Le concept : vous fixez le prix
Radiohead a largué les amarres. Fini le label, fini les intermédiaires. Le 10 octobre 2007, le groupe de Thom Yorke a mis en ligne son septième album In Rainbows — et c’est à vous de fixer le prix.
Oui, vous avez bien lu : vous allez sur le site inrainbows.com, vous cliquez sur « download », et quand on vous demande le prix, vous tapez ce que vous voulez. même zéro. même un euro. même cinquante. C’est vous qui décidez combien vaut la musique de Radiohead.
Pourquoi c’est génial ? Parce que même quelques euros versés directement à l’artiste lui rapportent infiniment plus que la part misérable qu’il touche sur un CD vendu en magasin. Les maisons de disques prélèvent une telle part du gâteau que l’artiste n’en voit qu’une miette. Ici, c’est du producteur au consommateur, sans intermédiaire.
Une idée proposée un an plus tôt
La blogueuse ne résiste pas au plaisir de le rappeler : un an avant Radiohead, elle avait proposé exactement ce modèle. Payer les artistes directement, court-circuiter les maisons de disques, laisser le public fixer le prix. Les commentaires de l’époque avaient jugé l’idée utopique. Et voilà que le plus grand groupe de rock alternatif au monde la met en pratique.
Comme quoi, les bonnes idées finissent toujours par se réaliser — il suffit d’avoir le courage (et la notoriété) de les appliquer.
La pochette d’In Rainbows, le septième album de Radiohead
Le coffret collector pour les vrais fans
Pour ceux qui veulent plus que des fichiers numériques, Radiohead proposait également un coffret deluxe (« discbox ») à 40 livres sterling, disponible à partir du 3 décembre 2007. Le contenu :
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Un vinyle double de l’album
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Un CD de l’album
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Un CD bonus avec des titres supplémentaires
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Le téléchargement immédiat de l’album en ligne
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Des illustrations et un livret
Le meilleur des deux mondes : le plaisir du bel objet physique pour les collectionneurs, et la gratification instantanée du téléchargement pour les impatients.
Un succès retentissant
Mise à jour du 22 octobre 2007 : les chiffres sont tombés, et ils sont vertigineux.
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1,2 million de téléchargements sur le site officiel
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240 000 téléchargements supplémentaires en peer-to-peer (P2P)
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Seulement un tiers des acheteurs n’ont rien payé — les deux tiers ont payé volontairement
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Prix moyen : 8 dollars (environ 5,59 euros)
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Revenus estimés : plus de 10 millions de dollars en une seule semaine
Comparons avec la distribution classique : quand un CD se vend 15 euros en magasin, l’artiste touche entre 1 et 2 dollars. Tout le reste va à la maison de disques, au distributeur, au revendeur. Ici, Radiohead a conservé la quasi-totalité des 8 dollars moyens. Faites le calcul.
À retenir. En vendant In Rainbows au prix libre, Radiohead a conservé la quasi-totalité des 8 dollars payés en moyenne par acheteur, contre seulement 1 à 2 dollars reversés à l'artiste sur un CD vendu 15 euros en magasin.
L’impact sur l’industrie musicale
L’expérience In Rainbows a envoyé une onde de choc dans toute l’industrie. Madonna elle-même a quitté Warner pour signer avec Live Nation, un promoteur de concerts — signe que même les plus grandes stars comprenaient que l’avenir n’était plus dans la vente de galettes en plastique.
Le modèle Radiohead a ouvert la voie : pourquoi passer par un intermédiaire quand on peut toucher son public directement ? L’album a d’ailleurs été très bien reçu par la critique, prouvant que l’absence de label ne signifie pas absence de qualité.
Mise à jour du 5 novembre 2007 : petit bémol sur l’expérience. Le paiement se faisait en livres sterling, et les banques ont prélevé une commission de change pour les acheteurs de la zone euro. Un détail agaçant qui rappelle que même les révolutions numériques butent parfois sur les vieilles habitudes du système bancaire.
La tracklist d’In Rainbows
Pour mémoire, voici les dix titres de cet album devenu historique :
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15 Step — rythme en 5/4, ouverture audacieuse
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Bodysnatchers — rock nerveux et électrique
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Nude — ballade atmosphérique et mélancolique
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Weird Fishes/Arpeggi — guitares hypnotiques en arpege
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All I Need — crescendo émotionnel bouleversant
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Faust Arp — cordes et guitare acoustique, deux minutes de grâce
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Reckoner — la ballade éthérée, peut-être le sommet de l’album
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House of Cards — groove chaleureux et voix susurrée
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Jigsaw Falling Into Place — énergie rock et urgence mélodique
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Videotape — piano solo, conclusion depouilee et poignante
