Baisers de cinéma d'Éric Fottorino : coup de cœur

Eric Fottorino, directeur du journal Le Monde, signe avec Baisers de cinéma un roman ensorcelant. Gilles Hector, brillant avocat ne de mere inconnue, traque le fantome maternel parmi les heroines du cinéma en noir et blanc, dans les petits cinémas du Quartier Latin. Entre quete des origines et histo
Baisers de cinéma d'Eric Fottorino : probablement le meilleur roman de la rentree

Un homme ne de mere inconnue

> « Je ne sais rien de mes origines. Je suis ne a Paris de mere inconnue et mon pere photographiait les heroines. »

Ainsi commence l’histoire de Gilles Hector, brillant avocat parisien dont l’existence entiere est hantee par une absence fondatrice : celle de sa mere. Fils d’un chef lumiere de cinéma de génie, Gilles a grandi dans l’ombre des projecteurs et des heroines en noir et blanc, sans jamais connaître le visage de celle qui lui a donne la vie.

A la mort de son pere, Gilles se lance dans une enquête intime et douloureuse pour retrouver cette mere fantome. Il la cherche la ou son pere l’a peut-etre aimee : dans les salles obscures du Quartier Latin, parmi les visages lumineux des actrices d’un autre temps.

Le pere, chef lumière de cinéma

Le pere de Gilles était un homme insaisissable, un génie de la lumiere cinématographique qui « s’arrangeait pour traverser l’existence sans temoin, comme si sa vie avait ete un crime parfait ». Un homme qui eclairait les autres tout en restant dans l’ombre, gardien absolu de ses secrets.

Baisers de cinéma, Gallimard, Collection blanche, 189 pages

Le pere photographiait les heroines — ces femmes sublimes de l’ecran dont les visages, figes dans la lumiere, constituaient le seul album de famille possible pour Gilles. Après sa disparition, chaque cliche, chaque pellicule devient un indice potentiel dans la quete obsedante du fils.

Les femmes impossibles de Gilles

Gilles Hector ne parvient pas a garder les femmes. C’est la malediction de celui qui n’a jamais connu l’amour premier, celui d’une mere. Sa mere d’abord, qui l’a abandonne. Puis Solange, qui l’a quitte pour « un Africain fertile et large d’epaules ». Chaque depart ravive la blessure originelle, chaque femme qui s’eloigne emporte un peu plus de lui.

On devine chez Gilles une incapacite a s’abandonner, une retenue douloureuse heritee d’un pere qui traversait la vie sans temoin. Comment aimer quand on ne sait pas d’ou l’on vient ? Comment retenir quand on a ete soi-même lache des le premier souffle ?

Mayliss, sortilege d’amour

Et puis surgit Mayliss. Un amour troublant, impossible, presque violent. Mayliss est « un sortilege, une femme une amante, une soeur, une mere aussi ». Elle est toutes les femmes que Gilles a perdues, condensees en une seule presence bouleversante.

Leur amour nait aux « 3 Luxembourgs », un petit cinéma du 5e arrondissement ou Gilles s’acharne a chercher sa mere parmi les anciennes heroines du noir et blanc. Il scrute les visages, elimine methodiquement les candidates impossibles — Francoise Dorleac, Anouk Aimee, Audrey Hepburn — dans un jeu de piste a la fois desesperant et enchanteur.

La relation avec Mayliss cristallise tout ce que le roman porte de plus beau et de plus douloureux : l’amour comme quete et comme perte, le desir de combler un vide originel par la fusion avec un autre etre.

Les cinémas du Paris d’autrefois

L’un des charmes les plus envoutants de Baisers de cinéma est sa geographie sentimentale de Paris. Fottorino nous promene entre les cinémas du Quartier Latin et un cafe de l’ile Saint-Louis, dessinant un Paris d’autrefois qui resonne étrangement avec l’univers de Patrick Modiano et son Dans le cafe de la jeunesse perdue.

C’est le Paris tel que je l’aime : celui des salles obscures ou le passe scintille encore sur les ecrans fatigues, celui des cafes ou les conversations se perdent dans la fumee, celui des rues etroites ou chaque pas peut faire surgir un fantome. Fottorino écrit ce Paris-la avec une precision onirique qui donne envie de courir retrouver les derniers cinémas de quartier avant qu’ils ne disparaissent.

Le verdict

Probablement le meilleur livre que j’ai lu depuis la rentree. Eric Fottorino signe avec Baisers de cinéma l’une des histoires d’amour les plus sensibles et captivantes de la litterature contemporaine. Le roman est court — 189 pages dans la Collection blanche de Gallimard — mais d’une densite et d’une beauté qui marquent durablement.

À retenir : Baisers de cinéma d’Eric Fottorino (Gallimard, Collection blanche, 189 pages) mêle une histoire d’amour intense à une géographie sentimentale du Paris des salles obscures, dans la veine de Patrick Modiano.

L’ecriture est ensorcelante, la quete des origines bouleversante, et le Paris que dessine Fottorino est exactement celui que j’aime. Entre les vieux cinémas du 5e, l’ile Saint-Louis et les fantomes du noir et blanc, ce roman est un enchantement absolu.

** Note : 5/5**

  • Ecriture : Ensorcelante, poetique, d’une precision onirique

  • Histoire : Quete des origines et amour impossible entrelaces

  • Point fort : Le Paris des vieux cinémas, magistralement evoque

  • A lire si : Vous aimez Modiano, le cinéma en noir et blanc ou les promenades parisiennes

Gallimard, Collection blanche, 189 pages, 14,50 euros

Questions fréquentes

De quoi parle Baisers de cinéma d'Eric Fottorino ?

Baisers de cinéma raconte l'histoire de Gilles Hector, brillant avocat ne de mere inconnue, dont le pere était chef lumiere de cinéma. après la mort de son pere, Gilles mene une enquête intime pour retrouver sa mere parmi les heroines du cinéma en noir et blanc. Le roman entrecroise quete des origines, histoires d'amour impossibles et promenades dans le Paris des vieux cinémas.

Quel est le style d'Eric Fottorino dans Baisers de cinéma ?

Fottorino deploie une ecriture ensorcelante et poetique, evoquant un Paris d'autrefois entre les cinémas du Quartier Latin et l'ile Saint-Louis. Le roman a ete compare a l'univers de Patrick Modiano pour son atmosphere de mémoire et de quete identitaire. publié chez Gallimard en Collection blanche, c'est un court roman (189 pages) d'une intensité remarquable.

Qui est Eric Fottorino ?

Eric Fottorino (ne en 1960) est un journaliste et écrivain français. Il a dirige le quotidien Le Monde de 2007 a 2011, avant de fonder l'hebdomadaire Le 1. Auteur de nombreux romans, il explore souvent les thèmes de la filiation, de l'identite et de la mémoire. Baisers de cinéma est l'un de ses romans les plus salues.