Une Russe à Paris à la radio : interview RJB

Le blog Une Russe a Paris a ete elu "blog de la semaine" par l'emission Serie limitee de Fabrice Aeby sur RJB, une radio suisse. L'occasion de répondre a la question, en effet souvent posee : se sent-on plus russe ou plus française quand on vit a Paris ?
Une Russe a Paris a la radio : interview sur RJB, l'emission Serie limitee

L’univers de la radio : un micro, une voix, une histoire a raconter

L’interview sur RJB

Un petit mot pour partager une mini-interview que j’ai enregistree pour l’emission “Serie limitee” de Fabrice Aeby sur RJB (une radio suisse — je suis planetairement connue !), qui a eu l’amabilite d’elire mon blog “le blog de la semaine”.

C’était une experience amusante et touchante : parler de son blog, de ses passions culturelles, de sa vie entre deux pays, devant un micro qui enregistre tout. On se sent soudain très expose, et en même temps, c’est liberateur de mettre des mots sur ce que l’on écrit habituellement.

Russe ou française ? La question eternelle

Dans cette interview, je reponds a la question en effet souvent posee : se sent-on plus russe ou française quand on vit a Paris ?

La réponse n’est jamais simple. On adopte les habitudes françaises — le gout de la gastronomie, la passion des arts, les longues discussions au cafe — tout en gardant des reflexes profondément russes : l’hospitalite sans limites, l’amour de la litterature, une certaine melancolie joyeuse qui colore tout ce qu’on fait, un thème que les démarches de double nationalité franco-russe abordées plus tard sur ce blog viennent, sous un angle plus administratif, confirmer avec la même intensité.

On finit par devenir un melange unique des deux cultures, ni completement russe, ni completement française, mais quelque chose de nouveau : une Russe a Paris.

C’est d’ailleurs le thème central de ce blog : raconter Paris a travers un regard russe, découvrir la culture française avec cet etonnement permanent qui ne s’use jamais completement, et partager les coups de coeur (et les coups de griffe) d’une spectatrice qui n’a jamais perdu sa capacité a s’emerveiller.

RJB, une radio régionale suisse au ton particulier

Pour ceux qui ne connaissent pas RJB, un mot d’explication s’impose. Radio Jura Bernois est une radio régionale privée d’expression française qui diffuse dans le Jura bernois, cette partie francophone du canton de Berne coincée entre le Jura suisse et le canton de Neuchâtel. Rien à voir, donc, avec une grande radio nationale parisienne ou même romande — c’est une radio de proximité, avec toute la chaleur et la simplicité que cela suppose. Ce qui rend l’expérience d’autant plus touchante : on n’imagine pas forcément qu’un blog tenu depuis Paris sur la Russie et la France puisse intéresser un public du Jura bernois, et pourtant.

Studio de radio suisse avec micro professionnel, casque audio et console de mixage sous éclairage tamisé
Le studio, un lieu à part où la parole se fige soudain dans le temps de l'enregistrement.

Les coulisses d’un enregistrement à distance

Ce qui frappe le plus, dans ce genre d’exercice, c’est le décalage entre l’intimité du geste d’écriture — seule devant son écran, prenant tout son temps pour choisir chaque mot — et l’instantanéité de la parole radiophonique, où l’on doit répondre du tac au tac, sans filet, sans possibilité de revenir en arrière pour corriger une phrase maladroite. L’enregistrement s’est fait par téléphone, une pratique courante pour ce genre d’interview à distance entre la France et la Suisse : pas de studio parisien, pas de déplacement, juste une conversation captée à travers les kilomètres qui séparent Paris du Jura bernois.

Cette différence de registre — l’écrit posé du blog contre l’oral spontané de l’interview — a quelque chose de révélateur sur la nature même de l’exercice de blogueuse : l’identité entre deux cultures se façonne aussi dans ces petits moments d’exposition inattendue. Sur le blog, chaque article est repris, retouché, parfois laissé de côté une nuit avant publication. À la radio, il faut assumer ses formulations telles qu’elles viennent, avec leurs hésitations et leurs raccourcis. Un exercice qui oblige, paradoxalement, à mieux savoir ce que l’on pense vraiment : pas de parenthèse stylistique possible pour noyer une idée mal formée.

Pourquoi une radio suisse s’intéresse à un blog parisien

La question mérite d’être posée : pourquoi l’émission Série limitée, diffusée depuis le Jura bernois, s’intéresse-t-elle à un blog tenu par une Russe installée à Paris ? La réponse tient sans doute à la nature même du format « blog de la semaine » : une rubrique qui, par définition, va chercher des voix singulières sur l’ensemble de la blogosphère francophone, sans se limiter aux frontières nationales. Le web de la fin des années 2000 fonctionnait encore largement sur ce principe de découverte horizontale — un blog en citait un autre, une émission de radio régionale suisse pouvait très bien mettre en lumière un blog parisien, sans qu’aucune logique de marché ou d’algorithme ne vienne dicter ces rapprochements.

Cette circulation informelle entre la France et la Suisse romande n’a rien d’anecdotique pour un blog centré sur l’identité culturelle croisée. Elle illustre, à sa modeste échelle, ce que le blog lui-même raconte sans cesse : des ponts qui se créent entre des espaces culturels différents, presque toujours par hasard, presque toujours grâce à une rencontre imprévue plutôt qu’à une stratégie de visibilité pensée à l’avance.

Ce que la radio change, que l’écrit ne permet pas

Il y a quelque chose d’assez unique dans le fait d’entendre sa propre voix parler de sujets qu’on n’aborde d’ordinaire que par écrit. La voix révèle des choses que le texte dissimule : un accent qui trahit malgré tout des années passées entre deux langues, une hésitation sur un mot français qui ne trouve pas tout à fait son équivalent russe, un rire qui en dit parfois plus long qu’un paragraphe entier sur le sentiment d’être « entre deux cultures ». Le format radio, même bref, offre ainsi un complément d’authenticité que l’écrit le plus soigné ne peut pas toujours atteindre.

Cette expérience radiophonique reste, avec le recul, un souvenir à part parmi les nombreuses occasions de raconter cette identité franco-russe qui ont jalonné l’histoire de ce blog depuis ses débuts en 2007. Le blog reste, pour l’essentiel, un espace d’écriture — mais ce détour ponctuel par la radio suisse rappelle qu’une voix, une vraie voix, porte parfois une nuance que même le texte le mieux tourné ne saurait tout à fait restituer.

Le format « blog de la semaine », une tradition du web 2.0 finissant

Il faut se replacer dans le contexte médiatique de 2009 pour bien saisir ce que représentait, à l’époque, une rubrique comme « blog de la semaine ». La blogosphère francophone vivait alors les dernières années de ce qu’on peut appeler, sans excès, son âge d’or : avant la généralisation des réseaux sociaux qui allaient, dans les années suivantes, capter une part croissante de l’attention et du temps de publication personnel, le blog restait le format de référence pour quiconque souhaitait développer une réflexion ou un témoignage au long cours. Dans ce paysage, les émissions culturelles régionales qui consacraient une rubrique à la mise en lumière d’un blog jouaient un rôle de prescripteur non négligeable, à une échelle certes modeste, mais réelle.

Ce type de rubrique fonctionnait souvent sur un principe de curation assez artisanal : un animateur ou une équipe de rédaction repérait, au gré de ses lectures personnelles ou de recommandations de proche en proche, un blog qui sortait du lot par son style, son sujet ou sa régularité de publication. Il n’y avait ni algorithme de recommandation, ni classement automatisé par nombre de vues — seulement le jugement, forcément subjectif mais souvent pertinent, d’un animateur radio qui avait pris le temps de lire et d’apprécier un contenu avant de décider de le partager avec son auditoire.

Paysage vallonné du Jura suisse avec sapins et petit village au loin sous un ciel dégagé
Le Jura bernois, région francophone du canton de Berne où émet RJB, la radio qui a distingué ce blog.

Ce que cette rencontre dit du web francophone de l’époque

Cette anecdote radiophonique, presque anecdotique en apparence, dit finalement beaucoup de choses sur la manière dont circulait l’information et la reconnaissance sur le web francophone de la fin des années 2000. Un blog parisien pouvait être découvert et valorisé par une radio suisse romande sans qu’aucune campagne de communication n’ait été orchestrée en ce sens — simplement parce qu’un texte avait suffisamment marqué un lecteur pour qu’il ait envie de le partager plus largement. Cette logique de recommandation horizontale, fondée sur la lecture réelle plutôt que sur des métriques d’audience, a largement reculé depuis, remplacée par des logiques de visibilité pilotées par des plateformes centralisées et leurs algorithmes.

Repenser à cette interview radiophonique, près de vingt ans plus tard, c’est aussi mesurer la chance qu’a eue ce blog de traverser cette période charnière du web francophone en conservant une identité éditoriale forte : celle d’un regard singulier sur la culture parisienne, porté par une plume russe installée en France, qui continue aujourd’hui encore, sur ce même site, à raconter cette double appartenance culturelle avec la même sincérité qu’à l’époque de cette petite interview radiophonique venue du Jura bernois.

Se préparer à une interview radio quand on n’est pas journaliste

Un mot, enfin, sur la préparation elle-même de cet exercice — à une époque où le choc de l’adaptation entre deux cultures se vivait déjà, sans qu’on lui donne encore ce nom précis, à travers ce genre de rencontres improbables entre un blog et une radio régionale —, pour ceux qui se demanderaient à quoi ressemble concrètement une interview radio quand on n’a jamais fait cela auparavant. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’y a pas eu de script préétabli ni de liste de questions communiquée à l’avance dans le détail : l’échange s’est construit de façon assez spontanée, avec quelques thèmes convenus au préalable — le blog, son sujet, l’identité franco-russe — mais sans formulation figée des questions précises. Cette spontanéité, si elle ajoute un facteur de stress non négligeable au moment de décrocher le téléphone, garantit en contrepartie une authenticité de ton qu’une interview trop cadrée n’aurait pas forcément permise.

L’expérience a d’ailleurs révélé un paradoxe intéressant : plus la question posée était large et ouverte — comme celle, centrale, de se sentir plus russe ou plus française —, plus il devenait facile d’y répondre avec sincérité, précisément parce qu’elle ne cherchait pas à obtenir une réponse toute faite mais invitait à une réflexion personnelle construite en direct, devant le micro. C’est peut-être cela, au fond, la vraie différence entre écrire un article de blog et répondre à une interview radio : le texte permet de peaufiner la réponse jusqu’à ce qu’elle satisfasse pleinement son auteur, tandis que la radio impose d’accepter la première formulation honnête qui vient, avec ses imperfections et sa spontanéité — une discipline différente, mais tout aussi révélatrice, de l’exercice d’écriture habituel de ce blog.

Une communauté de lecteurs et d’auditeurs qui dépasse les frontières

Ce petit épisode radiophonique suisse illustre enfin une dimension souvent sous-estimée des blogs personnels bien tenus : leur capacité à créer, sans le chercher activement, une communauté de lecteurs qui dépasse largement les frontières nationales de leur pays de publication. Un blog écrit à Paris, sur la Russie et la France, pouvait ainsi trouver un écho jusque dans le Jura bernois — et sans doute, au-delà de cette seule interview, auprès d’autres lecteurs francophones dispersés en Belgique, au Québec ou ailleurs dans l’espace francophone, tous réunis par ce même intérêt pour un regard croisé entre deux cultures. Cette dimension internationale et pourtant intime du lectorat reste, encore aujourd’hui, l’une des grandes satisfactions de tenir un blog sur la durée : ne jamais savoir précisément qui, où, va lire un article — et parfois, comme ce fut le cas avec RJB, en entendre parler par le plus inattendu des canaux.

Vingt ans après, la voix compte toujours

Avec le recul, cette petite interview de 2009 pour une radio régionale suisse peut sembler anecdotique face à l’ampleur qu’ont pris depuis les formats audio et vidéo — podcasts, chaînes YouTube, lives sur les réseaux sociaux. Et pourtant, l’intuition qui sous-tendait déjà cette rubrique « blog de la semaine » de Fabrice Aeby n’a rien perdu de sa pertinence : donner une voix, littéralement, à des textes qui existent d’ordinaire uniquement à l’écrit reste une manière précieuse de faire vivre autrement un contenu, de le rendre accessible à un public qui n’aurait peut-être jamais pris le temps de le lire. Ce format, popularisé depuis par les podcasts, existait déjà, à sa modeste échelle, dans cette émission radiophonique suisse de la fin des années 2000.

Reste de cet épisode un enseignement simple, qui vaut bien au-delà du cas particulier de RJB : un texte bien écrit, sincère et régulier finit toujours, tôt ou tard, par trouver son public — parfois là où on l’attend le moins, jusque dans une petite radio du Jura bernois.

Questions fréquentes

De quoi parle le blog Une Russe a Paris ?

Une Russe a Paris est un blog culturel tenu par une Russe installee a Paris. Il traite de la vie parisienne sous un angle russo-français : critiques de films, pieces de théâtre, concerts, expositions, restaurants et reflexions sur la vie entre deux cultures. Lance en 2007, le blog a ete distingue comme 'blog de la semaine' par la radio suisse RJB.

Se sentir plus russe ou française quand on vit a Paris ?

C'est la question la plus souvent posee aux expatries russes vivant en France. La reponse est rarement simple : on se sent souvent entre deux cultures, adoptant les habitudes françaises (la gastronomie, le gout des arts, la liberté d'expression) tout en gardant les reflexes russes (l'hospitalite, la litterature, une certaine melancolie joyeuse). On finit par devenir un melange unique des deux.

Qu'est-ce que l'emission Serie limitee sur RJB ?

Serie limitee est une emission culturelle diffusée sur RJB, une radio suisse romande. Animee par Fabrice Aeby, elle met chaque semaine en lumiere un 'blog de la semaine' et propose des decouvertes culturelles. C'est dans ce cadre qu'Une Russe a Paris a ete interviewee en 2009.