mardi 23 décembre 2008

(Ciné) Mes plus belles années de Reshef Levy

Mes plus belles années, le premier film de Reshef Levi, n'est certes pas une surprise, mais un des films qui m'ont le plus touché cette année. Dernier accord de l'année 2008, Mes plus belles années est un film à voir absolument, sans tarder!

A certains égards, cette chronique de la vie d'une famille israélienne dans les années 80 rappelle Le premier jour du reste de ma vie dont je vous ai parlé il y a quelques mois. Deux frères jumeaux, une jeune fille, l'école, la guerre, l'amour... tout cela sonne comme un bon vieux film soviétique! Et pourtant, Mes plus belles années raconte une histoire dont on ne se lasse pas: celle d'une famille dans laquelle chacun reconnaît la sienne... Les vieilles rancunes, les amours ados, les soirées entre copains et les repas en famille, ces derniers moments dont vous vous souvenez avant que vous ne deveniez adulte et que cette famille n'éclate en unités isolées de "mes parents", "mon frère" ou "ma soeur".

Il est intéressant à noter que ce plus grand succès du box-office israélien de l'année est un tout premier essai cinématographique de Reshef Levi, scénariste et créateur de pièces de théâtre de 36 ans. Il est probable que ce succès soit dû à la fois à la spontanéïté d'un premier film, mais aussi aux années de réflexion sur ce film où certains personnages sont inspirés des membres de la famille du réalisateur. Parmi eux, le père, amateur de cactus excentrique et chef de famille intransigeant, celui qui sait faire marcher sa voiture avec du whisky et incite ses fils à ne jamais abandonner leurs rêves. La mère, une boule d'émotions, partiale et attachante... Les histoires de famille se mêlent aux premiers événements qui bousculent la vie d'Erez (Michael Moshonov, vu dans Tehilim).

--bande-annonce--


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Reshef Levi évoque le éveil douloureux au moment de la guerre du Liban qui fait irruption dans les familles auparavant protégées par une bulle. "Nous vivions dans une bulle, en province, à Kefar Sava, finalement très loin de la grande Tel Aviv. Tout au long de l'été, la télévision diffusait les mêmes programmes pour enfants, dont Lost islands [le titre anglais du film], une série au sujet de cinq enfants bloqués sur une île où le temps semblait s'être arrêté." Les îles perdues, cela aurait été un joli titre pour ce film ("Mes plus belles années, cela prête tellement à confusion avec Nos meilleures années de Marco Tullio Giordana et avec Nos plus belles années de Sydney Pollac!!)

Caractéristique des films israéliens des dernières années, la qualité de la distribution: même les seconds personnages sont parfaitement crédibles et développés tant par le scénario que par le jeu des des acteurs. On notera Orly Silbersatz Banai dans le rôle de Simha, et Yuval Schar dans le rôle de Neta (je trouve qu'il y a toujours une force incroyable qui se dégage chez les actrices israéliennes, au-delà de la beauté, elles ont souvent une présence qui envahit l'écran).

Au final, une histoire, servie par des acteurs formidables, mêlant les rires et les larmes sans jamais tomber dans la caricature du mélodrame cucul la praline.

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mercredi 17 décembre 2008

(Restos) Le Marcab: luxe, goût et volupté

Certes, c'est la crise, et il paraît qu'obtenir une réservation dans les meilleurs restaurants de New York n'est plus un problème... Mais à Paris, les nouveaux restaurants continuent à s'ouvir! Comme Le Marcab, une très belle découverte dans le quartier Pasteur/Vaugirard qui commence à être prisé par les restaurateurs, surtout depuis l'arrivée de Thierry Burlot. Nom curieux, Le Marcab est tout simplement la contraction des noms de famille des deux associés (Saint-Marc et Ab?? Abry?) - et, en tout cas, une bonne trouvaille pour le référencement Google, même si les humains tendent plutôt à le lire comme "marcage" ou "marco polo".

Ouvert le 12 novembre dernier, Le Marcab est déjà taxé d'un décor "hype et bling bling" - que, pourtant, j'adore. J'en déduis donc que ce n'est que du bon goût... Décoré dans des tons gris, brun et or, avec des banquettes royalement hautes et confortables et un vrai effort sur les détails et les finitions (tout, du poivrier à la barre qui tient les lourds rideaux gris, est parfait), Le Marcab réjouit aussi par la qualité de son service, sympathique, efficace et pas guindé, et - bien sûr! sinon ce ne serait qu'un demi-succès - par la qualité et l'inventivité de sa cuisine.

De l'extérieur, on ne voit qu'une salle un brin sombre, très design, avec ces deux chandeliers qu'un fil invisible retient au beau milieu de la fenêtre. Des banquettes au tissu imprimé, un très beau bar... La deuxième salle est encore meilleure! Toujours le même décor, mais, en plus, un lustre absolument fantastique (qu'est-ce que j'aimerais en avoir un comme ça!): les détails du lustre ne sont pas reliés entre eux, mais flottent dans l'air, indépendants les uns des autres. La photo ne lui rend absolument pas justice, mais c'est une vision absolument magique. D'ailleurs, la lumière est très travaillée - les plats ne sont pas plongés dans le noir, comme dans certains restos un peu "hype", mais elle n'inonde pas non plus les convives en quête d'intimité. Un petit aperçu de la déco en vidéo:


video

Côté cuisine, ça en jette tout autant. Au début, on est effrayé par la sophistication des plats ("médaillon de lotte, crème de bacon et fèves blanches", n'est-ce pas un peu trop?) - puis, on se décide! Résultat: un Magret de canard "Apicius", mousseline de carotte à la citronnelle et navets glacés au cumin (photo à droite) est délicieux, tendre et entouré d'une sauce douce qui se marie parfaitement avec le plat. Les navets manquent un peu de goût, mais prennent avec joie celui de la sauce! Le magret est de qualité, parfaitement cuit (rosé, comme demandé) et tendre. Le filet de bœuf poêlé au satè, échalotes confites et darphin de pommes de terre fut si bon que je n'ai pas pu en goûter une miette... sauf le darphin, excellent dans le style "rösti design". Ne zappons pas le dessert! Il n'y a plus de terrine de fromages, mais le plateau de fromages fait bien l'affaire, avec toujours des produits de grande qualité (c'est bien connu, c'est la moitié de la réussite du plat!). Quant à moi, je goûte la Salade d'oranges épicées et sorbet cacao (photo à gauche), mariage inattendu mais totalement maîtrisé! Les oranges aux épices (qui rappellent un peu le thé de Noël de Mariage Frères) sont plongées dans une petite "soupe" de jus; le sorbet de cacao est déposé par dessus - son goût, très concentré en cacao et presque pas sucré, fait ressortir celui des oranges. "Cerise" sur le gâteau - une framboise bien sucrée et juteuse, en plein hiver... Subtil! Pour accompagner le tout, une corbeille de pain (baguette/baguette aux céréales, très bonne) et une bonne bouteille de vin. Une soirée parfaite!

En pratique:

Le Marcab
225 rue de Vaugirard (face à la station Volontaires)
75015 Paris
Tel. 01 43 06 51 66
Formule 35€ (entrée, plat, dessert).

Lire aussi une critique chez CroqueCamille, avec plein de (très belles) photos!
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mardi 16 décembre 2008

(Ciné) Burn after reading des frères Coen

"Halfway between a good Coen brothers movie and a terrible Coen brothers movie." (Matthew de Abaitua, Times). On ne pouvait mieux résumer ce qu'est le nouveau film des frères Coen. Que de promesses! Une comédie des frères Coen: comment résister, après avoir tant ri avec The Big Lebowski, Ladykillers ou O'Brother? Pour Burn after reading, les frères Coen n'ont utilisé que des ingrédients de choix... et pourtant, quelque chose cloche! Après réflexion, cette farce d'espions aux airs de Johnny English et de Austin Powers, l'espion qui m'a tirée couplés avec un mélange d'Ocean's 13 et de Ladykillers... me rappelle surtout le "traditional English trifle" que cuisinait Rachel dans Friends (voir l'extrait en question). Voilà ce qui s'était passé: les pages de son livre de recettes s'étant collées, elle finit par mélanger crème anglaise et confiture au sauté de boeuf aux oignons dans un dessert pour le moins étonnant. Dans Burn after reading, le mélange est tout aussi détonnant... et le soufflé tombe à plat.


Certes, l'idée des frères Coen est brillantissime: écrire des rôles à contre-emploi pour des acteurs qu'ils connaissent bien. Idée brillantissime, certes, mais qui conviendrait davantage pour un spectacle de sketches ou un one-man show. Résultat: un Brad Pitt drôle comme jamais dans ce qui, pour moi, est son meilleur rôle. George Clooney pour une fois pitoyable (et toujours obsédé par un détail, comme dans chacun de ses rôles chez les frères Coen). John Malkovitch qui, pour une fois, ne joue pas une incarnation de l'intelligence. Seules les femmes (Tilda Swinton et Frances McDormand, l'épouse de Joël Coen pour qui c'est une septième collaboration avec les deux frères) restent fidèles à elles-mêmes: Tilda Swinton est parfaite dans le rôle d'une femme froide et castratrice qui lui colle à la peau (cf Michael Clayton), et le jeu de Frances McDormand rappelle parfaitement ce qu'elle avait fait dans Fargo. Si chacun des acteurs surjoue jusqu'à devenir la caricature de sa propre caricature, c'est Frances McDormand qui atteint les sommets du soutenable avec une interprétation presque aussi irritante que celle de Sally Hawkins dans Be Happy (et on pensait que c'était impossible!) Les deux films sont d'ailleurs en lice pour le Golden Globe de la meilleure comédie.

Quant à l'histoire, elle n'est intéressante que dans la mesure où elle donne lieu à quelques scènes d'anthologie (un coup de téléphone mémorable, et un coup de feu drôle à en mourir) - des scènes qui, tels des sketches, pourraient être vues séparément. Mais, vu de loin, on a du mal à croire à cette histoire de l'idiotie humaine (peut-être plus à cause du jeu forcé des acteurs que du scénario lui-même): une histoire aussi improbable devrait se baser sur des faits réels pour pouvoir être crédible. Finalement, réunir une histoire d'espions, une bande de bras cassés, de l'humour noir et du comique de situation ne réussit pas le trifle si le scénario ne prend pas!

Préparé en même temps que No Country for Old Men, Burn after reading est un revers de la même médaille: comme si les frères Coen avaient besoin de cet échappatoire idiot où l'on rit aux éclats sans raison apparente pour compenser la tension et la noirceur de No Country for Old Men. De ce point de vue-là, Burn after reading est un succès. Du point de vue des spectateurs, c'est plus mitigé...

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vendredi 12 décembre 2008

(Gourmandises) Des wagashi chez Toraya, ou le Japon à Paris

Le quartier entre Madeleine, Concorde et place Vendôme concentre la quintessence de l'art du salon de thé de la Rive droite avec, notamment Angelina (et son chocolat chaud indétrônable), 1 T rue Scribe (dont je vous parle bientôt), Ladurée (et son Saint-Honoré à la rose)... et plein d'autres. Décor soigné mais ambiance un peu surfaite, desserts proches de la perfection gastronomique, service un peu guindé ou suranné mais tellement chaaarmant... tout cela, on le retrouve chez Toraya, mais... de façon détournée. Car Toraya est un salon de thé japonais, et rien n'est pareil de l'autre côté du globe, c'est bien connu depuis qu'aAlice au pays des merveilles s'est posé la question sur les antipodes et les antipathes. Toraya est ainsi un bien curieux mélange de l'ambiance "8ème arrondissement" et de la tradition japonaise de desserts, wagashi, et de la cérémonie du thé, bien évidemment. Au final, une expérience dépaysante aux confins de la luxure... et du minimalisme.

Le wagashi (wa (japonais) et kashi (fruit) est une pâtisserie japonaise traditionnelle. Ce sont des desserts bien particuliers: aux quelques ingrédients de base (sucre de canne, haricots, agar-agar, farine de riz et farine de blé) s'ajoutent des ingrédients "éphémères", en fonction des saisons: des marrons en hiver, des fleurs de cerisiers en printemps, et ainsi de suite. Plus qu'un dessert, le wagashi est un concentré gastronomique de la réflexion sur la nature, la littarature ou la peinture... autant vous dire qu'il faut le savourer lentement pour avoir le temps de réfléchir à tout ça.

Bien évidemment, les clients parisiens de Toraya ne s'adonnent pas toujours à ce genre de réflexion. Un samedi après-midi, c'est surtout l'endroit où échouent des shoppeurs fatigués (face à moi, un homme au visage si las que je lui trouve quelque chose de canin, oui, son visage me rappelle un bloodhound) , où ont lieu des first dates soigneusement planifiés, où viennent prendre une tasse de thé des couples qui n'ont rien à se dire et qui mangent en silence... Bref, tous ces gens que vous espérez ne jamais devenir ou êtes ravis de ne plus être. A ma gauche, justement, un jeune homme se lance dans un monologue laborieux visant à séduire sa compagne. C'est clairement leur premier rendez-vous... "Je lis, oui. Je lis. Mais c'est dur. J'avais commencé à lire Lacrimosa. Mais j'ai arrêté. Au boût de 48 pages! J'étais essouflé." - venant d'un type qui a l'air de passer bien plus de temps dans une salle de gym que dans une bibliothèque, c'est doublement étonnant. La conversation glisse sur la nourriture, terrain où il se sent plus à l'aise, face à sa compagne qui ne sait pas ce que c'est qu'un KFC (je vous jure): "C'est comme la Brioche Dorée", lui explique-t-il, l'air nonchalant. Puis continue: "Je ne mange pas que chez mes parents, je me fais aussi à manger! Alors j'ai mangé copieusement et j'ai pris deux vodkas..." En fait, comme beaucoup de salons de thé, Toraya est un excellent terrain de chasse pour les amateurs de la Comédie Humaine. Et oui, je l'avoue, je me suis emparée d'un stylo pour noter, noter, noter ces dialogues aussi succulents que les wagashi...

Justement, qu'en est-il des wagashi? J'aime beaucoup le gâteau matcha à l'azuki aux marrons glacés (photo); la texture un peu farineuse du thé marcha et des marrons glacés est parfaite! Je suis aussi une grande fan de leur glace (ou sorbet?) au thé vert et, encore plus, de la glace (là je suis sûre) au sésame blanc, absolument délicieuse. Et puis, bien sûr, bien sûr, les macarons, très délicatement parfumés et beaucoup moins sucrés que les macarons de Ladurée, par exemple... Le tout accompagné d'un thé (je prends souvent un genmaicha au riz grillé), joliment présenté, exhalant de douces odeurs... (je suis en train d'écouter du jazz en rédigeant ce billet, alors ça me rend romantique. Non parce que sinon, Toraya, faut pas rêver non plus, ce n'est pas l'endroit magique qui vous fera tout à coup découvrir la philosophie ou la beauté d'une fleur de cerisier emprisonnée dans de la gelée, il faut y mettre de l'imagination!)

Mon imagination, je l'ai emprisonnée dans cette jolie (je me flatte) photo faite avec un Lomo (voir mon post d'hier sur les Lomo) - je parle de la photo tout en haut de ce billet. J'aime beaucoup cette atmosphère floutée-feutrée mais très graphique: la quintessence du Japon, la douceur et l'ordre.

Pour en savoir plus:
Le site de Toraya avec plein de photos et descriptions alléchantes de wagashi
Un reportage dans Madame Figaro sur la nouvelle mode des wagashi (je suis terriblement dans le vent).

En pratique:
Toraya
10, Rue St-Florentin,
75001 Paris

tlj sauf dimanches et fêtes

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mercredi 10 décembre 2008

(Photo) Lomo, le parfait imparfait, ou "C'est moi qui l'ai fait!"

Le mois de la photo vient de se terminer, et je n'ai bien évidemment rien vu, occupée comme je suis! Alors... alors je me suis enfin décidée - non, non pas de sortir de chez moi pour me traîner à une expo - mais de vous parler de mes essais lomographiques.

A l'origine, le Lomo est un appareil photo de piètre qualité fabriqué par LOMO à Leningrad (LOMO est une abbréviation du Cosortium optico-mécanique de Leningrad - ce sont des génies du marketing, là-bas!). En 1991, deux étudiants autrichiens, Matthias Fiegl et Wolfgang Stranzinger, se baladent au marché à puces de Prague et tombent sur un Lomo LC-A. Ils l'utilisent pour faire des photos de leurs soirées - vous voyez, le genre de photos que nous avons tous faites, mal cadrées, mal éclairées mais... totalement délirantes. Matthias et Wolfgand exposent donc leurs chefs-d'oeuvre dans leur appartement. Les copains adorent... et le concept est né. Mais, en 1991, on ne badine plus avec la production en URSS: la production des Lomo est arrêtée. Les deux étudiants n'en démordent pas, et, un an plus tard, persuadent le directeur de redémarrer la production des Lomo dont ils seront désormais les distributeurs mondiaux. Depuis, les Lomo sont fabriqués en Chine... mais le concept est resté d'origine.

Le concept justement: laisser faire le hasard et oublier les règles! Il s'agit de négliger toutes les règles de l'art photographique (ou, du moins, ne pas y penser à chaque instant) pour privilégier la spontanéité. Le résultat? Des clichés dont se dégage souvent la force d'un instant, la chaleur d'une ambiance, la personnalité d'un portrait...

© Une Russe à Paris


Les photos prises avec un Lomo (dont il existe aujourd'hui des dizaines de versions l'une plus loufoque que l'autre) ont un rendu très particulier: comme je disais plus haut, ce sont des appareils-photo qui ont une très mauvaise optique, ce qui rend chaque cliché unique. Pour paraphraser Tolstoï, tous les bons appareils se ressemblent, tous les mauvais appareils le sont chacun à sa façon. Cette mauvaise optique produit souvent des défauts qui rendent les photos très intéressantes: des couleurs très saturées (i.e. plus que "vives" - pour ceux qui ne maîtrisent pas le jargon photographique) voire complètement fausses, et le vignetage (lorsque les bords de la photo sont plus foncés que le centre).

Les quatre photos que vous voyez ont été faites par mes blanches mains avec un Lomo d'emprunt (très bonne idée, d'ailleurs, de l'emprunter à un copain histoire de voir si ça vous plait. Après, le problème, c'est que ça plait, et qu'il faut acheter). En haut, le petit terrier écossais en promenade entre Opéra Garnier et place Vendôme (ça se voit vachement sur la photo, je sais). Puis, une installation dont je vous avais déjà parlé ici - "Dehors - dedans fluorescent" de Jean-Claude Le Gouic. Ce sont des espèces de fils un peu mous qui permettent de rentrer à l'intérieur du cube (--> vous êtes à l'intérieur d'une oeuvre d'art). Les enfants avaient tout de suite adopté le principe! J'adore le côté suranné des photos, le Lomo donne exactement le même grain que l'on peut observer sur des photos publiées dans des magazines des années 1970. Fantastique!

© Une Russe à Paris


Et enfin un essai sur des feuilles rouges - comme vous voyez, les couleurs virent vers un rose fuschia bien clinquant, j'adore! Et bientôt, une petite photo prise chez Toraya (billet à suivre).

En savoir plus:

Voir les dix commandements du lomographe ici.
Voir le groupe consacré au Lomo sur Flickr.
Voir quelques photos prises avec le Holga (moyen format, donc des photos carrées) ici.
Voir ici comment obtenir un "effet Lomo" à partir de clichés numériques faits avec un appareil photo normal.

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dimanche 7 décembre 2008

(Théâtre) Le Mariage de Figaro à la Comédie Française

C'est probablement le rêve de tout amateur de théâtre (ou d'art en général) - une surprise venant de là où l'on l'attendait le moins. Une pièce bien connue, une institution vénérable, gardienne des traditions théâtrales; et, de plus, même pas une nouvelle production, mais une reprise... Tout dans cette représentation privatisée à l'occasion de la rentrée du Barreau de ParisTout promettait une soirée ordinaire. Que nenni! Pour rien je n'aurais raté cette folle journée soirée.

Il y a quelque temps, je vous avais parlé de la pièce d'Odon von Horvath, Figaro divorce, donnée à la Comédie Française en miroir au Mariage de Figaro. Je vois donc l'histoire de Figaro à l'envers, mais quelle joie de terminer sur un happy end! D'autant plus que la pièce entière est un feu d'artifice de talents, de joie de jouer, d'étonner le public, de courir, de s'exclamer, de feindre - bref, tout simplement, de vivre sur scène.

Car c'est ce que font les acteurs de cette folle journée, à commencer par l'excellent Comte de Christian Hecq, entré dans la troupe de la Comédie Française il y a seulement trois mois. Certains diront - "il surjoue, il cherche trop à faire rire!" - il n'en est pas moins qu'on rit et qu'on y croit, à son compte macho et ridicule. Pour moi, c'est à lui que l'on doit une bonne partie de la réussite de cette pièce. Laurent Stocker construit un Figaro dont le sens de la repartie n'égale que son énergie; il endort néanmoins la moitié de la salle lors de son monologue du 2e acte. Face à eux, un duo de femmes de tête: une Comtesse d'Elsa Lepoivre, belle, élégante et dramatique sans tomber dans la caricature; et une Suzanne d'Anne Kessler (cf photo à droite) un brin trop sage et bien moins pimpante et manipulatrice que ce dont on aurait pu rêver (cela fait un peu penser à des situations du genre "Si elle était la seule femme sur de ce château, on comprendrait pourquoi tout le monde lui court derrière") - ce qui ne me nullement en cause la qualité de son jeu. Mention spéciale à Benjamin Jungers (photo en haut) en Cherubin (rôle dans lequel il fit ses débuts, l'année dernière, sur les planches de la Comédie Française), jeunot enflammé et amoureux de l'amour, constamment à bout de souffle et ne tenant pas une seconde sur place.

Le metteur en scène Christophe Rauck occupe l'immense plateau avec aise et inventivité, grâce à des décors mobiles et astucieux et une direction d'acteurs proche de la perfection. Jamais je n'ai remarqué à quel point le texte du Mariage de Figaro était contemporain... et à quel point le sens de l'humour de Beaumarchais pouvait encore faire rire! Plus qu'une histoire de lutte de classe, nous sommes ici dans un galerie de portraits où les rapports de force se dévoilent dans toute leur compléxité.

Faut-il aller le voir? Courez-y! Aucun "mais". Vous avez jusqu'au 25 janvier!

En pratique:

Comédie Française (salle Richelieu - celle à Palais-Royal)
Place Colette 75001
Réservation de places sur le site de la Comédie

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jeudi 4 décembre 2008

(Restos) Toujours imité, jamais égalé...

Ah, les pluies arrivent, et on a envie à la fois d'un bon plat un brin lourd, d'un peu de chaleur et... d'une réminiscence de l'été. Bingo! Le falafel! Et - comme vous le savez peut-être - il y a une maison à Paris où il faut avoir goûté le falafel, c'est... roulement de tambours... l'As du Fallafel ("toujours imité, jamais égalé", comme l'indique judicieusement la devanture, depuis 1979).

Au coeur du Marais, rue des Rosiers, l'été comme l'hiver, l'As du Fallafel reste l'épicentre de l'émeute des parisiens affamés et des touristes en mal d'exotisme: la queue, vous la voyez et l'entendez de loin. Au premier regard, on pourrait laisser tomber tant sont nombreux les amateurs des petites boulettes de pois chiches et autres délices moyen-orientaux. Mais la queue avance vite et, cinq minutes plus tard, vous êtes à l'intérieur!

Le secret, c'est ce service ultra-rapide - ça court, ça crie, ça jette les cartes sur les tables, vite, vite, vite! Et puis finalement, on s'y sent bien: beaucoup viennent avec des enfants, des copains... et cette ambiance décontractée n'est pas sans rappeler certains cafés de Tel-Aviv. Ce n'est certes pas un endroit pour un rendez-vous galant, mais idéal pour une pause rapide après une promenade dans le quartier, ou après une expo. A côté de notre table, deux japonaises se tiennent toutes droites sur leurs chaises, ne sachant où poser leur petits sacs à main dernier cri. Intriguées, elles pignochent dans leur pita-falafel avec une fourchette (mais quelle idée!), et, l'air suspect, relisent leur guide de Paris en japonais. En effet, l'As du falafel figure dans plusieurs guides du Soleil Levant et les Japonais affluent par petits groupes pour se retrouver, à leur grande surprise (ce sont en général des Japonais ultra-branchés), dans une antre chaude sentant l'huile de friture, le schawarma et les pois chiches. Un vrai choc des cultures! Cela ne fait qu'amuser les habitués, qui ne réagissent plus au bruit ambiant: finalement, nous ne sommes là que pour une seule chose: la nourriture!

Le grand classique, c'est la pita-falafel (ou pita-schawarma-falafel) - à déguster avec les doigts, accompagnée d'une citronnade maison (délicieuse), d'un jus de carottes fraichement pressé ou d'un lait au sirop d'orgeat. Mais il y a aussi les "assiettes" (globalement, c'est le contenu de la pita qui est - un peu plus - joliment disposé sur une vraie assiette) - pour ceux qui réchignent à enfoncer leur dents dans une pita dégoulinante de sauce (qui se marie à merveille avec les ingrédients - le falafel, bien sûr, mais aussi des légumes, des choux, de la salade, des tomates...). Un vrai repas d'ogre qui pourrait décomplexer les bouches les plus fines!

En pratique: ça marche aussi en vente à emporter (il y a deux queues distinctes; on vous donnera un ticket avec un numéro et on vous appellera). Pour une queue de dix-quinze personnes, prévoyez dix minutes d'attente.

L'As du Fallafel
32 rue des Rosiers
75004 Paris

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jeudi 27 novembre 2008

(Musique) Grigory Sokolov interprète Mozart et Beethoven

Elle s'élance, saute et... s'immobilise en équilibre au-dessus du vide. Le fil qui la maintient est si fin... mais elle avance, en respectant la trajectoire sinueuse dont elle seule connaît la destination - et on a très peur qu'elle ne s'interrompe, engloutie par le ciel étoilé, et que l'on reste à jamais orphelin à l'envers - sachant d'où l'on vient, mais ignorant où l'on va. On se tient droit sur sa chaise en essayant de ne pas trop bouger, on serre les mains très fort, comme si, en le faisant, on allait la maintenir sur son fil - et on prie pour que la toux, cette traître, ne vienne pas gratter notre gorge. Un spectacle de saltimbanque? Non. Une sonate de Mozart sous les doigts de Grigory Sokolov, hier soir au Théâtre des Champs-Elysées.

Je vous avais déjà parlé de Sokolov l'année dernière - et je continuerai sûrement, tous les ans, en novembre, de chanter mon admiration pour ce pianiste hors du commun. Longtemps resté loin des feux de la rampe (au sens propre - il salue toujours en restant derrière son piano, en toute modestie, - et au sens figuré, car les médias lui préfèrent souvent des pianistes plus jeunes, plus beaux... plus outrageusement voyants), Grigory Sokolov est aujourd'hui l'un des plus grands pianistes du monde. Au-delà de sa technique époustouflante, ce sont surtout ses interprétations toujours très subjectives des œuvres classiques qui lui valent cette réputation. Derrière chaque thème, chaque mesure, chaque note, chaque instant même - il y a une pensée. "Que suis-je en train de dire? Est-ce que ce que je dis est ce que j'entendais dire?"

Deux métaphores pour les non-mélomanes: imaginez, tout d'abord, un très grand danseur (ce qui fait souvent un très grand danseur - ou chanteur, for that matter, c'est non seulement le talent, mais aussi l'intelligence et la capacité à théoriser): Baryshnikov - ou, parmi nos contemporains, Kader Belarbi. Imaginez-le maintenant à presque soixante ans - avec un bagage de réflexions sur la danse et une vraie vision de l'art. Mais... "si la jeunesse savait, si la vieillesse pouvait" - les contraintes d'un corps devenu trop vieux ne lui permettront pas de réaliser ce qu'il veut dire. Dans la musique classique cette barrière est levée (on n'est jamais trop vieux pour agiter la baguette de chef d'orchestre) - avec l'âge, Grigory Sokolov n'a rien perdu de sa technique, tandis que ses interprétations ont gagné en profondeur et sont devenues, pour certaines d'entre elles, de vraies improvisations.

Une deuxième métaphore pour vous permettre de comprendre la différence entre une musicien qui joue une oeuvre, et un interprète comme Sokolov. Imaginez-vous que le pianiste est un metteur en scène, et que la sonate qu'il joue est une pièce ou un film. Imaginez maintenant que ce metteur en scène décide de s'attaquer à un remake de Titanic. Il décide que Rose sera une brune aux yeux noirs, que le paquebot n'ira plus aux Etats-Unis, mais en Amérique latine, que l'histoire n'aura pas lieu au début du XXe siècle, mais, par exemple, à l'époque de Christophe Colomb. Et maintenant, le texte. Il décidera que, au lieu de crier "Jack! Jack!" de façon hystérique, Rose le dire d'une voix cassée, sourde, plus basse que d'habitude, le soufflé coupé... La même chose pour un réalisateur qui décide de faire un film d'après un événement réel - il décidera de quoi auront l'air les personnages. C'est exactement ce que fait un vrai interprète avec une oeuvre musicale. Chaque phrase a un sens, et les sons ne sont que des mots - c'est à lui de décider ce qu'ils voudront dire vraiment. Les interprétations de Sokolov sont à la musique ce que les films d'Antonioni furent à la réalité - une révélation.

Au programme, deux sonates de Mozart (la sonate n° 2 en fa majeur K. 280 et la sonate n° 12 en fa majeur K. 332), et deux sonates de Beethoven (la sonate n° 2 en la majeur op. 2 n° 2, et la sonate n° 13 en mi bémol majeur op. 27 n° 1 "Quasi una fantasia"). C'est la première fois que j'entends Sokolov jouer Mozart. Je crois que je vais devoir jeter mon coffret de 99CD de Mozart (ou, en tout cas, tous les volumes piano) - car toutes les interprétations me paraitront maintenant plates et pâles... En écoutant Sokolov jouer Mozart, on a l'impression de lire un livre, on devine presque l'histoire, on rit, on s'étonne de certains choix (ça, on ne peut le faire que si l'on connaît l'oeuvre d'avance - pour ma part, j'avais joué la sonate n° 12, et c'est étonnant de voir Sokolov remplacer les marcati par des staccati, de se poser sur certaines notes un dixième de seconde de plus - et ça change tout!).

Les sonates de Beethoven, curieusement, font naître dans l'esprit des tableaux de cinéma - dont la scène sous la pluie de Match Point (pour une raison inconnue, le Match Point façon Sokolov se situe pour moi sur un terrain de golf, pas de tennis - les passages de Beethoven dans la sonate n° 2 ressemblent beaucoup plus au roulement d'une balle de golf qu'aux rebondissements d'une balle de tennis). Peu à peu, on associe chaque thème à un personnage, on imagine les dialogues... Pensez-vous que je suis en train de devenir folle? C'est que vous n'avez jamais entendu jouer Sokolov.

A la fin - une ovation (mais lui arrive-t-il de recevoir un accueil différent?), et six bis - cinq Chopin (il sait, malin, que le public n'attend que ça - personne ne joue Chopin comme lui!) - dont le Prélude en E-minor, Suffocation, Op. 28 No 4, le Prélude No 9 en E-dur Largo, et le Prélude en D-minor, Storm, Op. 28 No 24; ainsi qu'un prélude de Scriabine (m'indique une bonne âme dans les commentaires - merci!). Ah, le jeu éternel des mélomanes - deviner les morceaux bissés!

Dans mon élan, je n'ai pas pu m'empêcher d'acheter le coffret Bach, Beethoven, Chopin, Brahms... tant j'avais envie de prolonger la magie du concert, bien que je sache que rien ne peut l'égaler! L'attente jusqu'à l'année prochaine sera longue... Sokolov ne vient à Paris qu'une fois par an! La prochaine fois, promis, je vous avertirai de son passage.

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dimanche 23 novembre 2008

(Ciné) Musée haut, musée bas. Décalez-vous!

Une comédie en "vignettes" sur le monde du musée, ça a l'air un peu lourd... et ça peut l'être, sauf si vous avez un bon sens du deuxième degré et un amour incosidéré pour l'environnement muséal - ce qui, apparemment, est mon cas. Comme toutes les comédies qui ont une bonne critique dans le Télérama, "Musée haut, musée bas" est à prendre avec des pincettes: fera rire, ne fera pas? Au final, une comédie absurde (parfois un brin lourde) à l'humour mordant, dont l'esthétisme de la mise en scène réjouira les amateurs d'art.

"Musee haut, musee bas" était à l'origine une pièce de Jean-Michel Ribes qui s'attelle ici à la réalisation. N'ayant pas vu la pièce, je ne peux donc pas faire de comparaison du style "Naaaan, la pièce était vachement meilleure". Mais prenons le film.

L'histoire: autant le dire tout de suite, il n'en y a pas vraiment. Il n'y en a pas, comme dans les films français aux mille personnages, ou comme... dans les films américains d'action/d'aventure (ceux où l'histoire existe en tant qu'accessoire aux batailles de mer). Je m'explique.

Dès les premiers plans du générique, je me suis dit: "On s'est trompé de salle": le premier logo à apparaître fut celui de la Warner. Et pourtant si, la salle était la bonne, et c'est bien la Warner qui a produit "Musée haut, musée bas". Mais qu'est-ce que la Warner vient faire dans un film français, sur le musée qui plus est? C'est là que commence l'histoire: en fait, le musée (un lieu rêvé, un mélange du Grand Palais, du Louvre et du Centre Pompidou - des « morceaux » ont été en fait tournés au Petit Palais, au Louvre, à Guimet, aux musées de l’Architecture et des Beaux Arts) est envahi par les plantes vertes et la nature en général. Cela donne lieu à de nombreux effets spéciaux et des cris hystérico-héroïques "Sauvons le musée!" - les deuxièmes ne se concentrant heureusement que dans les dix dernières minutes du film. A dire vrai, on s'en fout un petit peu - sauf lorsque cette histoire un brin bancale (ça sent un peu le Nicolas Hulot à l'envers) donne lieu à de jolis retournements et jeux de mots d'oeuvres.
--bande-annonce--


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120 rôles, tous joués par de grands acteurs - souvent écrits pour et avec eux - c'est du sur-mesure à la française! Tous avaient adoré la pièce, et ont adhéré au projet du film en laissant leur égo au vestiaire. Par les temps individualistes qui courent, cela fait plaisir. Le film s'éparpille en des dizaines de morceaux caleïdoscopiques à l'esthétique qui n'est pas sans rappeler Quadrille, le premier film de Valérie Lemercier. Les costumes des personnages sont aussi réjouissants que les oeuvres exposées (avec une expo photo au-delà du réel, inauguré par André Dussolier en ministre de la Culture qui a gardé la veste de Christine Albanel). Les dialogues le sont parfois moins. Comme dans tout film à vignettes, il y en a de bonnes et de moins bonnes. La bonne nouvelle, c'est qu'on n'aime pas toujours les mêmes! Mes préférées: la guide; le choeur "grec" des gardiens des salles, dirigé par Fabrice Luchini; l'artiste et son oeuvre autour de sa mère (même si, au début, on est lassé - la culmination de l'histoire vaut le coup); le public du vernissage de l'expo-photo; les ouvriers transportant Pietà; le tour privé du musée pour les Madones; Muriel Robin et Kandinsky; l'exposition Karl Paulin... Parmi celles qui m'ont vraiment lassées, l'histoire des deux familles Province (celle avec Jugnot, et celle avec la parking Rembrandt). Mais même dans les histoires qui lassent il y a parfois des perles, comme cette vision de deux "infantes" naines aux robes froufroutantes qui passent dans le parking Velasquez.

Au final, une excellente réflexion sur le musée, les types, les archétypes, les personnages, mais aussi (et surtout!) les oeuvres et leur choix. Contre-indiqué aux gens allergiques à l'absurde. Conseillé aux spectateurs ayant fait Histoire de l'art/Muséologie/Médiation culturelle ainsi qu'à tous ceux que leurs parents ont traîné dans les musées dès l'âge de deux ans.
Attention, il y a énormément de gens déçus... Si vous n'êtes pas sûrs, attendez le DVD, ou regardez les extraits sur Allociné (une bonne partie des meilleurs y est!)

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mercredi 19 novembre 2008

(Cine) Alexei Guerman aux Rencontres de Saint-Denis

Après "Regards de Russie", c'est au tour des Rencontres cinématographiques de Saint-Denis d'accueillir le cinéma russe: Aléxeï Guerman, un des plus grands réalisateurs russes contemporains, sera là pour deux rencontres avec le public et une rétrospective de trois films. Très remarqué à Cannes avec son "Khroustaliov, ma voiture!" sur la Russie à l'heure de la mort de Staline, Guerman est un réalisateur très particulier - à découvrir absolument! Son oeuvre, toute en noir et blanc, se centre essentiellement sur la Russie entre les années 1930 et 1950.

Guerman doit être le cauchemar de tout producteur de cinéma - méticuleux, il met des années à tourner et à terminer un film (huit ans pour Khroustaliov). De 1772 à 1999, il n'en a fait que quatre. Son prochain, Il est difficile d'être Dieu, est "presque" prêt - les quelques journalistes russes qui l'ont vu en Russie crient au chef-d'oeuvre... quant au public, il devra patienter! Aucune date de sortie n'est officiellement annoncée; quelques extraits seront montrés au festival de Saint-Denis en exclusivité.

Notez également le passage du dessin animé de Youri Norstein, "Le hérisson dans le brouillard" - élu en 2003 meilleur film d'animation de tous les temps à Tokyo. (vous pouvez aussi le voir ici; tant que vous y êtes, regardez aussi son Conte des Contes, un chef-d'oeuvre).

En pratique:

Vendredi 21/11 (Le Méliès/Montreuil):
20h30 Khroustaliov, ma voiture!
Samedi 22/11 (L'Ecran/Saint-Denis):
18h La Vérification
20h45 20 jours sans guerre
Site web: www.cinemas93.org
Programme: ici
Filmographie de Guerman: ici

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lundi 17 novembre 2008

Du temps, des livres, de l'air

"Les livres nous obligent de perdre notre temps d'une manière intelligente".
Mircea Eliade


Ces derniers jours, une vague sensation de repli (ça doit être la crise ?) Je fais une overdose d’actualité. Je lis des livres qui ne datent pas de la dernière rentrée littéraire (en l'occurence, 84, Charing Cross road - une merveille dont je vous parle sous peu), vois des films qui ne datent pas d’hier (Riens du tout et Ni pour, ni contre, mais bien au contraire de Cédric Klapisch), dîne non pas dans un restaurant "qui vient d'ouvrir", mais dans celui où j'ai déjà été dix fois et où je commande toujours la même chose (restaurant dont je tairai le nom, je suis égoïste et ne veux pas que Tout Paris vienne occuper les quelques places de ce minuscule paradis gastronomique. J'ai la douce folie de croire que le Tout Paris lit mon blog).

Je suis allée voir un film au festival du cinéma russe (complet une heure avant le début de la séance) et ai quitté le navire bredouille en emportant une brochure annonçant la programmation des "100 plus beaux films de l'histoire du cinéma" au Reflet Médicis, cette année. Bingo! Après réflexion, je verrais bien Citizen Kane plutôt que l'Echange.

Puis, enfin, ce matin, je lis le blog d'Elsa (que j'adore), et que vois-je? Un joli mot sur le temps perdu, le temps rattrapé, "ce temps que je récupère miraculeusement en me décommandant à la dernière minute", "ce plaisir indicible de disposer soudain d'un temps que vous aviez cru perdu". Ca y est, je commence à comprendre... Après l'écologie et l'impératif d'économiser les ressources naturelles, l'ordre du jour (mon ordre du jour personnel) sera à la lutte contre le gaspillage du temps!

L'autre jour, je me disais, en lisant 84, Charing Cross Road, que cela me prenait le même temps de lire un livre que de lire un magazine; que la pile des Télérama à peine feuilletés qui s'amasse au pied du canapé équivaut, en termes de temps, à deux bons tomes de Pléïade... et que je devrais peut-être me résoudre à résilier mon abonnement, à arrêter de suivre l'actualité des expos, à aller voir un musée où il n'y a AUCUNE expo, comme ça, pour changer, et à écouter ENFIN le coffret intégral de Mozart que j'ai acheté l'année dernière et dont j'ai dû écouter cinq ou six sonates. Que je devrais arrêter d'essayer d'écrire en gardant trente onglets de navigation Internet ouverts. Et, de temps en temps, s'installer dans un café, prendre un café crème, un bon livre et, ainsi isolée dans ma bulle, plonger dans une histoire dont la profondeur n'aurait d'égal que la platitude de l'actualité. Ce serait pas mal, tout ça, non ?

En lisant La quatrième Vologda de Chalamov (un grand écrivain russe - en passant, lisez ses Récits de la Kolyma si vous ne connaissez pas), je suis tombée sur un passage où il décrit ses soirées d'adolescent. Que fait donc le jeune Varlam ayant obtenu la permission de rentrer tard le soir? Non, il n'en profite pas pour aller en boîte ou organiser une soirée jeux vidéo chez des potes. Il passe la soirée chez un copain qui a la chance d'avoir une vraie bibliothèque, et ils s'enivrent alors de... La Chanson de Roland. Incroyable, non? Le tout se passe à Vologda, une ville de province du Nord russe, au début du siècle.

On n'arrête pas le progrès, certes, mais parfois j'ai l'impression que l'on devrait.

PS: j'écouterais quand même tous les matins Ali Baddou sur France Culture pour garder un oeil une oreille sur le monde.

Crédits photo: Alfred Cromback, www.alfred-cromback.com

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mardi 11 novembre 2008

(Resto) Chez Papa, cuisine de Sud-Ouest

Ah, Chez Papa, encore une institution - irremplaçable ambassadeur à Paris de la cuisine de Sud-Ouest. Un restaurant idéal pour un bon déjeuner ou dîner entre amis. Evitez cependant d'y amener vos copines au régime et les fines bouches.

La déco est sans intérêt et plutôt cantine, ce qui n'est point dérangeant pour cet endroit qui se veut convivial. Malgré la profusion de dénominations sur le menu, on finit tous par se rabattre qui sur la Boyarde complète (salade, pommes de terre sautées, jambon, cantal, bleu et deux oeufs au plat par-dessus) ou sur la Maxi-Papa (cf photo: salade, pommes de terre sautées, gésiers, foies de volaille, lardons, tomates, cantal). Les produits sont frais, les gésiers et les foies parfaitement cuits, rien à dire de ce côté-là, sauf peut-être des pommes de terre à peine ramollies, mais je chipote. Les salades sont servies dans des espèces d'énormes casseroles d'environ 20-25cm de profondeur (sic!) qu'on a du mal à finir. Nous entamons gaiement une bouteille de vin quand une vieille dame nous aborde en s'exclamant: "Ca me fait tellement plaisir de vous voir manger!" On était tout sages et mignons, paraît-il. En tout cas, on a été ravis d'apprendre que la vue de six gloutons pouvait encore ravir les vieux.

D'après de nombreux commentaires (dont la plupart sont négatifs) qui pullulent sur Internet, le service est mauvais et très lent - mais comme nous y avions déjeuné à 16h un 1er novembre, rien de tel à signaler, nous avions toute l'attention des serveurs! Nous n'avions attendu qu'un quart d'heure pour être servis, les cafés étaient arrivés quelques minutes à peine après avoir été commandés et l'addition... on peut toujours la régler au bar. Evitez d'y aller un vendredi ou un samedi soir et préférez les salades (c'est ce qu'il y a de mieux) et surtout - surtout! - zappez le repas suivant. Il existe huit Chez Papa à Paris (c'est une sorte de mini-chaîne familiale, du moins à l'origine), je crois que celui de la rue Gassendi est un des meilleurs.

En pratique:
Chez Papa
6 rue Gassendi
75014 Paris
Tel 01 43 22 41 19

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dimanche 9 novembre 2008

(Cine) Semaine du cinéma russe à Paris: "Regards de Russie" 2008

Un petit mot pour vous rappeler que le festival Regards de Russie commence cette semaine - mercredi 12, plus exactement! Il s'agit de la sixième édition de cette semaine du cinéma russe à Paris, qui se tient cette fois-ci au Médicis. L'intérêt, c'est de voir des films russes récentissimes et qui ne vont très probablement pas sortir sur les écrans français (même pas ceux qui sont bons...) Alors autant en profiter!

Pour ma part, j'en ai repéré deux à voir: "Ils mourront tous sauf moi" de Valeria Gaia Guermanica, prix spécial à Cannes cette année - une histoire de trois filles de seconde la veille d'une discothèque (jetez un coup d'oeil sur la bande-annonce - en russe, malheureusement - histoire de vous faire une idée). L'autre film, c'est le nouveau d'Oxana Bytchkova, la réalisatrice dont j'ai simplement a-do-ré le premier film, "Piter FM" (celui-ci se trouve facilement dans les torrents + sous-titres en anglais dispos). Bytchkova reste dans le genre de la comédie romantique pas mièvre mais déplace le lieu d'action de Saint-Pétersbourg à Moscou et rajoute une bonne dizaine d'années aux protagonistes, une interprète moscovite et un marionnettiste anglais venu en tournée (bande-annonce en russe également). Alors, les critiques se plaignent en disant qu'elle ne va pas plus loin que son premier film, et les spectateurs adorent... Je suis tentée de lui laisser une chance. Et puis, je suis assez curieuse devant cette explosion du cinéma fait par les filles, il y en a de plus en plus qui passent derrière la caméra en Russie avec des résultats assez probants!

Pour le reste, il y a quelques réalisateurs qui ont fait des films bons et/ou prometteurs (comme Serebrennikov avec son Playing the Victim primé à Rome, ou encore Outchitel avec "Promenade"), mais dont les films montrés cette année me laissent dubitative... La sélection se fait côté russe (par l'organisation Interfest qui, depuis les temps soviétiques, s'occupe de la promotion du cinéma russe et organise notamment le Festival de Moscou), aussi, si les films présentés reflètent effectivement la production cinématographique actuelle, tout n'est pas bon à voir! N'hésitez pas à me dire si vous avez repéré d'autres films à voir dans la programmation!

En bonus, rencontres avec les réalisateurs et les acteurs pratiquement chaque soir.

En pratique:
Du 12 au 18 novembre
Reflet Médicis
Séances de 14h30 à 21h
Programmation et horaires ici et plus d'infos sur les films ici.

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vendredi 7 novembre 2008

(Livres) Un Homme de Philip Roth

Comme beaucoup de lecteurs français, j'ai découvert Philip Roth avec la Pastorale américaine (qui m'avait été recommandée par Eric Macé, mon prof de socio à la Sorbonne et seul prof que j'aie jamais trouvé bien à la fac, ce qui lui vaut donc cette mention dans mon blog ultra-populaire), puis avec La Tâche. Un Homme, le dernier roman de Philip Roth traduit en français (alors que le suivant, Exit Ghost, vient de paraître aux Etats-Unis), se rapproche un peu de La Tâche - pas dans le traitement de la question raciale (absente dans Un homme), mais par son approche de la vieillesse et des relations tumultueuses avec les femmes.

L'idée, celle de raconter l'histoire d'un homme à travers les diverses maladies qui le frappent dès son enfance et qui le mènent à la mort, est intéressante car elle englobe le roman comme la maladie englobe toutes nos pensées et tous nos actes dès qu'elle pointe le nez. Tout à coup, vos activités, votre entourage, vos préoccupations et vos peines semblent éclairées de la lumière crue d'un non-être éventuel. De quoi transformer la vie d'un homme. La portée universelle de cette idée (d'ailleurs, le roman se nomme "Everyman" en version originale - car la seule chose que tous les hommes partagent véritablement, c'est leur destination finale) est de celles qui fondent les romans de génie. Un homme en est un.

Un homme - ni nom, ni prénom - traverse sa vie comme enveloppé d'un nuage de mots de réconfort, de mots blessants, de souvenirs, de regrets, d'éclats d'espoir et de résignation qui fondent peu à peu son caractère et guident son destin. D'erreur en erreur, il apprend, mais n'arrête pas d'en faire. La vie est-elle une succession d'erreurs et d'intentions inabouties? En un long flashback, Philip Roth remonte la vie d'un homme en une sorte de rondo qui commence par un enterrement et se termine par une mort.

Le style sec, privé d'ironie qui a si longtemps caractérisé l'oeuvre de Philip Roth, est d'autant plus puissant que, dans son dépouillement extrême, il ne fait que transmettre la simplicité de cette fin connue et attendue de tous. Cela m'a fait penser à une définition (j'en conviens, un brin banale et facile) de la crise middle-age: "un jour, un homme se réveille et réalise qu'un jour, il va mourir. Vraiment mourir. Et le pire, c'est qu'il est déjà ce qu'il va devenir. Il ne sera jamais riche. Il ne sera jamais chanteur de rock, peintre ou cosmonaute". Mais si la crise middle-age est un phénomène psychologique, la vieillesse est, elle, intimement liée aux transformations du corps: le corps est ainsi le paysage dans lequel se déroule le roman.

Le héros se rend compte qu'il ne séduit plus, qu'il ne peut plus nager dans l'océan, que son corps devient un réceptacle d'artefacts qui le maintiennent en vie. Qu'il n'est plus ce qu'il était, même si ce qu'il a été n'était pas ce qu'il avait voulu devenir. C'est alors que, dans un dernier élan de vitalité, il se lance de la peinture, avant de se rendre compte qu'il est trop tard, ou bien qu'il a toujours été trop tard pour lui de devenir peintre, qu'il n'a jamais eu de talent. Comment savoir si ce talent, il l'a gaspillé en travaillant dans la publicité ou si, tout simplement, tout cela n'était qu'un leurre et qu'il n'est pas devenu peintre parce qu'il ne fallait pas qu'il le devienne?


Un roman sans artifices. Poignant pour qui veut comprendre ce qui se passe dans la tête de nos grands-parents quand ils radotent "Surtout, la santé, je te souhate beaucoup de santé". Moi qui me suis toujours demandée "Mais pourquoi est-ce qu'elle m'en souhaite pour mon anniversaire, je suis jeune et pas malade?", j'ai enfin compris ce qu'ils voulaient dire.

Vous pouvez lire un assez long extrait du début ici; ainsi qu'une interview de Philip Roth ici.

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mercredi 5 novembre 2008

(Ciné) Quantum of Solace, ou un quantum de consolation

James Bond est LE projet marketing pour lequel je succombe systématiquement... depuis quelques années. C'est-à-dire, depuis Casino Royale. Ca, c'était vraiment un super film... Aussi, vous comprendrez que je ne pouvais pas ne pas voir Quantum of Solace. Après ce prélude qui frôle les frontières de la logique humaine, je vous explique le pourquoi du comment: il y a comme une nette coupure entre les james bond d'avant et après Casino Royale. En fait, je ne suis pas certaine d'aimer les James Bond (si j'en regarde, en général j'éteins une demi-heure avant la fin). J'aime juste Casino Royale. Et en plus, je n'aime pas Daniel Craig (il a trop une tête de kgbiste bodybuildé). Mais alors, pourquoi, pourquoi on y retourne?

Vous avez deviné la suite: c'est bien la question que je me pose. Le nouveau James Bond tient en haleine pendant toute sa durée. Lorsque vous en sortez, vous êtes enchanté... et puis le lendemain, il faut écrire une critique, et dire pourquoi vous l'avez aimé. Et vous êtes à court d'arguments, à part que vous avez quand même passé une bonne soirée. Un scénario haletant mais plutôt mince (bien que la thématique ferait très plaisir à Bertrand Badie - je parle de la matière première pour laquelle les méchants se battent avec les gentils... BB disait toujours pendant ses cours d'Espace Mondial à Sciences Po: "la plupart des guerres à venir se feront à cause de XX" (j'ai pas envie de vous mettre des spoilers et de vous gâcher le suspense des cours de Bertrand Badie - donc, mystère et boule de gomme de rigueur).

Un Daniel Craig expressif mais dont on se rend compte que son costume impeccable (Tom Ford cette année) exprime bien plus que son visage. D'ailleurs, je pourrais le regarder pendant des heures marcher dans son costume. Une James Bond girl dont tout le monde (i.e. le dernier Elle) nous a dit à quel point elle était jolie et qui, au final, ne vaut pas la fêlure d'Eva Green dans l'épisode précédent. Un méchant au regard fou plutôt bien en commercial aux allures géopolitiques - sans plus, mais comme on aime bien Amalric et qu'il est français, ça se regarde. Des scènes d'action impressionnantes mais qu'on a du mal à suivre tellement le montage est épileptique (j'aurais bien aimé voir ce Pallio de Sienne en entier...) - d'autant plus qu'elles rappellent immanquablement celle de La vengeance dans la peau de Greengrass (mais si, les Jason Bourne). Des paysages fantastiques, comme toujours (c'est inratable). Des innovations technologiques, bien sûr (trop cool la table tactile en guise d'écran). De l'humour, beaucoup moins (quelques répliques très réussies, tout de même). De romance, point. Elle est dans Casino Royale, et tout Quantum of Solace n'en est qu'un long deuil. Ah oui, et puis, les gadgets, j'avais oublié les gadgets. Y en a plus (Sony n'est pas très gadgets j'imagine, c'est plus facile de vendre un ordi ou un téléphone, alors ça et le flingue sont les seuls instruments de travail de Bond).

C'est drôle, mais la scène dont je me souviens le mieux après avoir vu le film c'est la vieille dame italienne qui pleure ses bouteilles de vin cassées après le passage de James Bond.

En bonus, voici la chanson du générique, interprété par Jack White des White Stripes et Alicia Keys; pour le coup, la chanson est bien:

--Another way to die--


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Je pense que je ne ferai pas de meilleure critique que celle d'Aurélien Ferenczi qui reste LE critique méchant et drôle par excellence. Allez donc chez lui! Et moi je reste là, à attendre le prochain James Bond dont je sais que j'irai le voir de toute façon. Rien que pour voir les costumes de Tom Ford, mon quantum de consolation à moi.

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dimanche 2 novembre 2008

(TV) Comment fabrique-t-on le JT? Reportage des coulisses de France 2

Dans notre société médiatique, pénétrer dans les coulisses de la télévision est un peu comme assister à la cérémonie du lever de Louis XIV au XVIIe siècle. Et quelle est la quintessence de la télé si ce n'est le Journal Télévisé - probablement l'une des émissions les plus anciennes et les plus regardées... Je me suis donc faufilée, hier, dans les coulisses de l'édition du JT de 13h sur France 2 à la découverte d'un monde de gens passionnés... et passionnants. Reportage.

Tout y est chronométré à la seconde - y compris nos déplacements - du montage au mixage, du PACT (là où l'on réceptionne tous les reportages) à la régie et au studio... On passe le temps à courir derrière les gens et à se demander si quelqu'un possède ici vraiment un bureau, tellement personne ne tient en place. On nous présente les gens qui passent en coup de vent - quand on a fini de prononcer leur nom et fonction, on ne voit déjà plus que leur dos et n'entend qu'un lointain "Bienvenue!". "C'est laquelle Marie Drucker?" me siffle un copain (il habite à Bruxelles, ils ont pas la télé là-bas). Je lui chuchote: "J'imagine que c'est celle qui est la mieux habillée" (je regarde peu la télé). On doit être un drôle de groupe.

On suit la préparation des reportages sur le "conducteur" - un logiciel qui affiche, sur tous les écrans, l'état d'avancement de tous les reportages en temps réel, étape après étape. Il est 12h24, il n'y en a que trois de prêts. "C'est normal, c'est de l'actu", nous dit-on. Nous, on trouve ça super stressant, quand même, l'actu. Mais apparemment, la journée est "calme" - un samedi 1er novembre, il n'y a pas âme qui vive dans l'immense bâtiment de France Télévisions, sauf à la rédaction du JT. Bien que ce soit un jour férié, l'actu ne manque pas: des otages au Cameroun à la victoire de Tsonga au tennis, des élections américaines à la nouvelle loi sur l'âge de la retraite... "Nous n'avons que 22 minutes, et là, nous dépassons déjà d'une minute 57. On va devoir réduire le duplex avec la Comédie Française... Et il faut que Pierre réduise son reportage sur les camerounais à 1:20". On revient voir Pierre, qu'on avait vu tout à l'heure lire son commentaire à voix haute au rédacteur en chef-adjoint pour approbation. Il est déjà en train d'enregistrer le commentaire au studio de mixage. Une phrase déborde d'une demi-seconde sur le début d'une interview. "Dis-moi, tu es obligé de dire cette phrase "Au siège, l'inquiétude grandit?" Je veux dire, on comprend déjà plus ou moins qu'ils ne doivent pas être très heureux... On coupe!" Pierre répète le commentaire sans la phrase. "Tu as raison, dit-il, ça fait moins nunuche". C'est validé.

Nous revenons au point de réception des reportages. Tout à coup, on remarque en jetant un coup d'œil sur le conducteur que le reportage sur les camerounais est marqué en rouge. "Mauvais signe! nous explique-t-on. Ça veut dire que le rédacteur en chef n'a pas approuvé le reportage." Mais, pourtant... c'était parfait, non? "Et non! Là, Pierre avait dit "tous travaillaient chez Bourbon", comme s'ils étaient déjà morts! Il faut qu'il réenregistre ce passage avec "tous travaillent"..." Rectifié. Le reportage passe enfin en vert.

Le reportage sur la Toussaint arrive de Toulouse. Ça parle de chrysanthèmes "aux couleurs vives" mais qui ont été associées aux morts (vraiment, c'est difficile de faire preuve d'originalité dans un sujet pareil). Dans le reportage, une dame à la chevelure rousse défraîchie avoue: "J'aime les couleurs! C'est vif!". "Eh ben va te refaire une couleur, s'exclame quelqu'un. On en reparle après!" Tout le monde s'esclaffe. L'ambiance est très bon enfant...

On se dirige déjà vers le studio, alors que la moitié des reportages ne sont pas encore prêts. Certains, nous raconte-t-on, continueront à arriver pendant le JT - et parfois, lorsqu'on n'a pas le temps d'enregistrer le commentaire, et il est lu en direct. Marie Drucker, qui remplace Laurent Delahousse parti à New York, est déjà là (c'était bien celle que je pensais). Tout est réglé au millimètre, on nous indique les deux endroits d'où on peut regarder sans déranger. On a le choix entre Marie Drucker de face et Marie Drucker de profil. "15 secondes!" C'est parti. On écarquille les yeux pour mieux voir, Marie Drucker doit bien se demander qui c'est cette bande de crétins.

"Bonjour à tous, bienvenue au sommaire de votre journal de 13h sur France 2". Les reportages se suivent sans accrocs, mais tout à coup on sent l'agitation monter dans les coulisses du plateau: "On a supprimé tout le foot!" Le journal était bien trop long. On réarrange le texte pour Marie Drucker. Tout se poursuit... Voici le reportage sur "Les bureaux de Dieu", le film de Claire Simon sur le planning familial. Nathalie Baye apparaît à l'écran... Une fille pointe tout de suite sur ses lèvres, visiblement refaites. "On a vu pire", lui répond une autre. La télé est un monde sans merci!

C'est fini, les lumières s'éteignent, le studio se vide ("J'ai faim!" "Mettez-moi les carottes râpées de côté!" - entend-on de toutes parts). Marie Drucker vient nous parler. Nous, les simples mortels, trouvons ça trop sympa, on se demande si Claire Chazal nous aurait gratifié ne serait-ce que d'un regard. Puis vient l'heure de la réunion critique - elle est organisée après chaque JT pour décortiquer tout ce qui n'allait pas ou, au contraire, allait bien. On n'y participe pas, faut pas pousser non plus, hein. En revanche, on en profite pour aller essayer le siège de Marie Drucker dans ce studio blanc très "convivial" que l'on appelle, chez Frane 2, "le bar à sushi". Puis on visite tous les autres - on se retient comme on peut, mais on finit par le dire: "Ça n'a rien à voir avec comment on le voit à la télé! En vrai, ça fait cheap, en fait..." Ben oui.

En pratique:

Il faut connaître quelqu'un chez France Télévisions, qui soit suffisamment sympa pour vous faire faire le tour et suffisamment influent pour que ses collègues ne grognent pas à la vue d'un groupe de "visiteurs".
Sinon, vous pouvez aussi regarder le JT sur Internet ici. Et me poser des questions dans les commentaires, bien sûr!

PS: Les prénoms ont été changés (sauf Marie Drucker, qui était là pour de vrai).

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vendredi 31 octobre 2008

(Expos) Picasso et les maîtres au Grand Palais

Vous devez être en train de vous tenir la tête exactement comme Picasso le fait sur cette photo: "Encore, elle remet une couche avec Picasso?!" Cette saison automne-hiver 2008 Picasso me fait penser aux tendances de la mode où tous les créateurs sortent, comme par enchantement, les mêmes modèles au même moment (qui a décidé que cet automne on doit porter des collants colorés?!) - eh bien, cette saison culturelle, comme je vous le disais il y a quelques jours, sera Picasso ou ne sera pas. J'ai renoncé à renoncer à ma saison culturelle (je m'embrouille les pinceaux, mais j'y arrive) et suis allée voir l'exposition Picasso et les maîtres au Grand Palais.

De gustibus non disputandum, certes, mais si on ne le faisait pas, de quoi parlerait-on? Finalement, au Grand Palais, il y en a pour tout le monde... Les mécontents, tout d'abord (LA meilleure critique d'un mécontent ici, en anglais): trop de marketing, le concept n'est pas si original que ça, ça vole la vedette à d'autres expositions bien plus méritantes (e.g. Mantegna au Louvre), et enfin, on finit par préférer les "maîtres" à Picasso. Les indécis, comme moi: j'aime Picasso avant sa période cubiste... puis seulement ses sculptures et sa céramique. A ceux-là, le Grand Palais offre "les maîtres" - des chefs-d'oeuvre par poignées, et vas-y que je t'accroche la Maja desnuda... Et puis, bien sûr, cela offre toujours l'espoir de changer d'avis. A ceux qui sont contents (pour contrebalancer, probablement - on est à Paris, quand même!), le Grand Palais offre la queue. La queue des contents se forme dès le matin (vendredi à 9h du matin, c'est dire) pour ne se résorber qu'à la fermeture. La pluie vous dispense de la nécessité de prendre une douche le matin et vous permet donc de gagner quelques minutes supplémentaires de sommeil. Et puis, tous ces chefs-d'oeuvre, point d'oeuvres mineures, ou presque - tout est fait pour vous éveiller, vous qui avez dépensé toutes vos forces vitales de la semaine dans la queue.

Blagues à part, je suis très contente d'avoir vu l'exposition (je n'ai pas fait la queue). Dans un souci de clarté, le parcours est à la fois chronologique et thématique, et commence avec les toutes premières oeuvres de Picasso dont ses esquisses de statues antiques (quelques unes, très bien réalisées, datent de l'année de ses 13 ans. Treize...). Puis, des références classiques on passe aux peintres espagnols, puis aux impressionnistes et au genre de portrait, puis - le gros morceau - les "variations" d'après les tableaux célèbres comme L'enlèvement des Sabines ou encore Les Ménines. Puis aux natures mortes, puis, enfin, aux nus (pour réveilleur ceux qui commençaient à traîner les pieds, il y a une petie série érotique à la fin pour leur permettre de survivre jusqu'à la tasse de café salutaire). Je trouve que, finalement, c'est une excellente façon d'apprendre à regarder Picasso (surtout tardif) - c'est un peu comme le jeu où il faut trouver les différences entre deux images. On le voit surtout avec des tableaux comme "Les demoiselles du bord de la Seine" de Courbet et la réinterprétation de Picasso que, personnellement, j'aurais bien moins appréciée si je n'avais pas l'original sous les yeux. D'ailleurs, à cet égard, n'hésitez pas à feuilleter le catalogue, où les oeuvres sont parfois mieux disposées et où, surtout, sont présentés les tableaux "manquants" (i.e. dans un "couple" de tableaux "original - réinterprétation" il y en a parfois un qui n'est pas exposé).

Au final, dans ce joyeux brouhaha de chefs-d'oeuvre et leurs contemplateurs (évitez surtout les gens avec les enfants, sinon les commentaires "ah non, ça ce n'est pas Picasso, c'est un autre monsieur qui l'a peint, Paul Cézanne" vont vous pourrir la visite). (évitez aussi les vieux, parce qu'ils écoutent leurs audioguides tellement fort qu'on se croirait dans un centre d'essai de baladeurs MP3). Où en étais-je? Dans ce joyeux brouhaha chacun trouve ce qu'il n'a pas cherché, mais ce qui lui parle le plus. Pour moi, deux magnifiques natures mortes de Chardin que j'ai trouvées magnétiques: un art de vivre lointain, un temps où l'on vivait avec goût, où l'on vivait avec soin, où l'on vivait avec simplicité, où l'on vivait sans hâte. Un autre tableau, de Picasso cette fois-ci - sa Buveuse d'absinthe (1901). Il est rare que le tableau commence à vivre sous mes yeux (j'ai toujours été plus apte à apprécier la sculpture, mes yeux ne sont pas toujours habiles avec le 2D). Mais là, je voyais cette femme, assise dans un café... Son poignet un brin brisé par l'arthrose dans un geste las s'est immobilisé au-dessus de son verre. Dehors, derrière la vitre ruisselante de pluie, on devine une rue sombre - c'est probablement l'hiver; quelques passants indifférents, et une petite fenêtre jaune derrière laquelle on attend quelqu'un - mais ce quelqu'un, ce n'est pas elle, la buveuse. Alors, elle reste assise, avec son verre d'absinthe, et d'un coin de son oeil droit, observe la vie des autres.

N'oubliez pas que deux parties de la même exposition (Variations autour du "Déjeuner sur l'herbe de Manet" et autour des "Femmes d'Alger" de Delacroix) se trouvent au Musée d'Orsay et au Musée du Louvre (ne les cherchez donc pas au Grand Palais, d'autant plus que les gardiens des salles ne savent pas "comment ça se présente", Manet. On devrait les envoyer faire la queue dehors, ceux-là! Qu'ils apprennent le prix de l'art...).

En pratique:

Au Grand Palais, jusqu'au 2 février 2009.
Vous savez où ça se trouve.
Je vous conjure, réservez sur Internet! ou flashez votre carte de presse/sésame etc.


Crédits illustrations:

Le Gobelet d'argent (vers 1768)
Jean Baptiste Siméon Chardin
Musée du Louvre, Paris

La buveuse d'absinthe (1901)
Pablo Picasso
Succession Picasso 2008


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