(De la Russie) En avion | Une Russe à Paris
Une Russe à Paris

lundi 30 juin 2008

(De la Russie) En avion

Je suis en Russie pour quelques jours et, faute d’avoir vu des expos en avance pour pouvoir vous en faire des billets, je vous propose quelques comptes-rendus tantôt drôles tantôt nostalgiques sur la Russie ! Aux abonnés de la newsletter que cela n’intéressera pas je propose de m’écrire via la rubrique « Contact » et je suspendrai leur abonnement pour le temps de mon séjour ici.

Dans l’avion qui m’emmène à Saint-Pétersbourg, je prends le temps d’observer les gens. A ma gauche, un couple franco-russe correspond curieusement à un bon nombre de stéréotypes : lui, la quarantaine, ni beau ni moche, pas très bien habillé, petit bide et déjà une tonsure ; elle, une grande blonde aux ongles vernis (en rose babydoll). Il lit « Taras Boulba » de Gogol et le guide « Un Grand week-end à Saint-Pétersbourg » ; elle regarde le magazine Air France. Ils s’embrassent (pouah ! qu’est-ce que c’est désagréable quand ce n’est pas vous qui le faites !) et se sourient amoureusement. Le plateau repas arrive : le pain est dur comme fer (l’hôtesse de l’air s’excuse devant les cris indignés d’une dame), la salade doit contenir à peu près ma ration annuelle de mayonnaise, et le blanc de poulet me fait curieusement penser à « L’aile ou la cuisse » avec Louis de Funès. Mais les deux tourtereaux finiront toutes les petites barquettes du plateau ( à un moment, je me demande si dans sa folie dévoratrice il engloutira également le petit sachet de moutarde, mais non). C’est étrange, mais souvent les hommes français qui épousent les filles russes ont mauvais goût en termes de nourriture (probablement, les conséquences d’un célibat trop prolongé ponctué par des plateau-repas Joël Robuchon à réchauffer). Elle, je ne la blâme pas : les russes ont été trop habitués à ne jamais mépriser ce qui est donné gratuitement, et surtout pas la nourriture (je me souviens, quand je ne finissais pas mon assiette, ma grand-mère se mettait à découper un morceau de pain de la taille d’un carré 4x5cm pour me montrer la ration de pain qu’elle obtenait pendant la guerre, ça calme vite). Alors, frais ou pas frais, le pain, on le mange !

Plus loin dans le couloir, j’aperçois une dame de cinquante ans, elle est assise et la vue de son décolleté plongeant d’où dépasse un soutien-gorge en dentelles très coquet m’ébahit. Elle se lève, et je me rends compte qu’elle porte des chaussures à talons avec des plateformes compensées (ça doit la rendre à peu près 17cm plus grande, mais elle m’arrive à l’épaule) – les chaussures sont blanches et vernies, avec un petit trou pour le gros orteil, verni lui-aussi (et je pensais que de telles chaussures ne pourraient séduire qu’une femme facile du boulevard Saint-Denis…). Elle voyage avec sa fille qui a mon âge. Alors je me dis que je tiens là un specimen extraordinaire mais, plus tard, en me promenant dans les rues de Saint-Pétersbourg, je comprends que j’ai complètement oublié que presque toutes les femmes s’habillent comme ça ici… Cela me fascine tellement que je vous en ferai un petit billet illustré plus tard dans la semaine !

Pour l’instant, je vous laisse et m’en vais au concert d’Alfred Brendel qui fait cette année sa tournée d’adieu mondiale (il arrête le piano en décembre) – j’ai la chance de l’attraper à Saint-Pétersbourg… Et dire que ce sera la première fois que je l’entends en vrai !