Plus de gueux à l'opéra? De l'ouverture d'un restaurant gastronomique à l'Opéra Garnier | Une Russe à Paris
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mardi 22 avril 2008

Plus de gueux à l'opéra? De l'ouverture d'un restaurant gastronomique à l'Opéra Garnier

Ca jasait depuis un moment, et voilà, la nouvelle est tombée! Il y aura bien un restaurant gastronomique à l'Opéra Garnier. Le conseil d'admi­nistration de l'Opéra devrait ratifier d'ici peu le dossier présenté par Pierre-François et Jean-Philippe Blanc (Spicy, Findi), en association avec Addi Bakhtiar (un pro de l'événementiel : «Showcase» et «Black Calavados», à Paris). En cuisine, Nicolas Le Bec, un chef lyonnais (deux étoiles au Michelin, 18/20 Gault&Millau).

Pourquoi cet événement mérite notre attention? Eh bien, par le nombre de pros et de contres qu'il suscite dans le monde artistique. Certes, les précédents ne manquent pas: nous connaissons Les Ombres sur le toit du Musée du Quai Branly, le café Marly au Louvre, La Maison Blanche en haut du Théâtre des Champs-Elysées, Le Zimmer dans le bâtiment du Théâtre du Châtelet, pour n'en citer que quelques uns. Pourquoi alors la décision d'installer un restaurant gastronomique (les prix dans l'actuel restaurant lyonnais de Nicolas Le Bec atteignent 160€ par personne) suscite tant d'émois? Les cris ironiques des amateurs d'opéra ou de danse peu fortunés se font entendre de plus en plus: "Il faut arrêter de laisser entrer au Palais Garnier des quasi-prolétaires qui, sous prétexte qu'ils aiment la danse ou l'opéra (ou voudraient découvrir ces univers), s'imaginent qu'ils y sont à leur place. Libérons Garnier! Les riches d'abord! " Que se passe-t-il donc?

C'est que, Gérard Mortier, le directeur de l'Opéra de Paris, ne cesse de clamer son désir de "démocratiser" l'opéra (cela ne lui a pas empêché d'augmenter les prix des places de 20%, bien qu'il soit vrai qu'il a également introduit des places debout à 5€). La création du restaurant en juillet 2009 marquera la fin du mandat de Gérard Mortier et l'avènement d'un nouveau directeur, Nicolas Joël, metteur en scène épicurien aux productions luxueuses. L'histoire du restaurant est importante car, tout simplement, l'entracte fait aussi partie de l'expérience de la sortie à l'opéra: on va à l'opéra autant pour le spectacle que pour partager nos impressions pendant l'entracte. Justement, lorsque j'étais à New York en décembre dernier, je suis allée au Metropolitan Opera. L'entracte y dure 40 minutes, le temps que les riches les spectateurs puissent aller se sustenter au
Grand Tier Restaurant de Metropolitan Opera (environ 100$ par personne). Les autres? Ils se promènent. Non non, pas parce qu'ils ont envie de se dégourdir les jambes, mais parce que, en dehors du restaurant, il n'y avait pas une seule chaise ni banquette où s'asseoir (pensez aux places debout, justement). On se sent vraiment bien accueilli :-(

Sans vouloir affirmer que ce sera le cas de l'Opéra Garnier, il est tout de même judicieux de souligner l'ambiance Metropolitan Opera et et celle du restaurant de l'Opéra de Munich avec la formule "un thé + un gâteau" à 5€. En tout cas, après avoir acheté des places à 40-50€ (car en-dessous on voit rarement bien, à moins de s'y prendre un an à l'avance), je ne serai pas prête de dépenser deux fois plus pour un dîner... Et vous?