(Photo) Une journée de pluie | Une Russe à Paris
Une Russe à Paris

mardi 17 mars 2009

(Photo) Une journée de pluie

Cela faisait longtemps que je gardais mes trouvailles photographiques pour moi. Et puis, finalement, c’est un vrai plaisir que de tomber, par hasard, non sur une belle photo – mais sur une photo évocatrice. Car, au-delà d’une composition parfaite ou de couleurs harmonieuses, de lignes dynamiques, de la règle des tiers ou de son dépassement, ce que l’on apprécie dans une photo, ce sont les sensations qu’elle fait naître en nous. Sensations qui apparaissent grâce à une myriade de petits échos envoyés par nos propres souvenirs, voire bien moins que ça – des odeurs, une lumière particulière, une goutte d’eau sur la vitre que l’on observait à la campagne lorsque, enfant, on restait bien au chaud en attendant que la pluie cesse et nous laisse seul maître de notre terrain de jeux.

La goutte d’eau était ainsi presque animée, au même titre que les fleurs dans le jardin, l’herbe, les insectes et toutes les petites choses que le regard d’un enfant parvient à arracher à la réalité des adultes. Glissera-t-elle, ne glissera pas ? Souvenez-vous de ces journées où l’on avait le temps de se poser cette question en fixant la vitre couverte de larmes de pluie ? On avait de grosses chaussettes en laine aux pieds (« Ne marche pas pieds nus, tu attraperas froid »), un mug de thé chaud à la main (à la confiture de cerises, si on avait de la chance et qu’on avait été sage), et les jouets prêts à sortir dès que le soleil aura pointé son nez. Puis, au bout d’un moment, on se rendait compte que la goutte ne glisserait pas, et que, probablement, on aurait à passer la journée à l’intérieur. Alors, alors… on  embête un peu les parents (« Occupe-toi ! »), on joue un peu et puis on va voler un gâteau à la cuisine et, à pas de loup, on revient dans la chambre, se glisse sous la couette, ouvre un livre et enfonce les dents dans la chair délicate du gâteau.

Voici l’histoire que je me raconte en regardant cette magnifique photo de Rémy Weite (www.weiter.fr) – prise dans Les Bayards, en Suisse, elle évoque une journée pluvieuse sans fin où l’on est heureux de se rester à la maison en attendant avec impatience de pouvoir revêtir les bottes en caoutchouc pour sortir, respirer l’air encore humide et sentir l’herbe mouillée se plier sous nos pas. Le fait de limiter la zone de netteté aux seules gouttes d’eau est, pour moi, ce qui rend cette photo si universelle – les gouttes, elles se ressemblent tant, que l’on soit en Russie, en France ou au Japon. On dit bien « comme deux gouttes d’eau »…même si la douceur des couleurs et ce vert-gris sont très particuliers des paysages suisses. Le vignetage, quant à lui, est fort bienvenu pour évoquer cette vision "de l'intérieur", à travers une longue-vue...

D’autres photos me racontent d’autres histoire : celle-ci, qui me rappelle « Parc de la Pépinière » chanté par Chiara Mastroiani dans « Les Chansons d’Amour », celle-là, les moments quand on refait la vie sur une terrasse de café, une autre, pour les promenades à la tombée du jour près du cimetière de Montparnasse, une autre encore, pour me faire penser à un appartement à New York que j’avais tant aimé, ou bien celle-ci, pour les matins brumeux.
Et une autre encore : cette fois-ci, pour sa beauté géométrique, tout simplement. Car on n’a pas toujours besoin d’une histoire pour ressentir un instant de beauté.

A lire aussi: Paris sous la pluie, de Christophe Jacrot, et Pluie et vent d'Abbas Kiarostami.