparence, la surface, le saillant. Ce qui séduit, ce serait le clinquant, le brillant, le luisant, l’étincelant, cet « abîme superficiel » porteur d’une sorte de magie et d’amusement. L’abîme superficiel évoque le face-à-face des miroirs dont les reflets se renvoient à l’infini. Abîme, parce qu’il n’y a pas de fond, parce qu’on n’arrive jamais à une réalité ou à une vérité qui tiendrait lieu de socle.

    — Gauthier Clermont, *Enseigner et séduire*

La superficialité est-elle profonde ?

Death by Oreo (2006) : morte d’Oreos

La question « Sommes-nous assez superficiels ? » mérite d’être posée. La superficialité serait-elle plus profonde qu’il n’y paraît ? Et, finalement, Baudrillard avait-il raison ?

Dans notre époque de réseaux sociaux et d’esthétique Instagram, l’œuvre de Daniela Edburg résonne plus que jamais. La mise en scène de soi, le rapport à la consommation, la culpabilité et le désir — tout ce que la photographe explorait dans les années 2000 est devenu le quotidien de millions de personnes. Ses images, entre pop art et memento mori, nous rappellent que derrière chaque désir de consommation se cache une petite mort.

Illustrations :

  • Death by Bananas, 2005 (Mort de Bananes)

  • Death by Cotton Candy, 2006 (Mort de Barbe à Papa)

  • Death by Oreo, 2006 (Mort d’Oreos)

Questions fréquentes

Qui est Daniela Edburg ?

Daniela Edburg (née en 1975) est une photographe américaine née à Houston, Texas, qui a grandi au Mexique. Elle est connue pour sa série Drop Dead Gorgeous, des mises en scène photographiques qui mêlent pop art, humour noir et réflexion sur la société de consommation.

Qu'est-ce que la série Drop Dead Gorgeous de Daniela Edburg ?

Drop Dead Gorgeous est une série de photographies mettant en scène des femmes tuées par des produits de consommation courante : bananes, Oreos, barbe à papa, shampooing. Inspirée d'Hitchcock et du pop art, elle explore le rapport ambigu entre désir et culpabilité face à la consommation.

Quel est le concept d'abîme superficiel de Baudrillard ?

Jean Baudrillard utilise le terme abîme superficiel pour décrire la séduction par l'apparence, la surface, le saillant. Ce qui séduit, c'est le clinquant, le brillant, l'étincelant, un face-à-face de miroirs dont les reflets se renvoient à l'infini, sans jamais atteindre une réalité ou une vérité qui tiendrait lieu de socle.