L’histoire
Appaloosa est une petite ville du Nouveau-Mexique qui tremble sous le joug de Randall Bragg (Jeremy Irons). Virgil Cole (Ed Harris) et Everett Hitch (Viggo Mortensen) viennent au secours des notables de la ville en acceptant de faire régner la loi. Mais même un shérif peut tomber dans le piège des sentiments, et l’arrivée d’une femme mystérieuse va bousculer l’équilibre du duo.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la bonne surprise que constitue ce film. Un western soigné dont l’intrigue tient plus que debout, aux éclats d’humour noir tout à fait inattendus. Ed Harris et Viggo Mortensen sont tout juste parfaits dans cette histoire d’amitié. On ne peut s’empêcher de penser à Virgil Cole comme une réincarnation du shérif de No Country for Old Men : ce vieux shérif cassé depuis longtemps qui décide de jeter l’éponge car il ne reconnaît plus son pays. Dans Appaloosa, on voit quel pays lui manquait tant.
Un casting remarquable
Pour la plupart des acteurs, il s’agit d’un début dans un western (y compris pour Ed Harris-réalisateur), et pourtant le style est là. Appaloosa est avant tout l’histoire d’une amitié entre deux hommes entre lesquels on ressent d’emblée un lien profond.
-
Ed Harris ressemble à Daniel Craig dans James Bond, mais en plus vieux, surtout quand il a son chapeau (car quand il l’enlève, l’absence de la chevelure gâche quelque peu le côté glamour).
-
Viggo Mortensen, déjà partenaire de Harris dans A History of Violence, incarne un acolyte loyal et laconique, parfait contrepoint au personnage plus impulsif de Cole.
-
Renee Zellweger construit un portrait féminin intéressant - ce qui est rare dans les westerns où les femmes se limitent souvent au rôle de faire-valoir. Son personnage propulse l’histoire sur un autre niveau, où le shérif n’a pas qu’à affronter les méchants, mais aussi ses propres sentiments.
-
Jeremy Irons en Randall Bragg rappelle le Daniel Day-Lewis de There Will Be Blood : convaincant, maléfique et charmeur.
Notez également le vieux juge (joué par le père d’Ed Harris), qui a un tout petit rôle mais qui illustre bien le genre de justice que l’on rendait à l’époque.
Le verdict
Un très bon film, peut-être pas le meilleur des westerns, mais dont la recette ravira autant les amateurs de drames et de comédies, sans en dégoûter aucun. Le jeu des acteurs et le mordant des répliques restent les meilleurs atouts d’Appaloosa.
Certains regretteront peut-être le côté trop “léché” - des costumes qui ont l’air de sortir du pressing en permanence. Mais c’est un reproche mineur face à la qualité de l’ensemble. Un western très James Bond, en somme.
Moi qui n’aime pas trop les westerns (probablement une overdose de spaghetti westerns lors de mon cours de cinéma italien), je suis conquise. — Une Russe à Paris
Appaloosa dans le paysage du western
Sorti en 2008, Appaloosa s’inscrit dans une vague de westerns revisités qui ont marqué cette période. Avec No Country for Old Men des frères Coen (2007), There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson (2007) et L’Assassinat de Jesse James d’Andrew Dominik (2007), le genre connaissait alors un renouveau notable, porté par des réalisateurs qui privilégiaient la psychologie des personnages à l’action pure.
Adapté du roman de Robert B. Parker, le film d’Ed Harris se distingue par sa dimension comique inattendue dans un genre habituellement grave. Les dialogues ciselés entre Cole et Hitch, leur complicité muette, les situations absurdes - tout cela confère au film une légèreté bienvenue qui le rend accessible bien au-delà du public habituel des westerns.
| Critère | Appaloosa |
|---|---|
| Réalisateur | Ed Harris |
| Acteurs principaux | Ed Harris, Viggo Mortensen, Renée Zellweger, Jeremy Irons |
| Genre | Western / Drame |
| Durée | 1h55 |
| Adapté de | Roman de Robert B. Parker (2005) |
| Note | ★★★★☆ (4/5) |
Ed Harris : acteur et réalisateur
Ed Harris est l’un de ces acteurs américains que l’on sous-estime chroniquement. Depuis The Right Stuff (1983) jusqu’à Westworld (2016-2022), il n’a jamais livré une mauvaise performance. Avec Appaloosa, il signe aussi la réalisation — et prouve qu’il sait aussi bien diriger que jouer.
Son interprétation de Virgil Cole — un marshal laconique et lettré qui lit Ralph Waldo Emerson entre deux fusillades — est un modèle de subtilité. Harris n’a pas besoin de crier pour être menaçant. Un regard, un silence, un mouvement de main suffisent. C’est l’exact opposé du western tapageur, et c’est rafraîchissant.
Viggo Mortensen : le compagnon parfait
Viggo Mortensen, qui avait conquis le monde avec Aragorn dans Le Seigneur des Anneaux, retrouve ici un rôle plus modeste mais tout aussi marquant. Son Everett Hitch est le faire-valoir idéal de Cole : loyal, pragmatique, légèrement ironique. La chimie entre les deux acteurs est palpable — on croit à cette amitié forgée dans la poussière et la poudre.
La relation entre Cole et Hitch est le vrai cœur du film. Plus que l’intrigue amoureuse (convenue) ou les scènes d’action (efficaces), c’est cette amitié virile et pudique qui donne au film sa profondeur émotionnelle.
Le western en 2008 : un genre en renaissance
Appaloosa s’inscrit dans une renaissance du western qui a donné quelques chefs-d’œuvre dans les années 2000 : No Country for Old Men des frères Coen (que j’ai chroniqué sur ce blog), There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson, 3:10 to Yuma de James Mangold, The Assassination of Jesse James d’Andrew Dominik.
Le western est un genre qui se prête admirablement à la réflexion sur les valeurs américaines — la loi, la justice, la frontière entre civilisation et barbarie. En 2026, alors que ces questions sont plus brûlantes que jamais, revoir Appaloosa prend un sens nouveau.
Le film n’a pas eu le succès commercial qu’il méritait à sa sortie. C’est souvent le sort des films intelligents qui refusent la facilité. Mais il vieillit bien — comme les bons westerns, comme les bons vins, comme les bonnes amitiés.
La femme dans le western : Renée Zellweger
Renée Zellweger incarne Allison French, la femme qui s’immisce entre les deux amis. Son personnage est ambivalent — charmante et manipulatrice, vulnérable et calculatrice. C’est un rôle risqué dans un genre où les femmes sont souvent réduites à des figurantes, et Zellweger s’en tire avec une grâce naturelle.
Ce qui est intéressant dans Appaloosa, c’est que le véritable couple du film n’est pas Virgil-Allison mais Virgil-Everett. Leur amitié est le roc sur lequel tout le film repose — et quand Allison menace cet équilibre, c’est toute la structure qui vacille. C’est un film sur la loyauté masculine, un thème que le western explore mieux que tout autre genre.
Le western comme miroir de l’Amérique
Le western n’est jamais simplement un film de cowboys. C’est toujours un commentaire sur l’Amérique — ses valeurs, ses contradictions, ses mythes fondateurs. Appaloosa parle de la loi dans un monde sans loi, de la justice personnelle versus la justice institutionnelle, de la civilisation qui avance en détruisant ce qu’elle trouve.
En 2026, ces thèmes sont plus pertinents que jamais. Qui décide de ce qui est juste ? Qui a le droit d’imposer l’ordre ? Ces questions traversent le western d’Impitoyable à No Country for Old Men — et Appaloosa y apporte sa propre réponse, nuancée et élégante.
Un film qui mérite une seconde chance
Appaloosa n’a pas eu le succès qu’il méritait à sa sortie en 2008. Coïncide entre No Country for Old Men et There Will Be Blood, il a souffert de la comparaison avec ces deux chefs-d’œuvre. Mais c’est un film différent — plus modeste, plus intime, plus classique dans sa forme.
Revenir à Appaloosa en 2026, c’est redécouvrir un western qui ne cherche pas à réinventer le genre mais à le perfectionner. Chaque plan est composé avec soin, chaque dialogue est pesé, chaque silence est habité. C’est un film d’artisan — et dans un monde de blockbusters industriels, l’artisanat a quelque chose de précieux et de rare.
Si vous aimez les westerns intelligents, ajoutez Appaloosa à votre liste — juste après No Country for Old Men.
L’amitié virile au cinéma
Appaloosa rejoint la grande tradition des films sur l’amitié masculine — de Butch Cassidy et le Kid à Heat de Michael Mann, en passant par Unforgiven de Clint Eastwood. Ces films explorent un territoire émotionnel que peu de genres osent aborder : l’affection entre deux hommes, exprimée non par les mots mais par les actes, la loyauté, le silence partagé.
La scène finale d’Appaloosa — que je ne révélerai pas — est l’une des plus belles conclusions de western que j’aie vues. Elle dit tout ce que les personnages ne diront jamais, avec une élégance qui ferait pleurer un cowboy.
Dans un tout autre registre de road movie initiatique, je vous renvoie à ma critique d’Into the Wild de Sean Penn, un film inoubliable sur la quête de liberté. Pour les amateurs de cinéma plus confidentiel, j’ai aussi chroniqué quelques films muets à découvrir gratuitement, en inédit ou en VOD, ainsi que Le Silence de Lorna des frères Dardenne, un drame social belge exigeant et bouleversant.
