(Expos) Le nouveau musée Magritte à Bruxelles, premières impressions mitigées | Une Russe à Paris
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mercredi 10 juin 2009

(Expos) Le nouveau musée Magritte à Bruxelles, premières impressions mitigées

Il y a quelques mois, lors d’un week-end bruxellois, j’avais aperçu, sur une place que je connais si bien et qui ne change jamais, quelque chose de nouveau… et de si familier : l’hôtel Altenloh enveloppé d’une bâche révélant l’un de mes tableaux préférés de Magritte. Le nouveau musée Magritte a ouvert le 2 juin, et j’ai pu le visiter le week-end dernier, entre deux morceaux de gaufre et un ciné (mais si, mais si, on était venu exprès pour le musée).

Magritte est l’un des peintres avec lesquels j’ai appris à regarder la peinture – moi qui, petite, préférais de loin la sculpture, avais du mal à rester plusieurs minutes devant un tableau complètement plat. Curieusement, les tableaux de Magritte sont plats de chez plats – très souvent sans perspective, une sorte de collage peint, ils attirent l’œil et semblent faciles d’accès. Parfait pour un enfant ! Plus tard, je m’en suis détournée pour lui préférer les impressionnistes, puis l’Ecole de Paris… et puis, au fil de mes cours de sémiologie et de mes lectures de Roland Barthes, j’y suis revenue, avec un nouveau regard, et enfin la capacité de passer des heures (oh allez) (des minutes) à décrypter le tableau.

Je me réjouissais donc de découvrir ce nouveau musée, le premier à être entièrement consacré à Magritte. Je ne puis m’empêcher de mentionner le début foireux de la visite : en attendant un ami revenir du vestiaire, j’en profite pour faire une photo – sans flash ! - du vestibule décoré avec des photos des œuvres de Magritte. Une employée du musée se jette tout de suite sur moi, me disant que non seulement on ne pouvait pas faire de photos dans le musée (je regarde, mais il n’y a aucun signe), mais qu’elle était obligée de me demander de « deleter » la photo » (les Belges ne doivent pas connaître le mot « supprimer »). Légèrement énervée, je supprime quand même la photo (la nana lorgne sur l’écran de mon appareil pour vérifier). Je range l’appareil dans mon sac, et on se dirige vers l’entrée, mais elle rapplique : « vous devez rendre votre sac au vestiaire », qu’elle me dit. Devant moi, une femme s’engouffre dans les salles du musée en gardant son sac. Il paraît que le sien est plus petit… (et pourtant, le mien a la taille d’un birkin bag tout à fait normal – décidément, les Belges ignorent tout des tendances actuelles – que feraient les modeuses qui viendraient avec un maxibag ? Pendant tout le trajet, je me suis demandée quel objet mystérieux aurais-je pu dérober au musée – mais non, il n’y avait pas de tableau plus petits que le format A3, et tout le reste était sous verre… Quels emmerdeurs, vraiment.

Pour en revenir à la partie artistique (quand même), la collection permanente se compose de 200 peintures, une cinquantaine de photos, une centaine de documents (lettres, tracts…) et une quinzaine d’objets ; le tout disposé sur trois niveaux dans l’ordre chronologique. La sélection des œuvres est intéressante, bien que beaucoup de classiques manquent à l’appel comme, par exemple, la série des chapeaux-melon. Pour ce qui est de Magritte-réalisateur, personnellement, je trouve peu d’intérêt au résultat ! En revanche, son travail pour la publicité m’a paru intéressant.

Plongées dans le noir presque total (scénographie de Winston Spriet), les œuvres de Magritte paraissent bien plus sinistres que ce que j’avais l’habitude de penser ! Même ses bleus semblent empreints de gris, et le tout manque de couleurs. Si l’on y ajoute la luminosité si particulière de Bruxelles (le ciel gris semble commencer à la hauteur du troisième étage), le coup de déprime est garanti ! A moitié endormie, je suis tout de même prête à lire toutes les explications pour en apprendre un peu plus sur l’évolution de l’œuvre de Magritte… Peine perdue, les explications se résument à quelques dates avec des explications style « 1934. Fermeture des galeries représentant les travaux de Magritte » (va savoir pourquoi). Sur les murs – les citations de Magritte, certaines très réussies, d’autres lassantes. Les cartons n’indiquent que le titre de l’œuvre, la date ainsi que la provenance, mais rien de son histoire ni de son style.

Les journaux chantent les louanges du musée et de sa démarche pédagogique, mais je pense qu’ils l’ont visité avec un guide et étaient munis d’un solide dossier de presse ! Sinon, comme Le Parisien aurait il pu y découvrir « le petit bourgeois bruxellois n'hésite pas, en une trentaine de toiles féroces, à bousculer le tout Paris artistique en 1948, dans un acte profondément surréaliste » ? Lorsqu’on y va en simple visiteur, on ne voit que « trente toiles », certains, avec un sens esthétique poussé, pourraient y voir « féroce » et remarquer « 1948 ». Mais rien ne vous est fourni pour lier ces éléments ni pour insérer l’œuvre dans son contexte. Vous vous retrouvez face à six pages d’un magazine truc-mouche de 1924, sans aucune explication, c’est tout de même barbant et frustrant !

Certes, on aurait pu prendre l’audioguide, mais ce n’est pas la façon dont je préfère de visiter les musées, et en plus, ça me donne l’impression d’être chez Ryanair : on vous fait rentrer pour 8 euros, mais pour comprendre quelque chose, vous devez soit acheter le catalogue, soit prendre l’audioguide payant (les toilettes étaient gratuites, sur ce point, ils se sont alignés sur Ryanair).

Finalement, cette visite ne fut pas le point d’orgue du week-end comme on aurait pu prévoir, même si je suis ravie de l’avoir vu ! Si vous y allez, voici de quoi remplir votre week-end :
  • restaurants (qui sont excellents à Bruxelles ; cette fois-ci nous avons essayé Il Passatempo, un italien absolument fabuleux, et Le Fourneau, un restaurant à tapas fusion vraiment convaincant) ;
  • balades (de la place du Sablon à la Grande Place, un grand classique ; ou un festival au Parc Royal) ;
  • un moment pour bouquiner en prenant un thé chez Filigranes (finalement ce qui me manque le plus de ma vie à Bruxelles !) ; 
  • un moment pour déguster une gaufre au Café du Vaudeville dans la galerie de la Reine (photo) ; 
  • un moment pour filer au ciné Arenberg (toujours dans la galerie de la Reine) pour voir un film que vous avez raté à Paris (j’ai vu Still Walking, excellent).
Et cela vous laisse aussi un bon moment pour sortir les dossiers rapportés du bureau et vous plonger dedans pendant qu’il pleut. Parce que, bien sûr, Bruxelles ne serait pas Bruxelles si, à un moment, nous ne nous étions pas pris la pluie !

Illustrations:
1) Le Musée Magritte sous la bâche
2) Le Roi des Belges en visite au musée le 3 juin 2009
3) Magritte est partout: même sur le Thalys!
4) Une gaufre, galerie de la Reine.

En pratique:

Billets coupe-file (sans surcharge) pour le musée Magritte ici


Il Passatempo
Rue de Namur 32
+32 2 511 37 03

Le Fourneau
Place Sainte-Catherine 8
+32 2 513 10 02 (pas de réservation, venez soit à 19h30, soit vers 21h30 pour éviter d'attendre)

Café Vaudeville
Galerie de la Reine 11

Cinéma Arenberg
Galerie de la Reine 26

Filigranes
Avenue des Arts, 39-40. Ouvert 365j/an.
Allez-y le dimanche: le matin, il y a un peu moins de monde; dans l'après-midi, il y a souvent un pianiste qui fait des impro de jazz. A milieu de la librairie, il y a un café avec des tables où vous pouvez prendre autant de livre et les lire en sirotant un café avec une excellente tarte de la Tarterie de Pierre.