jeudi 30 juillet 2009

Eté de citadin, ou quelques pensées avant la rentrée

Voilà de quoi devrait être fait l'été passé en ville - de lectures et de cuisine. On a du temps à perte de vue pour faire un clafoutis aux cerises - qui sort du four diaboliquement violet car on a mis trop de bicarbonate de soude, mais on s'en fiche: c'est l'été, on en fera un autre et puis on rira bien de celui-là. On poussera même jusqu'à faire du jardinage - mais, bien sûr, uniquement pour planter en août des plantes qu'il fallait mettre en terre en mai, mais en mai on ne pouvait pas, on avait autre chose à faire que jardiner. Puis on épluche les vieux Télérama, histoire de voir si on n'a pas laissé passer un article, on note en passant toutes ces choses merveilleuses qu'il y a à la télé - plein de documentaires, en fait - et on finit par se vautrer sur le canapé pour regarder trois épisodes d'Experts en enfilade (même dans le Télérama du mois d'avril, Oratio, c'est toujours le mardi). Sur le canapé, donc, que l'on se félicite d'avoir choisi en cuir - en été, il apporte de la fraîcheur que l'on avait peu appréciée les six mois précédents.
On fait, aussi, toutes sortes de listes - des choses à faire avant la rentrée, des promesses non tenues mais que l'on tient encore à tenir, des gens à qui rendre visite MÊME s'ils habitent en banlieue, des expos à rattraper (mais on arrive toujours un jour après le décrochage)...

Toutes ces occupations délicieusement futiles ne sont, en fait, qu'une couverture pour une double et interminable attente: on attend à la fois le départ en vacances et la rentrée. C'est une attente totale où l'on retrouve toutes les envies à la fois: l'envie de retrouver le paysage divin laissé à contre-coeur l'année précédente, l'envie de regoûter aux pâtes à la truffe, de sentir le vent souffler sur les collines, l'envie de vivre au ralenti comme dans les films avec Isabelle Huppert où rien n'arrive mais où tout se joue, l'envie de répéter à l'infini un moment de bonheur connu jadis, tel un enfant qui exige la même histoire pour la centième fois en refusant que l'on y modifie un seul mot. C'est aussi une autre envie, celle de grands espoirs et de grands changements, de nouveaux départs où toutes les illusions font encore office de réalité...

Une envie qui nous renvoie, finalement, à ces étés presque interminables de vacances scolaires estivales - trois mois en Russie! - où l'on finit par se lasser de jouer et où l'on a hâte de retrouver les copains ("T'as vu ce qu'Anton a grandi?!") et les profs (celle d'algèbre étonnamment bronzée et de bonne humeur, celle d'histoire qui revient avec une nouvelle coupe...), et hâte aussi d'apprendre, de découvrir et de grandir. On regrette la fin de l'été et redoute la traversée de l'hiver, on se réjouit de retrouver la vraie vie dont on sait pourtant qu'elle ne sera pas facile: c'est la grande mêlée des sentiments qui se cristallise au soir du 31 août. Faire le point, repasser la robe du lendemain avant de l'étaler sur une chaise, préparer le cartable redécouvrant avec étonnement son poids si peu enfantin, et s'endormir l'angoisse à l'âme - qui n'a pas connu ces veilles de la rentrée?

C'est finalement si humain que de récuser le changement mais ne jamais se contenter de ce que l'on a, de chercher le changement mais de vouloir le contrôler à tout prix, d'aspirer aux lendemains meilleurs sans vouloir lâcher les faits et méfaits de la veille.

Alors, avant ce jour redoutable de la rentrée, prenons un bol d'air et relâchons les vieilles pensées, envies, joies, rancunes et désillusions pour faire place aux nouvelles. Et, en attendant le début d'une nouvelle saison, un peu comme on contemple le tracé d'une rivière de montagne avant de s'y lancer en kayak, savourons l'idée que la vie, en un jour, peut prendre un cours différent.

Bon été!

Illustration: Iris Velghe, Instant de vie 3

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jeudi 9 juillet 2009

Une Russe à Paris à la radio

Un petit mot pour poster une mini-interview que j'ai enregistrée pour l'émission "Série limitée" de Fabrice Aeby sur RJB (une radio suisse, je suis planétairement connue), qui a eu l'amabilité d'élire mon blog "le blog de la semaine"!

Je réponds ici à la question, en effet souvent posée, qui est de savoir si je me sens plus russe ou française...

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jeudi 2 juillet 2009

(Musiques) L'étonnante Regina Spektor, weird & wonderful

Je lis rarement les interviews de chanteurs que je ne connais pas – cela ne sert à rien, me dis-je, ce n’est pas l’interview qui me fera découvrir leur musique… Mais l’entretien avec Regina Spektor (dans le Télérama, bien sûr – de la semaine derniere ; j’ai du retard dans ma lecture ET mon écriture, au moins là, je reste cohérente) a attiré mon regard. Russe (ah ?), brune (signe indiscutable de son originalité), habitant à New York (tiens, tiens), pianiste classique ( !!!) mais qui a su s’en détacher ( ouais !) et qui compose et chante au piano ses chansons étranges – il fallait que je voie ça de plus près.

Cela fait une semaine, et je crois bien avoir écouté tous ses albums. J’adore j’adore j’adore les gens qui savent construire leur propre univers et ne s’y sentent pas à l’étroit. J’adore la synthèse qu’elle fait de ses deux univers, russe classique et new-yorkais underground. J’adore certains de ses textes, qui sont en soi de petites nouvelles mises en musique, comme Lady (et, à cet égard, elle me fait penser à l’univers d’Edgar Keret dans Les Méduses) :

Lady sing the blues so well
As if she mean it
As if it's hell down here
In the smoke-filled world
Where the jokes are cold
They don't laugh at jokes
They laugh at tragedies

She says, i can sing this song so blue
That you will cry in spite of you

J’adore ses trouvailles, une pensée qui se mord la queue et qui, d’un bond, vous emmène ailleurs.

The porter smiles to me a smile
I've bought
With a couple of gold coins
A sign that I've been caught
(Hotel Song)

Laughing With (clip vidéo)


Son album “Begin To Hope” (dont sont tirées les deux chansons que je viens de citer), et il me fait immanquablement penser à “Me, you and everyone we know » de Miranda July (sur la photo à droite), un film absolument superbe – d’ailleurs, les deux personnages se ressemblent, et je suis persuadée que si Miranda July refait un film, il faut absolument que ce soit Regina Spektor qui en compose la musique.

Du coup, j’ai envie de vous faire un billet sur Miranda July, mais cela m’a déjà pris une semaine pour commencer à écrire sur Regina Spektor, et je me demande si cela ne sera pas plus rapide que vous louiez Me, you and everyone we know en DVD.

Pour ce qui du dernier album de Regina Spektor, Far, qui vient de sortir et qui va bientôt être trop médiatisé pour que vous en fassiez une découverte innocente, est excellent, plus abouti que les précédents, mais où l’on retrouve à la fois la personnalité de la chanteuse et ses inspirations, ou plutôt les échos dont elle se fait miroir, de Philip Glass à Mylène Farmer (dans Machine). Ma préférée, pour l’instant, reste One more time with feeling (cliquez sur la vidéo sur la droite, c’est la chanson interprétée en live au piano).

Pour en savoir plus :

Sur Regina Spektor : l’article dans Télérama ; sa page dans Wikipedia pour les pressés.

Sur Miranda July : www.mirandajuly.com et http://noonebelongsheremorethanyou.com/, le site qu’elle a réalisé pour le lancement de son livre de nouvelles l’année dernière.

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