Un genre inclassable : le documentaire animé
La première fois où j’ai entendu parler de Valse avec Bachir, c’était lors du Festival de Cannes, où on lui prédisait le prix de la mise en scène, voire la Palme d’Or. Finalement, il n’a eu ni l’un ni l’autre. Mais les critiques enthousiastes ont suffi pour lancer le film, qui a dépassé les 300 000 entrées en France.
Ari Folman réussit un exploit avec, à la base, un genre inclassable — un documentaire animé ! — et un sujet difficile et méconnu du grand public : le massacre des camps de réfugiés Sabra et Chatila en 1982 par les milices chrétiennes libanaises, sous les yeux de l’armée israélienne.
L’animation au service du réel
On aurait pu craindre l’artifice de l’animation, mais il n’en est rien. Entre bande dessinée et cinéma (notamment pour le travail sur la lumière), le langage visuel employé par Folman apporte une distance nécessaire pour aborder le sujet, mais cette distance se révèle trompeuse tant on adhère à l’histoire, un peu comme on le faisait, enfant, avec nos héros préférés de BD et de dessins animés.
Dès la haletante scène d’ouverture, où vingt-six chiens enragés traversent une ville fantôme à la recherche de leur victime, on ne parvient plus à détacher les yeux de l’écran. On en sort étonnés d’avoir pris à cœur l’histoire de ce jeune homme en quête de sa mémoire.
Une enquête haletante
On aurait pu craindre l’ennui d’un documentaire, mais il n’en est rien. Ce qui fut, un temps, un vrai documentaire (filmé par Ari Folman en vidéo, puis transformé en dessin animé), devient ici une enquête qui tient le spectateur en haleine.
Ari, le personnage principal, se rend compte que des pans entiers de sa vie se sont effacés de sa mémoire, dont toute la période de la guerre du Liban. Il entreprend alors d’interviewer des amis, des participants, des journalistes, des psychologues pour retrouver le chemin des événements et se souvenir, enfin, où il était lors du massacre de Sabra et Chatila. Cette même quête intime à travers un traumatisme familial se retrouve dans My Father, My Lord de David Volach, un film israélien tout aussi bouleversant, mais aborde sous l’angle de la foi religieuse plutôt que de la guerre.
Un sujet universel
On aurait pu craindre un sujet difficile et trop pointu pour le grand public. Il n’en est rien, car Valse avec Bachir est avant tout un film sur l’inutilité de la guerre, sur les rapports humains, sur la mémoire. Nul ne l’expliquera mieux qu’Ari Folman lui-même, dans sa note d’intention :
« J’ai réalisé Valse avec Bachir du point de vue d’un soldat quelconque, et la conclusion est que la guerre est si incroyablement inutile ! Ça n’a rien à voir avec les films américains. Rien de glamour ou de glorieux. Juste des hommes très jeunes, n’allant nulle part, tirant sur des inconnus, se faisant tirer dessus par des inconnus, qui rentrent chez eux et tentent d’oublier. Parfois ils y arrivent. La plupart du temps, ils n’y arrivent pas. » — Ari Folman, note d’intention
L’héritage du film en 2026
Avec le recul, Valse avec Bachir apparaît comme un film fondateur. Il a ouvert la voie à d’autres documentaires animés comme Flee (2021) de Jonas Poher Rasmussen, nominé aux Oscars dans trois catégories. Le style visuel de Folman — cette palette chromatique réduite, ces aplats de couleur — continue d’influencer l’animation contemporaine.
Le film pose aussi des questions toujours actuelles sur la mémoire collective, le syndrome post-traumatique des soldats et la responsabilité face aux atrocités de guerre. Des sujets qui, hélas, n’ont rien perdu de leur pertinence.
Le verdict
Faut-il voir ce film ? Oui, absolument. même si le sujet ne vous dit rien, et même si vous n’aimez pas les dessins animés. même si Valse avec Bachir n’était qu’un exercice de style, il vaudrait la peine d’être vu. Mais c’est bien plus que cela : c’est un chef-d’œuvre qui questionne notre rapport à la mémoire et à la guerre.
** Note : 5/5**
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Réalisateur : Ari Folman
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Genre : Documentaire animé
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Durée : 1h27
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Année : 2008
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Récompenses : Golden Globe du meilleur film en langue étrangère, César du meilleur film étranger
Un film à (re)découvrir
Ce film mérite d’être (re)découvert en 2026. Le cinéma, comme le vin, vieillit parfois remarquablement bien — et certains films qu’on a oubliés méritent une seconde chance. Les plateformes de streaming (Mubi, Arte.tv, Amazon Prime) ont rendu accessible un catalogue immense de films qui, il y a quinze ans, étaient introuvables.
En Russie, la culture cinématographique est profondément ancrée. Les Russes sont des cinéphiles passionnés — on discute des films pendant des heures, on cite des répliques, on revoit les classiques avec la même ferveur que la première fois. Cette passion m’a suivie à Paris, où j’ai la chance de vivre dans la capitale mondiale du cinéma d’auteur.
Pour d’autres critiques de films, parcourez la catégorie Cinéma de ce blog — plus de 80 critiques, du blockbuster hollywoodien au film d’auteur asiatique, en passant par le cinéma russe. Sur le thème de la mémoire et de ses distorsions, je recommande également Reviens-moi (Atonement) de Joe Wright, dont la fin bouleversante interroge elle aussi la fiabilité du souvenir, ainsi que Les Noces Rebelles (Revolutionary Road) de Sam Mendes, un autre grand film sur les illusions perdues.
